[Critique] Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (Steven Spielberg)

Rencontre du troisième type : Steven Spielberg et le Tintin d’Hergé donnent naissance à un film d’animation tourné avec de véritables acteurs grâce à la performance capture. Si le résultat est une grande aventure familiale, les aficionados du journaliste belge risquent de vociférer comme le capitaine Haddock, levé du pied gauche et sans gnôle à l’horizon.

Tintin selon Spielberg

C’est toujours la même rengaine lorsque le cinéma pioche dans la littérature (ou dans la bande-dessinée) : l’adaptation est-elle fidèle à l’œuvre originale ? L’égale-t-elle qualitativement ? Faut-il crier au scandale ? Des questions lancées avec une véhémence proportionnelle à la notoriété du matériel adapté pour les salles obscures. Rappelons cet adage fort juste : adapter, c’est trahir. Alors lorsque Steven Spielberg adapte l’iconique BD de Hergé, il aurait été naïf d’imaginer la fameuse « ligne claire » transposée soigneusement sur grand écran ; l’américain s’est emparé du héros au fidèle compagnon à quatre pattes pour en faire l’alter ego d’une de ses créations : Indiana Jones. Anecdote amusante, Spielberg a découvert Tintin dans les années 80, grâce à un journaliste qui avait comparé l’aventurier campé par Harrison Ford au personnage de Hergé. Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne – titre français ô combien trompeur puisque trois volumes sont condensés ici, Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge et Le Crabe aux Pinces d’Or – est en quelque sorte un nouvel opus d’Indiana Jones, dans la lignée du précédent, où l’action prime sur le récit, le spectaculaire sur l’enquête policière. Prouesse technologique incontestable, les équipes de WETA Digital – qui peuvent se targuer d’être derrière Avatar et La Planète des singes : les origines – bluffent encore une fois le spectateur. L’animation est d’une fluidité impressionnante ; l’univers, coloré et chatoyant, est un régal pour la rétine. Bien qu’il soit plus sophistiqué que les cases de Hergé, le style graphique adopté, superbe, conserve un héritage direct de la bande-dessinée, mais dans le visage de Tintin (interprété par Jamie Bell), on ne peut s’empêcher de distinguer les traits de DiCaprio dans Attrape-moi si tu peux, et un clin d’oeil aux Dents de la mer démontre bel et bien que Steven Spielberg se complaît à injecter de grands moments de son cinéma dans ce film synthèse.

Réaliser un film d’animation permet de s’affranchir des contraintes matérielles d’un tournage classique. La dernière limitation que peut trouver la mise en scène n’est que l’imagination du cinéaste. Dans cette aventure où Tintin rencontre le capitaine Haddock (Andy Serkis), s’associant dans la recherche du trésor de ses aïeux, Spielberg lie des scènes clefs des albums d’Hergé à des séquences d’action dantesque, au montage astucieux, jouant avec les reflets et matières, et dans le mouvement permanent grâce à une caméra libérée de la gravité. Le rythme effréné associé au dynamisme de la réalisation permet de conserver l’attention des spectateurs les plus jeunes tout au long du film, au détriment d’une narration riche, car bien que trois albums soient regroupés ici, c’est l’exploitation d’univers variés et non l’étoffement scénaristique qui a été recherché. Le Tintin de Spielberg multiplie les prouesses surhumaines et défie les lois de la physique. Certes, le spectacle est souvent époustouflant, il faut voir le plan séquence d’une course poursuite à moto au Maroc, mais le film sombre dans les extrêmes cartoonesques à plusieurs reprises. Dans un sens, le journaliste de Polanski dans The Ghost Writer tient plus de l’intrépide reporter à la houppette que le personnage au cœur de cette aventure détonante. Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne est indéniablement un très bon film d’animation hybride, à l’exploitation en 3D relief assez réussie, mais cette vision hollywoodienne de Tintin en décevra plus d’un, d’autant plus qu’une fin bâclée appelle à franchiser le héros d’Hergé sur le mode du grand spectacle démesuré et donc, quelque part, de façon désincarnée. Le prochain épisode est déjà entre les mains de Peter Jackson.

3.5 étoiles

 

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Film néo-zélandais, américain
Réalisateur : Steven Spielberg
Avec : Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Nick Frost, Simon Pegg, Gad Elmaleh
Titre original : The Adventures of Tintin
Scénario de : Steven Moffat, Joe Cornish, Edgar Wright, d’après l’œuvre d’Hergé.
Durée : 107 min
Genre : Animation, Action, Aventure
Date de sortie en France : 26 octobre 2011
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

6 commentaires

  1. J’ai vraiment eu du mal à me détacher de l’image que je me suis fait avec les bd et le dessin animé matraqué par FR3 à la belle époque.
    Spielberg a rajouté quelques scènes au détriment d’autres qui auraient eu le mérite d’être un peu plus approfondies…c’est dommage.
    J’en parle d’ailleurs dans ma chronique
    http://accro-dvd.blogspot.com/2011/10/tintin-et-le-secret-de-la-licorne.html

  2. Je m’attendait vraiment à un gros raté mais bon je lis partout que c’es un très belle réussite ( après c’est vrai que Spielberg n’est pas n’importe qui) .

    Je n’aimais pas trop me dessin animé étant petit , mais bon peut être que cela passera mieux avec le film

  3. Après Indiana 4 qui est une catastrophe, je m’attendais aussi à un film très très moyen. J’ai été très surpris de la réalisation et ce dés le générique d’introduction qui est un modèle du genre.
    Une sacré bonne surprise pour ma part.

  4. Arf ! Un mal de crâne tenace nous a été infligé par ce Tintin hyper-vitaminé ! Tu as bien raison de dire que la vision hollywoodienne en décevra plus d’un. Pour notre part, c’est même davantage la surenchère de prouesses qui nous a écoeuré : le plan séquence dont tu parles n’a d’épatant que la prétention sans borne du réalisateur qui semble vouloir montrer à quel point les limites ont été repoussées et à quel point il est doué… Un peu plus de modestie aurait permis à son Tintin, peut-être, de s’en sortir un peu mieux…

    Rick Panegy

  5. Graphiquement c’est superbe, scénaristiquement ça vole assez haut (et encore y’a moyen de trouver des imperfections) mais la mise en scène est redondante au possible que cela en devient irritant et exaspérant. La réalisation est superbe mais comment dire, Spielberg en fait des tonnes. Le plan-séquence est tellement impressionnant qu’il en devient too much (Illisible!), les tics de montage sont ingénieux au début, franchement horripilants à force d’être recyclés à tord et à travers (une bulle reflète un plan qui arrive, une épée annonce la suite, etc.)

    Et après la première heure remarquable de précision et de nostalgie adressée à Hergé, le film craque complètement. Il se vautre dans des scènes qu’on croirait tirées d’un jeu vidéo à gros budget (Uncharted ?). Je sais que c’est un film réalisé à base de performance capture, mais cette liberté évidente ne doit pas imposer aux auteurs de balader leurs caméras comme bon leur semble. Tout est répété, régurgité, balancé avec la même sauce, le même geste. Très déçu! Les avancées technologiques je veux bien, mais pousser le délire à son paroxysme non. Spielberg aurait pu avoir la main moins lourde. Des subtilités à l’image du magnifique flash-back auraient dû rythmer le film tout du long.

  6. @Nasser : je comprends tes réticences, beaucoup d’éléments viennent nous questionner sur ce qu’on attend d’un film en 3D : une liberté totale et un mouvement permanent ou bien un moyen de palier à certaines impossibilités de la réalité ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *