Cannes 2015 : face à la mer

Cannes 2015 jour 3. A priori, aucun point commun entre Un homme irrationnel et Notre Petite sœur de Hirokazu Kore-eda, si ce n’est qu’ils s’achèvent face à la mer. Récit d’une journée qui termine en beauté à la Villa Schweppes.

Malgré la foule sur la croisette, il n’est pas possible de la traverser sans tomber sur des collègues et camarades. Je glane quelques avis sur The Lobster, qui divise les festivaliers avant de dégoter un café à la salle de presse, le stand Nespresso étant envahi. En sortant de la salle, Colin Farrell traverse le hall vers la salle de conférence de presse. Pluie de flashs dans une marée de « Colin ! Colin ! »

Woody Allen n’aime plus la compétition malgré l’insistance de Thierry Frémaux pour qu’il y soit placé. Ainsi, la première projection hors compétition de son nouveau film Un homme irrationnel se déroule au Grand Théâtre Lumière à 11:30. L’occasion pour moi de passer pour la première fois par l’accès corbeille et de prendre le temps d’observer le nouvel intérieur immaculé menant à la salle de projection. A ce propos, les nouveaux sièges du GTL s’avèrent un peu plus confortables que les précédents, bien que l’espace pour les jambes soit sensiblement identique.

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Emma Stone semblerait devenir la nouvelle muse de Woody Allen. Après Magic in the moonlight où Colin Firth lui donnait la réplique, la jeune actrice se retrouve face à Joaquin Phoenix dans Un homme irrationnel. Elle campe Jill, une étudiante qui va tomber sous le charme de son nouveau professeur de philosophie, Abe, campé par Joaquin Phoenix. C’est en voiture qu’on le découvre dans le film, ses pensées en voix-off : l’acteur nous donne l’impression de retrouver Doc Sportello quelques années après Inherent Vice, alors reconverti en professeur de philosophie à la réputation sulfureuse mais souffrant presque de dépression. Ce film marque une nouvelle collaboration entre le cinéaste new-yorkais et le chef opérateur Darius Khondji. Que de subtilité dans le travail de ces deux hommes : sans rien appuyer, les cadres, la lumière et costumes suggèrent énormément de choses sur les personnages et leur état émotionnel. Au début du film, Jill est toujours mise en valeur par une image légèrement plus chaude, comme si la lumière émanait de sa chevelure rousse. Au contraire, la lumière est plus froide et touchée par une teinte violette avec Abe. Les deux univers vont évoluer au gré de la relation entre les deux personnages : malgré son petit ami Roy, Jill va succomber au petit jeu du désespéré d’Abe, qui charme aussi malgré lui une professeure mariée du campus. Le film mêle avec une fausse légèreté la philosophie, le romantisme et le meurtre. Au hasard d’un café, Jill et Abe entendent la conversation d’une mère désespérée de perdre la garde de son enfant, la faute à un juge acquis à la cause de son futur ex. C’est alors qu’Abe trouve un sens à donner à sa vie : assassiner ce juge pour que cette femme, qu’il ne connaît absolument pas, puisse continuer de voir son fils. Sous fond de musique jazz, Abe fomente un plan parfait tandis que sa relation avec Jill mais aussi Rita, la prof, se développent en parallèle. Très plaisant, ce Woody Allen explore des problématiques existentielles sans lourdeur aucune, s’appuyant sur les faits et réflexions de ces deux protagonistes, parfait duo formé par Emma Stone et Joaquin Phoenix. Si le centre du film s’avère un peu mou, la dernière partie truffée de dilemmes moraux mène ce film à une conclusion surprenante. Dans la vie, il faut être pragmatique !

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Le temps de prendre quelques photos du Grand Théâtre Lumière, de faire un saut à l’appartement et de revenir au palais, la file pour la conférence de presse du film de Woody Allen est déjà monstrueuse, bien trop pour un badge jaune. Etant sur place, j’espère prendre quelques clichés de Woody Allen et Emma Stone, Joaquin Phoenix n’ayant pas fait le déplacement, mais leur passage des plus rapides vers la salle de conférence ne m’aura conduit qu’au triste et flou cliché de la comédienne ci-dessus.

