[Critique] La Cabane dans les bois (Drew Goddard)

Premier long métrage de Drew Goddard, connu pour son travail de scénariste sur des séries de Joss Whedon – qui collabore sur ce film – et J.J. Abrams, La Cabane dans les bois n’est pas le slasher traditionnel que laisserait augurer son titre peu original. Au contraire, l’essence de ce film d’horreur est tout à fait atypique mais la direction qu’emprunte le film s’avère hasardeuse et immature.

Singularisation inaboutie

Il faut saluer les scénaristes qui cherchent à densifier le slasher, ou du moins, à lui apporter de la fraîcheur. L’année dernière, Scream 4 avait surpris grâce à sa profonde autodérision et son jeu permanent sur les codes du genre. Ici, Goddard et Whedon changent fondamentalement le substrat du slasher dès la première scène du film, où deux employés d’une firme inconnue conversent. Quel rapport avec l’habituelle bande de jeunes partant profiter d’une cabane perdue qui suit cette séquence ? A priori, aucun, mais rapidement, une vaste machination se dessine à l’encontre des fêtards qui ne tarderont pas à être attaqués par des zombies. Classique et plutôt réussi sur le versant du slasher pur et dur, avec un groupe de sympathiques acteurs, mentions spéciales à Fran Kranz en fumeur d’herbe aussi bouffon que perspicace et de l’autre côté à Richard Jenkins, La Cabane dans les bois échoue dans son ambitieuse entreprise de donner un sens à ces carnages vus des centaines de fois. S’il laisse supposer pendant un temps une séduisante mise en abîme, les tenants et aboutissants s’avèrent si tordus que le film effectue un violent virage vers la série B.

Malgré l’humour, le sadisme, les giclées de sang et les pépées déshabillées, le vilain plaisir se délite à cause d’incohérences scénaristiques difficiles à accepter. Certes, l’infortune de ces jeunes gens reste d’une grande originalité mais la volonté de sortir des sentiers battus ne devrait jamais consentir tant de failles dans le récit. Pour peu que l’on parvienne à les tolérer ici, la dernière scène du film pourrait être considérée comme magistrale, puisque les scénaristes ne reculent à aucun moment dans leur démarche qui confine La Cabane dans les bois au genre du film catastrophe. Toutefois, avant ce final, il faut traverser un surprenant chaos peu abouti esthétiquement, trimbalant aussi son lot d’incohérences. Dommage qu’un film d’horreur qui avait tous les éléments pour briller s’égare dans son propre processus de singularisation.

2.5 étoiles

 

La Cabane dans les bois

Film américain
Réalisateur : Drew Goddard
Avec : Kristen Connolly, Fran Kranz, Chris Hemsworth, Anna Hutchison, Bradley Whitford
Titre original : The Cabin in the woods
Scénario de : Drew Goddard, Joss Whedon
Durée : 95 min
Genre : Horreur, Thriller
Date de sortie en France : 2 mai 2012
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Bande Annonce (VOST) :

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3 commentaires sur “[Critique] La Cabane dans les bois (Drew Goddard)”

  1. Bruce Kraft dit :

    Loin d’être parfait c’est vrai mais franchement rafraichissant dans cette période où le genre horreur ne se renouvelle pas….

  2. Phil Siné dit :

    ah mais c’est justement ce chaos de la dernière partie qui m’a enthousiasmé… mais j’ai pour ma part une grande affection pour la série B, du coup ça explique peut-etre notre divergence…

  3. Dom dit :

    @Bruce : oui le genre ne se renouvelle pas mais je pense qu’il ne faut pas verser dans le n’importe quoi final. La solution est comme toujours, de marier les genres. Qui pour nous faire une comédie musicale / western / horreur ? Allez Takashi Miike, on te voit trépigner !

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