Critique : Avengers Endgame

Fin d’un cycle ayant débuté avec Iron Man de Jon Favreau en 2008, Avengers Endgame, 22ème opus de la saga Marvel, a été confié au duo Joe Russo et Anthony Russo, derrière quatre films de la série, dont le précédent rassemblement de tous les super héros, Avengers Infinity War. Si l’accent a été mis sur la mélancolie, en s’attachant à chacune des figures emblématiques, l’action a été oubliée dans ce long métrage sans aucun sens du rythme et manquant de concrétiser l’émotion des adieux et aux revoirs. On ne vous dit pas qui disparaît dans cette chronique, mais on rentre dans les rouages de cet étrange et indigeste blockbuster.

Jeu d’échecs

Nous avions quitté les Avengers vaincus dans Avengers Infinity War : Thanos (Josh Brolin) était parvenu à faire disparaître la moitié de l’humanité d’un claquement de doigts avant de se volatiliser. Tony Stark (Robert Downey Jr.) et Nebula (Karen Gillan), tombant dans une agonie spatiale, sont rapatriés sur Terre grâce à Captain Marvel (Brie Larson), dernier personnage à avoir été récemment introduit dans l’univers cinématographique Marvel. Cinq ans après les faits, le groupe se retrouve avec les remords de ne pas avoir agi comme il fallait : ils localisent Thanos pour récupérer les pierres de l’infini et inverser son geste mais, hélas pour eux, ce dernier les a détruites. Pas de solution, jusqu’au retour inespéré de Scott Lang, aka Ant-man (Paul Rudd), qui affirme qu’il est possible de construire une machine temporelle, ce qui leur permettrait de récupérer les pierres à des instants clés, revenir dans le présent, et repartir comme avant, comme si rien n’avait changé. Une idée qui va permettre de revisiter des séquences des précédents films, les personnages se séparant en trois groupes afin de réaliser cette ultime mission. Bien que Avengers Endgame capitalise sur les épisodes précédents, le film ne trouve jamais de dynamique véritablement engageante, malgré une évolution louable des personnages : Bruce Banner (Mark Ruffalo) a trouvé le meilleur de ses deux visages tandis que Thor a muté vers le look Big Lebowski dans sa retraite où les bières se descendent comme à l’Oktoberfest. Des amis ont disparu, des familles ont été fondées. Chacun se confronte à son passé, à ses regrets, dans des séquences provoquant un terrible effet de répétition ; encore une fois, le nombre de personnages nuit à l’aventure, se résumant à des missions d’infiltration sans embûches, ou du moins, quelques anicroches.

Ce qui surprend aussi dans cet épisode est le manque de questionnement sur les conséquences de l’acte de Thanos : rien n’est exploré dans le monde des survivants si ce n’est qu’une poignée de scènes de déprime. Agir prime sur la réflexion, mais l’action se détourne étrangement de véritables séquences d’action : hormis deux courts combats montés au hachoir, Avengers Endgame enchaîne les dialogues plats et apitoiements jusqu’à ce que le plan de sauvetage se heurte au retour de Thanos et de ses sbires. Lorsque l’attaque débute, on s’attend à la récompense tant attendue, la confrontation des confrontations. Là encore, la multiplication des personnages nuit à l’ivresse surnaturelle, à l’orgie de torgnoles et pouvoirs fantastiques et, suite à un plan séquence de bonne facture – mais pas plus impressionnant que celui du premier Avengers, justement avec une équipe plus réduite –, la pression s’évanouit. La faute à des personnages trop puissants, à un cadre sans vie, à un décorum purement numérique et terne. On est loin des ahurissantes batailles de la saga Le Seigneur des Anneaux ou encore du combat dantesque dans le dernier chapitre de Ready Player One. Les enjeux se sont trop répétés ici, avec l’incapacité à cacher que des sacrifices seront nécessaires : on ne gagne pas une partie d’échecs sans sacrifier des éléments, et finalement, ce n’est qu’un échange d’âmes auquel procède Avengers Endgame.

Balourd, embourbé dans sa nostalgie mais heureusement toujours doté d’un humour parfois plus mûr, ce quatrième opus Avengers, fin d’un cycle de l’épopée Marvel, déçoit profondément. Et c’est peut-être logique en considérant le mode de production de ces mastodontes des salles, qui auront toujours eu la qualité d’être fédérateurs – et, en France, d’alimenter les caisses du CNC –, malgré l’effet pervers de l’appauvrissement de l’offre en matière de blockbusters, tout comme une occupation massive des écrans au détriment d’autres films, plus petits, plus fragiles, comme ces êtres que les Avengers ont voulu ramené à la vie sans jamais les avoir véritablement regardés. Au fond, c’est peut-être leur propre humanité qu’ils ont toujours voulu sauver et démontrer – un beau message, à l’exécution plutôt déplorable.

2 étoiles

 

Avengers Endgame

Film américain
Réalisateurs : Joe Russo, Anthony Russo
Avec : Robert Downey Jr., Chris Evans, Scarlett Johansson, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Jeremy Renner, Brie Larson, Paul Rudd, Don Cheadle, Karen Gillan, Josh Brolin, Gwyneth Paltrow, Benedict Cumberbatch, Elisabeth Olsen, Zoe Saldana, Tom Holland, Bradley Cooper, Tilda Swinton
Scénario de : Chrisopher Markus, Stephen McFeely, d’après les comics de Stan Lee et Jack Kirby
Durée : 182 min
Genre : Fantastique, Action, Aventure
Date de sortie en France : 24 avril 2019
Distributeur : The Walt Disney Company France

 

Article rédigé par Dom

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