Critique : Sale temps à l’hôtel El Royale

Drew Goddard signe son deuxième long métrage comme réalisateur avec Sale temps à l’hôtel El Royale, polar à la structure éclatée qui rappelle la forme des films de Quentin Tarantino, sans la maestria rythmique ni les dialogues incisifs. Pourtant, en s’attachant vraiment à ses personnages et grâce à une poignée de scènes brillantes, le film s’avère plutôt divertissant, à défaut d’être pleinement réussi.

Hôtel rédemption

Depuis La Cabane dans les bois en 2012, Drew Goddard ne chôme pas dans le milieu cinématographique : on le retrouve notamment derrière le scénario et à la production de Seul sur Mars, producteur de 10 Cloverfield Lane et The Cloverfield Paradox, mais aussi de quelques séries comme la délicieuse The Good Place. Avec Sale temps à l’hôtel El Royale, polar qui lorgne du côté du thriller, il signe un long métrage qui s’apparente énormément à l’oeuvre de Quentin Tarantino d’un point de vue formel : structure narrative fragmentée en chapitres qui joue avec la temporalité, analepses pour épaissir les personnages et briser la continuité du récit, et un véritable jukebox musical – bien présent dans l’hôtel –, entre soul et rock pour donner la couleur à une œuvre desservie de l’autre côté par la bande originale de Michael Giacchino. D’une part, les sonorités sont des plus conventionnelles, voire surannées, mais surtout elles sont systématiquement employées pour surligner la tonalité des scènes, sans jamais chercher d’autres espaces. Un fait étonnant et plutôt pénible pour un film qui peine à démarrer : suite à une scène d’introduction qui nous montre un butin planqué sous le plancher d’une chambre d’hôtel, divers personnages se présentent à l’hôtel El Royale dix ans plus tard, hôtel qui a la particularité – inutile dans le récit – de se situer à la frontière de la Californie et du Nevada, avec une aile dans chaque état. Se présentent, au même moment – effet très artificiel –, un vendeur d’aspirateurs, Laramie Seymour Sullivan (Jon Hamm), un prêtre, le père Daniel Flynn (Jeff Bridges, avec ici un petit clin d’oeil à Tron) et une chanteuse, Darlene Sweet (Cynthia Erivo). Quelles sont les intentions de cette troupe hétéroclite, aux rangs rapidement gonflés par une mystérieuse jeune femme jouée par Dakota Johnson ? C’est évidemment ce que l’on découvrira au fil de cette histoire tordue et violente !

Suite à une première agression, Sale temps à l’hôtel El Royale prend un peu d’envergure, d’autant que l’apparition d’une otage ainsi qu’un assassinat modifient la trajectoire de tous les personnages. Se déroulant à l’aube des années 70, le film de Godard ne se veut pas seulement joueur puisqu’il confronte ses personnages à des problèmes moraux. C’est un vrai plaisir de voir Jeff Bridges dans son rôle ambivalent tandis que Cynthia Erivo brille dans un personnage blessé à la voix splendide – et d’ailleurs, c’est ce duo improbable que l’on retrouve souvent dans les meilleures séquences du film. Au fil des mystères qui se dévoilent, des intentions qui se révèlent, Sale temps à l’hôtel El Royale menace la vie de tous ses personnages, en intégrant un élément inattendu. Dans un acte final tendu et brutal, il est alors question de rédemption alors que la folie s’exprime dans un bain de sang. Toujours très tarantinesque. Mais les valeurs portées par Goddard diffèrent par une donnée absente ici : la vengeance. Restent alors la culpabilité et la cupidité, sournois démons dont il est difficile de se soustraire définitivement, à moins que la musique soit source de salut ? Le film aurait probablement gagné à adopter une dynamique différente, un format quelque peu plus court, mais entre Les huit salopards et Il était une fois à Hollywood, ce long métrage ludique et violent vaut largement le coup d’œil.

3 étoiles

 

Sale temps à l’hôtel El Royale

Film américain
Réalisateur : Drew Goddard
Avec : Jeff Bridges, Cynthia Erivo, Dakota Johnson, Jon Hamm, Chris Hemsworth, Cailee Spaeny, Lewis Pullman, Nick Offerman, Xavier Dolan
Titre original : Bad times at the El Royale
Scénario de : Drew Goddard
Durée : 141 min
Genre : Polar, Thriller
Date de sortie en France : 2018
Distributeur : Twentieth Century Fox France

 

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Un très bon moment même si on est dans du sous-Tarantino

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