[Critique] Intouchables (Toledano/Nakache)

Inspiré de faits réels, Intouchables relate une amitié aussi forte qu’improbable entre deux hommes aux classes sociales opposées. Pour leur quatrième long-métrage, le duo Toledano/Nakache reste fidèle à leur registre de prédilection, la comédie, tout en continuant d’explorer le potentiel d’Omar Sy, leur acteur fétiche, qui donne la réplique à François Cluzet. Un film souvent drôle mais à la portée limitée.

Avancer sans tabou

D’un côté, dans une cité de la banlieue parisienne, un jeune chômeur prénommé Driss (Omar Sy), tente de s’en sortir au jour le jour, veillant sur ses proches avec lesquels il partage un appartement dont il faudrait repousser les murs pour respirer. De l’autre, derrière une porte cochère masquant une somptueuse demeure au coeur de la capitale, un aristocrate prénommé Philippe (François Cluzet), tétraplégique depuis un accident de parapente, cherche à nouveau un aide soignant. Le fossé entre les deux hommes est immense, et contre toute attente, la chance qu’accorde Philippe à l’impétueux Driss donne naissance à une singulière et puissante amitié venant à bout des handicaps de chacun : handicap physique pour l’un, combattu par un humour débridé et une compassion réelle ; handicap social pour l’autre, combattu par l’abolissement des préjugés. Intouchables illustre principalement deux notions : rire de tout et laisser une chance à tous. Si cette dernière est le fil conducteur du récit, qui permet de démontrer que Driss n’est pas l’archétype du bon à rien violent de la banlieue et qu’il peut, par sa bonté, redonner goût à la vie à un homme paralysé, c’est l’humour qui vampirise l’espace, au point de limiter l’évolution de la relation, la profondeur des personnages. On s’amuse à berner des flics à bord d’une Maserati, on tourne à la dérision des oeuvres musicales classiques, un opéra, on rit du handicap, mais si Omar Sy manipule les vannes, parfois surprenantes, comme un orfèvre, leur profusion les rend rébarbatives, plongeant certaines scènes dans le ridicule – Driss qui s’étonne de l’insensibilité des jambes de Philippe. La volonté est évidemment d’afficher le parcours d’un tétraplégique sans pathos, mais le dosage du comique s’avère relativement maladroit.

L’autre problème d’Intouchables est la réalité qu’il dépeint. C’est un cas particulier, une exception impossible à appliquer du simple fait que Philippe a la chance de vivre dans l’opulence, ce qui n’est pas le cas de la majorité des tétraplégiques, dont le quotidien est un véritable combat et non le spleen d’un veuf réfugié dans la saveur des arts. Reste alors la beauté de la main tendue, métaphoriquement. Le duo formé par Sy et Cluzet fonctionne sans accroc mais l’aventure humaine est trop idéalisée pour ouvrir à une réflexion sociale et pour la rendre totalement plaisante. Belle initiative que de montrer dans un même élan l’envol d’un jeune de banlieue et la reconstruction d’un homme brisé, d’associer des castes opposées qui révèlent que, derrière les apparences (et malgré les différences), l’âme et la volonté priment sur le passé et les clichés. Seulement, la subtilité fait souvent défaut à ce film, à la mise en scène dynamique, orienté sur le comique alors qu’il y avait une matière plus intéressante à exploiter en son coeur. Intouchables, distrayant, mais pas inoubliable.

3 étoiles

Merci aux équipes d’Allocine.

 

Intouchables

Film français
Réalisateur : Eric Toledano, Olivier Nakache
Avec : Omar Sy, François Cluzet, Audrey Fleurot, Anne Le Ny
Scénario de : Eric Toledano, Olivier Nakache
Durée : 112 min
Genre : Comédie
Date de sortie en France : 2 novembre 2011
Distributeur : Gaumont Distribution

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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6 commentaires

  1. J’ai justement un peu peur de cette « exception » qui fait qu’on a du mal à croire qu’il puisse arriver une histoire comme celle ci.
    J’attendrai le passage télé pour ma part

  2. Haann tu n’as pas aimé Intouchables??!!
    Ils étaient là les réal après? Ils vous ont pas expliqué que tout ce qui se passe dans le film, c’est rien en comparaison à l’histoire de Philippe et Abdel? Que l’histoire a même été atténuée?
    Donc ce que tu peux considérer être trop est pourtant vrai.

    C’est vraiment dommage. Donc on te verra pas mercredi matin aux Halles pour la première séance du film?

  3. @Bobby : j’ai apprécié, mais, modérément. Oui y a eu un débat après la projo mais j’ai pas osé poser ma question qui aurait été « Avez-vous montré ce film à des tétraplégiques et quels sont leurs sentiments ? » car Omar était rentré dans un véritable clash à propos des banlieues avec un des spectateurs. L’histoire racontée est belle mais elle n’ouvre à aucun regard neuf sur les jeunes de banlieue ou sur le handicap.

    Non, je ne serai pas aux Halles mercredi matin ; pour que je me rende au cinéma le matin, il faut que ce soit un film de mes réalisateurs préférés – et encore !

  4. Je sais qu’un handicapé avait commenté ma critique du film et qu’il l’avait beaucoup aimé. J’essaierai de me renseigner à l’occasion.

  5. Une très bonne comédie comme j’en avait plus vu depuis un petit moment au Cinéma. Un duo improbable mais très bien trouvé avec un acteur que j’adore : François Cluzet. Des scènes droles qui s’enchainent (le passage à l’opéra !) et un coté dramatique derrière chacun des deux personnages, un film bien rythmé et prenant de bout en bout, à voir
    Mon avis : http://www.youtube.com/watch?v=ckOEV3XLTKI

  6. Aymeric Salabanzi aka Aymeric Zemmour

    Bof ! Que dire de ce film nommé « Intouchables » ? Drôle ? Non. Bourré d’émotions ? Pas du tout. Tout ce que j’ai retenu de mieux, moi, dans ce film c’est qu’il dépeint bien la société française actuelle. Oui. D’un côté on a les Blancs, les visages pâles qui en dépit de leurs problèmes personnels, moraux etc. sont plein aux as, bien assis, bourrés de thune (cf. François Cluzet) et de l’autre des Noirs qui sont prêts à faire tout & n’importe quoi pour casser leur croûte (cf. Omar Sy)…. Eh, oui, « triste réalité ». Mais bon, le temps d’une FICTION, ces deux mondes-là peuvent se CÔTOYER…

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