Critique : Incroyable mais vrai

Quentin Dupieux donne dans la fable existentielle avec Incroyable mais vrai, une œuvre qui débute comme une comédie absurde avant de virer progressivement au cauchemar fantastique.

Maître de son corps

Des choses incroyables mais vraies, il y en a deux au cœur du nouveau film de Quentin Dupieux, qui, dans un premier temps, les cultive avec un vrai sens du suspense. Déjà, dans la maison qu’achètent Marie et Alain, couple assez génial joué par Léa Drucker et Alain Chabat, se trouve une mystérieuse trappe au-sous sol. L’emprunter provoque un double phénomène fantastique, qui aurait bien attiré l’attention de Mulder et Scully de la série The X-files. D’ailleurs, le film possède une étrange patte rétro, non pas des années 1990 mais d’une décennie précédente, avec son image douce et presque laiteuse ainsi que sa bande originale aux synthétiseurs colorés – et ce n’est pas Dupieux qui s’y est collé, puisqu’il a utilisé des compositions d’un certain Jon Santo. Si pour Alain, la vie continue avec les galères au boulot, Marie se retrouve obsédée par ce tunnel, qui réveille en elle une envie, ainsi que le désir de s’affranchir des affres du temps – je n’en dirai pas plus. L’autre chose incroyable, elle concerne Gérard (Benoît Magimel), patron d’Alain, vieux jeu et viril, qui laisse sa compagne Jeanne (Anaïs Demoustier) annoncer la nouvelle à l’issue d’un dîner partagé par les deux couples. Quentin Dupieux limitera l’absurdité et l’étrangeté de son récit à ces deux éléments moteurs, ajoutant un brin de mystère avec le comportement d’un chat et une voiture abandonnée dans le jardin – et vite abandonnée par le film. En somme, une brèche dans la réalité.

Attisant la curiosité et se montrant plutôt drôle dans sa première partie, Incroyable mais vrai change lentement de tonalité. Progressivement, Marie et Alain ne partagent presque plus rien ensemble, tandis que Gérard, qui rencontre des soucis avec son truc incroyable, multipliera les conquêtes. Dommage que Jeanne soit écartée du récit pour ne laisser qu’au centre le stoïque Alain, celui qui accepte les choses de la vie, entre deux êtres qui perdent le contrôle avec des « gadgets » hors-norme, jusqu’à perdre le contrôle de leur propre vie. Hélas également, la trajectoire du film n’offrira guère de surprises une fois ses bases établies. Là où un Charlie Kaufman aurait employé ses trouvailles pour une exploration mélancolique de ce qui anime et hante les humains, Dupieux reste sur son point d’entrée, avec des personnages qui manquent clairement de curiosité – mais pas de sympathie. L’exécution du dernier chapitre surprend, sans parole, tout en musique, provoquant une brutale accélération des événements, comme s’il fallait conclure dans l’urgence cette fable qui invite à rester maître de son corps. On reste alors sur notre faim à l’issue de cette nouvelle curiosité, tantôt plaisante, tantôt décevante – des vents contraires qui caractérisent une partie de la filmographie du cinéaste et musicien. Incroyable, mais certainement pas inoubliable.

3 étoiles

 

Incroyable mais vrai

Film français
Réalisateur : Quentin Dupieux
Avec : Alain Chabat, Léa Drucker, Benoït Magimel, Anaïs Demoustier, Roxane Arnal
Scénario de : Quentin Dupieux
Durée : 74 min
Genre : Comédie
Date de sortie en France : 15 juin 2022
Distributeur : Diaphana Distribution

 

Photos du film copyright Atelier de production Arte France Cinema Versus Production 2022

Article rédigé par Dom

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