Avant de déjeuner, j’aperçois Vincent Cassel qui se laisse prendre en photos par quelques touristes et festivaliers qui se trouvaient au bon endroit et au bon moment, aux abords du Village International. Pour moi, aucune folie en milieu d’après-midi, je dois voir Notre Petite soeur d’Hirokazu Kore-Eda en salle du Soixantième, sous peine de renvoyer le film au dimanche de rattrapage. Et cette fois, c’est enfin la bonne.

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Alors que tous les films m’ont apporté satisfaction jusqu’à présent, le nouveau Kore-eda est une (petite) déception. On y retrouve la bienveillance et le regard qui ont fait le succès du cinéaste japonais dans cette histoire de sœurs. A la mort de leur père, trois jeunes adultes qui ont gardé un comportement juvénile vont rencontrer leur demi-sœur, une collégienne mature et très douée en football. Les trois aînées vont proposer à la cadette de venir vivre dans leur vieille et vaste maison, créant alors une nouvelle cellule familiale où la figure parentale est absente, fantomatique. Malgré quelques scènes vraiment merveilleuses, l’empathie ne vient pas avec un récit sans aspérité ni enjeux au-delà de la mémoire du père. Les quatre comédiennes principales sont assez brillantes, mais leur quotidien, entre collège et boulot, enterrements et obligations, n’alimente jamais ce film peut-être réalisé trop vite après le magnifique Tel père, tel fils, présent sur la croisette il y a deux ans où il remporta le Prix du jury. Il fallait bien mettre un terme à la série de bons et très bons films découverts jusqu’alors.

L'équipe de The Lobster - avec Colin Farrel remplacé par un pilier

L’équipe de The Lobster – avec Colin Farrell remplacé par un pilier

Le plan idéal de la soirée tournait autour de The Lobster, mais il s’avère impossible d’obtenir une invitation pour la montée des marches et aucune nouvelle sur une entrée à la soirée à la Plage Magnum ne vient à moi. Ne pas désespérer : sapé pour monter les marches, je passe à la Chambre Noire Belvedere pour y prendre un verre, relativiser, et regarder le concert de Singtank. Après une conversation avec une festivalière, je me résous à partir pour le Grand Théâtre Lumière, convaincu qu’une invitation m’attendra dans les mains d’un festivalier finalement décidé à faire autre chose de sa soirée. Découragement complet face au nombre de personnes portant avec espoir un carton « cherche invitation. » Je contourne le palais par l’entrée des artistes où Rossy De Palma signe des autographes pour constater que les « mendiants » sont encore plus nombreux à l’entrée du palais. Ultime résolution, la file de dernière minute qui se solde en semi-échec : l’équipe monte les marches, avec un Colin Farrell ultra-classe qui n’hésite pas à faire des photos avec les personnes campant avec leurs escabeaux. Je retrouve un ami de longue date dans la file qui, au final, ne sera jamais ouverte. Direction la Villa Schweppes qui se transforme en véritable lieu de retrouvailles pour moi dans une ambiance clubbing. La musique assurée par Red Shoes et les cocktails Grey Goose enflamment la soirée qui lance véritablement les festivités nocturnes sur mon parcours. Dans une ambiance électronique, les festivaliers dansent et se détendent jusqu’au jour suivant où se dessine déjà la promesse d’un réveil difficile : le film de Nanni Moretti à 8:30 demandera un peu de courage pour ceux qui sont aussi là pour le cinéma ! Quelques photos de la soirée :

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Le plan parfait du lendemain :
Mia Madre de Nanni Morreti à 8:30, une approche de l’Occulus Rift, la conférence de presse de Xavier Dolan à 15h à la Plage Magnum, et, rêvons un peu, la montée des marches de The Sea of Trees ainsi que la soirée du film.
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Article rédigé par Dom

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