Critique : Crawl

Alexandre Aja retourne au cinéma horrifique, trois ans après La 9ème vie de Louis Drax, pour nous offrir un survival cataclysmique dans lequel une nageuse professionnelle se retrouve confrontée à de féroces alligators. Si la mise en scène du cinéaste français donne du style à ce film, Crawl ne parvient pas à nager au-delà des eaux de la série B anecdotique, la faute à une mécanique rigide et des confrontations invraisemblables.

Pataugeoire aux poncifs

Dans Crawl, une partie de la Floride est frappée par une tempête effroyable. Sans nouvelles de son père, Hailey (Kaya Scodelario) brave l’interdiction de circuler pour rejoindre et venir à l’aide de son paternel, Dave (Barry Pepper), blessé dans le sous-sol de cette maison familiale en vente mais surtout sous la menace de la destruction par la montée des eaux. Ecrit par Michael Rasmussen et Shawn Rasmussen, responsables d’obscurs films d’horreur peu affriolants mais aussi de l’un des plus terribles scénarios d’un film réalisé par John Carpenter, à savoir The Ward, Crawl a été remanié par Alexandre Aja pour développer la psychologie de ses personnages. Une intention louable mais fondamentalement périlleuse pour un film de survie aussi minimaliste, animé par deux personnages isolés du monde – le film aurait pu être un huis clos complet sans son introduction centrée sur la carrière de nageuse d’Hailey. Une nageuse qui doute de ses capacités, et ce, depuis l’enfance à cause d’une profonde rivalité avec sa sœur. Aja va abuser de la matière psychologique pour que chaque situation de dépassement passe par le prisme de la compétition, de la nécessité d’être la meilleure : et un mauvais chrono sera toujours moins sévère qu’une jambe arrachée par une créature sournoise ! Avec son sérieux parfois déconcertant, Crawl perd très vite en crédibilité. Autant on peut accepter tout et n’importe quoi avec l’humoristique et gore Piranha 3D, autant le traitement choisi ici nécessite de rester proche de la réalité : comment rester avec ces personnages après avoir vu la protagoniste balancée de droite à gauche par un alligator lui ayant saisi la jambe entre ses puissantes mâchoires ? Sans dimension comique ni de second degré, le film tourne à la supercherie dans ces nombreuses situations de face à face et de corps à corps.

Bien qu’Alexandre Aja se montre créatif avec les espaces offerts par le sous-sol de la maison, ses autres niveaux – par une astuce pas loin d’être minable – ainsi que les alentours proches, Crawl souffre de ses confrontations comme du nombre réduit de personnages. Il est évident, pour n’importe quel spectateur, qu’au moins un des protagonistes, voire les deux, parviendront à sortir en vie de cette situation cauchemardesque. Pour que le film garde de l’énergie tout en présentant quelques effets gores, il faut donc jeter en pâture de la chair humaine sans amertume. Ainsi, les moindres apparitions ne se montrent jamais capable de changer la trajectoire d’un film posé sur des rails, comme les wagons d’un train fantôme. Certaines situations pourraient pourtant s’avérer fantastiques avec un cadre plus léger, ou encore une fois, plus précisément, dans un cadre humoristique – attention, cet article ne vise pas à dénigrer la nature du film, mais à souligner pourquoi tels éléments, associés à d’autres, nuisent à la force du film. Convaincants sans marquer la rétine, les alligators numériques jouent avec les nerfs de ce duo dont les chances de survie semblent tendre vers zéro. L’héroïsme primaire et toute son imagerie contaminent ce long métrage jusqu’à sa conclusion, à l’issue d’un chaos et d’une frénésie loin d’être indigestes mais pas plus séduisants que dans une autre série B dirigée par un cinéaste plus inspiré que la moyenne dans ce registre. A défaut d’un crawl olympique, on patauge parmi les poncifs – reste à connaitre votre propre capacité à les ingurgiter !

2.5 étoiles

 

Crawl

Film américain
Réalisateur : Alexandre Aja
Avec : Kaya Scodelario, Barry Pepper, Morfydd Clark, Ross Anderson
Scénario de : Michael Rasmussen, Shawn Rasmussen
Durée : 87 min
Genre : Epouvante, Horreur, Action
Date de sortie en France : 24 juillet 2019
Distributeur : Paramount Pictures France

 

Article rédigé par Dom

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