Critique : Les Huit salopards

Malgré son scénario abandonné un temps par Tarantino suite à sa fuite sur internet, Les Huit salopards a finalement trouvé le chemin du cinéma. Avec une superbe bande originale signée Ennio Morricone, ce nouveau long métrage se déploie entre logorrhées et violence exacerbée. Une réussite marquée par quelques défauts.

Le verbe et la violence

Chez Tarantino, le dialogue est un art à part entière, un élément qui sera poussé à son paroxysme dans ce qui est son œuvre la plus longue (167 minutes pour la version numérique, 187 minutes pour la version 70 mm) et également la plus bavarde, la majeure partie de l’action se déroulant confinée dans une auberge dans laquelle les personnages se confrontent à coup de répliques – avant de faire parler la poudre. Et si certaines répliques se montrent savoureuses et percutantes, les logorrhées des personnages tarantinesques trouvent quelque peu leurs limites ici. On devine les tics avant qu’ils ne les deviennent, et la singularité de certains devient pur maniérisme. Pourtant, le plaisir est là, dès le premier plan sur un Christ crucifié et enneigé alors que la musique géniale d’Ennio Morricone annonce déjà la noirceur du film qui débute. Les Huit salopards se déroule en plein hiver dans le Wyoming, peu après la guerre de Sécession. John Ruth (Kurt Russell), chasseur de prime réputé pour pendre ses cibles, se retrouve prisonnier d’une auberge lors d’une tempête de neige alors qu’il conduisait Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) vers la pendaison pour une prime de 10 000 dollars. L’auberge, dont les tenanciers se sont mystérieusement absentés, est occupée par d’étranges personnages, dont l’un d’eux pourrait être ici pour venir en aide à la femme recherchée.

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En vétéran de la guerre de Sécession, le chasseur de prime Marquis Warren (Samuel L. Jackson, savoureux) s’impose comme le personnage clé parmi la bande. Provocateur et malin, c’est lui qui enclenche le premier geste de violence en poussant le général Sandy Smithers (Bruce Dern), ancien confédéré, à dégainer. Action déterminante puisqu’en découle alors la condamnation d’autres personnages dans un montage que maîtrise si bien Quentin Tarantino, alternance de gros plans et inserts pour insuffler de la tension et explosion directe et brutale de la violence pour saisir le spectateur. Son sens du détail et du travail de l’espace sont magnifiés par le format du film, en Ultra Panavision 70, offrant une image d’une grande largeur où la lumière de Robert Richardson convoque l’esprit des westerns d’un autre temps. Avec peu de scènes en extérieur, il s’agit d’un contre-emploi du format pour mieux découper l’espace de l’auberge et y situer les différents protagonistes. Subdivisé en chapitres, Les Huit salopards semble le descendant de Reservoir Dogs dans un cadre à la fois plus noir et ludique, dès lors où le spectateur recherche aussi l’intrus parmi les occupants de l’auberge où l’on trouve Tim Roth, Michael Madsen et Walton Goggins dans des personnages très typés, à la limite de la caricature. Au fond, tout est exubérant, excessif, dans cette œuvre à l’ambiance crépusculaire, où le vent incessant hante chaque scène. Le symbole le plus fort de cet état que l’on pourrait qualifier de crise, d’hystérie sous contrôle, est le personnage souffre-douleur de Daisy Domergue, mutique ou irritante, où Jennifer Jason Leigh lui donne une once de sensibilité guitare en main.

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Dans ses derniers chapitres, Les Huit salopards tourne au spectaculaire carnage, mis en scène avec une morbide obsession pour les effusions de sang et têtes explosées. Difficile de ne pas éprouver du plaisir à voir ces fumiers s’entre-tuer, aucun ne représentant un personnage moral. Même le shérif ici ne porte pas encore son étoile, et c’est son passé de brigand qui lui colle à la peau quoi qu’il fasse. Ainsi, de son premier plan à sa terrible scène finale, Tarantino crucifie littéralement les Etats-Unis, où la figure d’Abraham Lincoln cristallise la sombre ironie d’un pays unifié dans le sang par des monstres incapables d’enterrer leur animosité, rongés par l’avidité. Une œuvre radicale, western aux accents de film d’horreur, vouée à diviser plus que jamais, bien plus que Boulevard de la mort.

4 étoiles

 

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Les Huit salopards

Film américain
Réalisateur : Quentin Tarantino
Avec : Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Samuel L. Jackson, Bruce Dern, Michael Madsen, Tim Roth, Walton Goggins, Channing Tatum, James Parks, Demian Bichir
Titre original : The Hateful Eight
Scénario de :
Durée : 167 mn ; 187 mn (70 mm)
Genre : Western, Drame
Date de sortie en France : 6 janvier 2016
Distributeur : SND

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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