Critique : Star Wars l’Ascension de Skywalker

J.J. Abrams conclut la nouvelle trilogie Star Wars lancée par Disney avec Star Wars : l’Ascension de Skywalker. Un opus catastrophique qui conduit à réévaluer à la baisse ce que proposait l’épisode VII en prenant du recul sur une trilogie finalement disgracieuse et inepte.

Vestige intergalactique

Il y a quarante deux ans, dans une galaxie pas vraiment lointaine puisque c’est la nôtre – enfin, au sens figuré, car peut-être qu’elle appartient à certaines sociétés comme BlackRock désormais –, George Lucas et ses collaborateurs posaient le premier jalon d’une saga culte avec Star Wars : Un nouvel espoir. Inutile de raconter la suite ici, mais simplement de rappeler à nouveau les craintes suite au très appréciable – mais aussi très discutable – épisode VII Le Réveil de la Force. Sans évoquer les deux films satellites, Disney n’aura rien réussi avec sa nouvelle trilogie Star Wars, si ce n’est de recycler tout un univers jusqu’à sa destruction cellulaire, sans crainte du ridicule. En éloignant candidement toutes les données financières impliquées par le rachat de Lucasfilm et la mise en chantier d’une nouvelle trilogie, à force de vouloir satisfaire les anciens fans tout en glanant de nouveaux adeptes, l’avide maison de Mickey n’aura généré qu’une nauséabonde tambouille sans grandeur d’âme, un fait qui culmine à des niveaux impensables avec Star Wars : l’Ascension de Skywalker. Toutes les possibilités et promesses de l’univers post-épisode VI développé au travers de la littérature, la bande dessinée ou encore les jeux vidéo tombaient définitivement à l’eau avec le précédant long métrage réalisé par Rian Johnson, Les Derniers jedi, mais rien ne pouvait laisser imaginer un ultime acte aussi pitoyable et idiot. Un échec artistique complet qui ne laisse présager rien de bon pour l’avenir du cinéma à grand spectacle, Disney engrangeant des recettes toujours plus grandes, en recyclant aussi son propre catalogue originel avec ses remakes « live » de ses dessins animés cultes. D’aucuns fans sont heureux évidemment, tandis que les actionnaires peuvent préparer leurs bagages pour explorer le prochain site des croisières Disney aux Bahamas, qui sent déjà la catastrophe écologique – mais au point que nous avons atteint, autant être radical dans la démarche de destruction planétaire, élément banalisé par ces nouveaux Star Wars.

Les débats furent nombreux, houleux mais aussi passionnants autour des épisodes VII et VIII de Star Wars. Que l’on puisse discuter les choix narratifs est une chose, mais personne ne pouvait renier en bloc l’engagement d’Abrams et de Johnson en matière de mise en scène, les deux films livrant des séquences fortes, bien qu’en évoluant souvent dans des univers déjà visités ou bien à peine revisités. Il y avait cette idée de l’héritage accablant les nouveaux protagonistes, idée qui nous conduit à explorer ici un véritable cimetière avec un mauvais goût hors du commun. Puisqu’aucun nouvel enjeu de taille n’a pu être mis en place sur deux films, Star Wars : l’Ascension de Skywalker décide sous les plumes de Chris Terrio (Argo, Justice League) et de J.J. Abrams de ressortir une vieille figure emblématique sans se soucier du torrent d’inepties que cela implique. Pire encore, il est question de toujours jouer sur un paramètre exponentiel, un travers probablement inculqué depuis Le Retour du Jedi, repris dans Le Réveil de la Force et qui s’inscrit ici dans la lignée d’une autre insanité de l’écurie Disney, à savoir Avengers : Endgame. Saturer l’image et gonfler les muscles ne sont d’aucune utilité sans vision ni trajectoire, sans l’art de regarder les êtres et événements. Dans cette foire délirante, J.J. Abrams ne sait plus où poser son regard, car cela est peut-être devenu impossible dans ce gloubi-boulga qui singe Le Retour du Jedi, doit résoudre les problématiques inhérentes à Rey – Daisy Ridley, la découverte de cette nouvelle trilogie, à qui l’on souhaite d’avoir la chance de jouer dans dans des films où elle pourra exprimer son talent – et Kylo Ren – Adam Driver, qui doit désormais regretter d’avoir mis un pied dans ce cinéma artificiel mais à haute exposition –, tout en présentant quelques nouveautés secondaires – il faudra vendre de nouveaux jouets, évidemment.

