Critique : Free Guy

De retour aux comédies et séries TV comme Stranger Things depuis son décevant Real Steel en 2011, Shawn Levy revient au cinéma d’action avec Free Guy, œuvre se déroulant dans le milieu du jeu vidéo en ligne. Si le point de départ a tout pour séduire, ce nouveau long métrage s’égare dans son univers et son intrigue, peu aidé par des séquences d’action d’une grande banalité.

Mauvais joueur

Guy (Ryan Reynolds) travaille au guichet d’une banque de Free City, suivant une routine qui débute toujours par des salutations à son poisson rouge, un café crème brûlant pour se poursuivre par des braquages sur son lieu de travail, aux côtés de l’agent de sécurité Buddy (Lil Rel Howery). Mais peu importe puisque Guy est un PNJ (personnage non joueur) d’un jeu vidéo en ligne très prisé, quelque part entre GTA et son univers ouvert où tous les méfaits sont permis, et un MMORPG où les personnages évoluent au gré des missions accomplies. D’emblée, l’accent comique permet d’entrer sans mal dans cet univers un peu lisse et déjà en décalage avec ce qu’un joueur pourrait attendre d’un jeu vidéo. Si les PNJ sont parfois très limités dans leurs dialogues et actions, ces derniers réagissent, dans les jeux modernes, à leur environnement alors qu’ici, ils ignorent ou subissent naïvement les actions des joueurs. Un simple détail au début du film mais qui pèsera dans la balance des bugs scénaristiques au bout du compte. Un jour, un grain de sable perturbe le quotidien de Guy. Tombé sous le charme de l’avatar d’une joueuse, qui n’est rien d’autre que la créatrice de Free City, Millie (Jodie Comer), Guy se rebelle et passe du côté des personnages actifs. Millie, épaulée par son ami développeur Keys (Joe Keery), cherche dans le jeu un moyen de prouver que la société éditrice du jeu lui a volé son projet – une ligne directrice intrinsèquement aberrante. A l’aube du lancement de Free City 2, Free Guy aurait pu se positionner en satire d’un milieu où certaines grandes sociétés tendent à exploiter ses petites mains et artistes, tout en recyclant ses contenus pour contraindre les joueurs à régulièrement sortir la carte bleue, mais avec un patron guignolesque joué par Taïka Waititi, ce versant est vite abandonné.

Peu généreux sur ses séquences d’action, trop proprettes, engoncées dans un mimétisme d’un cinéma plus véhément, Free Guy s’alourdit d’une trame romantique particulièrement mièvre mais aurait pu gagner des points sur son approche de l’intelligence artificielle, car la prise de conscience de Guy constitue une révolution – rapprochant de certaines œuvres sur la robotique. Mais au-delà de la révolte des opprimés, piste qui n’ira jamais à son terme, cet élément sera exploité pour pointer du doigt le comportement des joueurs, assoiffés de violence. Comment porter un tel regard sur l’univers des jeux vidéo en 2021 alors que des œuvres populaires proposent des univers pacifiques depuis plusieurs dizaines d’années ? Et même des jeux orientés sur l’aventure ou l’action proposent également d’œuvrer pour le bien ou le mal, au choix des personnes derrière leur écran. On a la sensation de se retrouver face à un film arriéré, à l’opposé du fabuleux Ready Player One de Steven Spielberg – alors qu’on retrouve l’un de ses scénaristes, Zak Penn. L’ensemble ne paraît pas faisandé grâce à la bonhomie de Ryan Reynolds, un humour plus ou moins percutant – mais parfois totalement inefficace, comme ce gimmick burlesque du personnage percuté par un véhicule – , mais Free Guy apparaît comme une étrange anomalie dans la liste des films s’ancrant dans l’univers vidéoludique. Sa trame aurait pu conduire à une œuvre aussi divertissante que passionnante, mais c’est probablement trop espérer de Shawn Levy, sous l’égide d’un Disney toujours actif pour revendre une dose de Marvel et de Star Wars à côté de caméos exploités avec balourdise, comme celui de Channing Tatum. Au cours de cet été dénué de blockbusters remarquables, Free Guy ne constitue qu’un terne mirage.

2 étoiles

 

Free Guy

Film américain
Réalisateur : Shawn Levy
Avec : Ryan Reynolds, Jodie Comer, Taika Waititi, Lil Rel Howery, Joe Keery, Utkrash Ambudkar, Channing Tatum
Scénario de : Matt Lieberman, Zak Penn
Durée : 115 min
Genre : Action, Comédie, Science-fiction
Date de sortie en France : 11 août 2021
Distributeur : The Walt Disney Company France

 

Photos du film copyright Disney

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Dur dur, moi j’ai plutôt été agréablement surpris, sorte de « Ready Player One » façon récré. Et loin d’opposer les deux films je les associe plutôt comme deux visions différentes d’un univers video game. Moins impressionnant que le Spielberg il offre une dose de fun qui reste assez jouissif. Un bon moment

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