Critique : La Loi de Téhéran

Deuxième long métrage de Saeed Roustayi, La Loi de Téhéran s’est fait remarquer par une déclaration de William Friedkin, confessant qu’il s’agit d’un des meilleurs thrillers qu’il ait jamais vu. Aucune volonté de nous tromper de la part du réalisateur de French Connection et de Police Fédérale Los Angeles : ce polar iranien prend aux tripes dans son combat désespéré contre le trafic de drogue.

Infernales affaires

Des policiers interviennent pour mettre la main sur des dealers, ce qui débouche sur une course-poursuite à pied à la conclusion effroyable. Saeed Roustayi rentre dans le vif du sujet dès sa première scène, où la photographie du film se montre en dessous de ce qui sera offert ensuite : le crack, drogue bon marché, est une infernale machine à broyer les hommes. Et si La Loi de Téhéran se positionne comme un polar percutant grâce à ses deux figures principales se confrontant, Samad, un policier proche du point de rupture campé magistralement par Payman Maadi et Nasser, un baron de la drogue futé et fascinant, également campé avec une énergie fantastique par Navid Mohammadzadeh, c’est par sa dimension sociale que ce long métrage nous secoue terriblement. Ce que filme avant tout Saeed Roustayi, ce sont les ravages phénoménaux du crack sur une population si étendue, des plus jeunes aux plus âgés, hommes comme femmes. Addiction et appât du gain forment un cocktail explosif auquel la justice n’a d’autre réponse que la peine de mort pour les trafiquants. C’est toute une population dans une souffrance terrible qui se dévoile ici, avec des hommes comme zombifiés. Difficile de ne pas être impressionné par cette masse humaine, parquée et déplacée comme du bétail, à faire craquer les murs des postes de police et prisons.

Alors que Samad et ses hommes lancent une opération pour remonter jusqu’à Nasser, ce baron de la drogue que tout le monde craint, La Loi de Téhéran décrypte au fur et à mesure les enjeux derrière ce trafic, sociaux-économiques et humains. Pourtant, jamais le carcan du polar n’est abandonné, et lorsque Nasser trouve un visage et devient un élément majeur à l’image, le portrait se creuse tout en conservant les rouages du film policier et du thriller. Il y a notamment cet élément qui pèse lors du premier échange entre Samad et Nasser, cette possibilité de corrompre le policier avec une somme faramineuse : jusqu’à quel stade peut-on rester intègre ? Tout en considérant les risques prit en s’attaquant à un criminel aussi puissant, le fils d’un collègue de Samad ayant été tué en représailles d’une précédente opération. Et bien que les opérations policières soient peu nombreuses, le film parvient à travailler une tension permanente, car tout pourrait basculer d’un instant à l’autre, et jusqu’à son acte final, le cinéaste iranien parvient à provoquer des ruptures fabuleuses dans les procédures en cours.

Avec son écriture soignée, ses interprétations impeccables, son sens du rythme ainsi que sa capacité à synthétiser une problématique si vaste, La Loi de Téhéran se dresse comme un polar d’exception. Une œuvre puissante et amère, sans aucun doute parmi les plus marquantes de l’année 2021.

4.5 étoiles

 

La Loi de Téhéran

Film iranien
Réalisateur : Saeed Roustayi
Avec : Payman Maadi, Navid Mohammadzadeh, Houman Kiai, Parinaz Izadyar, Farhad Aslani, Mazia Seyedi, Ali Bagheri, Marjan Ghamari, Yusef Khosravi
Titre original : Metri Shesh Va Nim
Scénario de : Saeed Roustayi
Durée : 131 min
Genre : Policier, Thriller, Drame
Date de sortie en France : 28 juillet 2021
Distributeur : Wild Bunch Distribution

 

Photos du film Copyright Wild Bunch

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Excellent thriller qui marque aussi parce qu’on connaît peu le système judiciaire iranien. Un bémol néanmoins sur le « Parrain », trop fade et avec trop de complaisance autour de ce qui reste un beau salopard. Mais sinon ça reste un des meilleurs thrillers 2021 à ce jour.

  2. Entièrement d’accord! Immense polar à la portée universelle transcendé aussi bien par ses interprète que par la maîtrise absolue de sa mise en scène. Quelque mois après l’expérience en salle l’achat en Blu-ray s’impose. C’est un titre « qui restera »

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