Funeste au point d’exploiter les morts à l’écran, qu’ils soient fictifs ou réels, Star Wars : l’Ascension de Skywalker ne bénéficie même pas d’une bande originale séduisante de John Williams, tout comme ce fut le cas dans la prélogie pour le médiocre L’attaque des clones. Williams tombe au niveau de certains de ses compères, où la musique suit le chaos numérique qui déferle sur l’écran sans donner un rythme, une mélodie, une idée. Avec ses dialogues insipides, ses séquences d’action plus découpées qu’à l’accoutumée pour Abrams, Star Wars : L’Ascension de Skywalker ne dispose que d’une poignée de scènes réussies au cœur de ce dédale sans saveur, si ce n’est l’amertume de voir une saga défigurée par un studio à l’avarice infinie, qui aura toujours voulu réaliser en vain « son Star Wars » avant même l’acquisition de Lucasfilm. Conclusion évidente, l’argent, employé ainsi, ne façonne pas les légendes ; au mieux, il les duplique en oubliant une part plus ou moins grande de leur essence. Star Wars n’est plus qu’un vestige intergalactique.

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Star Wars : l’Ascension de Skywalker

Film américain
Réalisateur : J.J. Abrams
Avec : Daisy Ridley, Adam Driver, Carrie Fisher, Oscar Isaac, John Boyega, Anthony Daniels, Domhnall Gleeson, Richard E. Grant, Keri Russell, Joonas Suotamo, Ian McDiarmid, Kelly Marie Tran
Titre original : Star Wars:Episode IX – Rise of the Skywalker
Scénario de : Chris Terrio, J.J. Abrams
Durée : 142 min
Genre : Science-fiction, aventure, action
Date de sortie en France : 18 décembre 2019
Distributeur : The Walt Disney Company France

 

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. Après avoir vu le film, je l’avais trouvé moins mauvais que ce que je craignais. Évidemment, le retour en arrière par rapport au VIII et l’absence de cohérence de ces trois films était criante mais je me disais que compte tenu de mes attentes, c’était moyen.

    Plus j’y repense et plus je trouve d’éléments qui me gênent au plus haut point et me font dire que cette trilogie est un ratage en règle. Disney ferait mieux d’arrêter de faire des films pour vendre des figurines. Et même si les résultats financiers sont bien au RDV, d’un point de vue critique, ce dernier film est une honte envers beaucoup de monde.

    Une solution plus élégante aurait consisté à continuer à aller dans le sens de l’épisode VIII, d’envoyer bouler les fans mécontents (les mêmes qui ont envoyé des insultes racistes à la pauvre Kelly Marie tran) et de tenter d’avoir une cohérence entre les ép 8 et 9.

    Ce n’est pas ce qui a été retenu. Il reste une bouillie visuelle qui montre pas mal de gesticulations de personnages qui font plein de choses mais n’ont rien à dire. La tension est inexistante tant les situations de chaque scène sont désamorcées avant même qu’on ait compris les tenants et les aboutissants des scènes précédentes.

    Enfin, Disney pratique un jeunisme à vomir. Les anciens n’ont donc rien à apporter à cette jeune génération qui se fait toute seule sans l’aide de personne ou presque. Sans rire, Billy Dee Williams n’a aucun autre conseil à donner que ça : « On était ensemble » ? C’est là tout le crédit qu’on donne aux héros de la précédente bataille ?

    Le nom de Star Wars suffit à vendre est c’est dommage quand on voit un résultat aussi bâclé. Ton étoile est généreuse Dom.

  2. Il y avait aussi l’idée dans l’épisode VIII que tout le monde peut devenir un héros, se rebeller contre une autorité néfaste, idée totalement balayée ici : l’héroïne, c’est Rey et personne d’autres – et le film ne fait pas grand chose de son personnage de toute façon.
    L’étoile, c’est pour une partie de l’équipe technique, tout n’est pas à jeter dans l’absolu !
    Personnellement, ils pourront faire ce qu’ils veulent à l’avenir, je n’irai plus voir les films Disney en salle, je n’ai plus envie de participer au financement de leurs divers projets à la noix.

  3. Ah, à l’exception près des films qu’ils viennent d’acquérir avec la Fox… Forcément, je suis coincé avec les Avatar !

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