Critique : Wonder Wheel

De la côte ouest des années 30 de Café Society, Woody Allen fait un bon de vingt ans de l’autre côté de l’Amérique pour situer son nouveau film au cœur du parc d’attractions de Coney Island pour livrer une nouvelle tragédie sentimentale. Malgré d’indiscutables qualités, Wonder Wheel touche à l’anecdotique.

Roue de l’infortune

Comme coincé à bord de la grande roue de Coney Island, qui offre au film son titre, Woody Allen se répète en perdant de son caractère incisif, de son esprit et aussi de sa virtuosité de dialoguiste. Dans Wonder Wheel, Ginny (Kate Winslet), la femme d’un gérant de manège, voit son quotidien bouleversé lorsque sa belle-fille, Carolina (Juno Temple), vient trouver refuge chez eux, poursuivi par les hommes de main de son malfrat de mari. Alors que Carolina n’avait plus parlé à son père depuis son mariage, ce dernier, campé par Jim Belushi, trouve une nouvelle chance auprès de sa fille qu’il traite dès lors comme une princesse. Naturellement, cela irrite Ginny, d’autant plus lorsque Carolina tombe sur l’amant de Ginny, Mickey, un sauveteur joué par Justin Timberlake : elle voit là un nouveau danger, celui de perdre le seul homme qui la fait vibrer à l’ombre des regards au bord de l’océan. Alors que des gangsters recherchent Carolina – les fans des Soprano apprécieront l’apparition géniale de Tony Sirico et Steve Schirripa –, Ginny se transforme en odieuse manipulatrice pour ne pas perdre Mickey.

Déjà lors de leur précédente collaboration, la photographie de Vittorio Storaro émerveillait, donnait un éclat inédit au visage de Kristen Stewart dans Café Society. Ici, il offre un joli jeu sur les couleurs chaudes et froides dans un cadre éclatant de vitalité, mais pourtant, ses mouvements de caméra, au service des acteurs dans une mise en scène quasi théâtrale, ne masque pas le manque de consistance de Wonder Wheel. Les relations et conflits y sont si artificiels qu’il faut attendre le dernier segment du film pour que la force de la tragédie surgisse, au travers de Kate Winslet, l’actrice la plus convaincante parmi cette galerie aux dialogues rachitiques ou attendus – quid de la place de cet enfant pyromane, fil rouge à la portée psychologique et humoristique si faible ? Pourtant, Ginny finit par évoquer le personnage de Cate Blanchett dans Blue Jasmine avec une envergure réduite, sorte d’ancêtre d’une autre caste aux maux moins lourds. Au jeu de la manipulation sentimentale, on a vu Allen bien plus inspiré dernièrement, comme avec L’Homme irrationnel où le duo Joaquin Phoenix/Emma Stone apportait un vent de fraîcheur face à sa caméra. Le cinéaste new-yorkais dépoussière à peine une partition qu’il maîtrise fort souvent, montrant à nouveau que sa productivité folle s’oppose souvent à un cinéma remarquable. A noter que son prochain film, A Rainy day in New York, avec Elle Fanning et Timothée Chalamet, est déjà en post-production – pour une première présentation à Cannes 2018 que l’on espère plus séduisante ?

2.5 étoiles

 

Wonder Wheel

Film américain
Réalisateur : Woody Allen
Avec : Kate Winslet, Jim Belushi, Juno Temple, Justin Timberlake, Tony Sirico, Steve Schirripa, Jack Gore
Scénario de : Woody Allen
Durée : 101 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 31 janvier 2018
Distributeur : Mars Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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