Critique : Midsommar

Second long métrage du cinéaste new yorkais Ari Aster, Midsommar nous conduit dans le nord de la Suède pour un festival folklorique qui touche à l’horreur pure. Une œuvre qui suscite le malaise dans un cadre pourtant enchanteur : contrastes d’une société détraquée.

Déliquescence du monde

Sorti il y a tout juste un an en France, Hérédité permettait à Ari Aster de se faire un nom dans la scène du cinéma horrifique avec un drame particulièrement glauque, liant parfaitement mythologie, sorcellerie et drame familial. Le réalisateur américain poursuit son exploration de la noirceur du monde avec Midsommar, s’ouvrant sur un évènement atroce pour Dani (Florence Pugh), dont la sœur et les parents meurent dans d’atroces conditions. Accablée par le deuil, elle décide toutefois de participer à un festival païen avec son petit ami Christian (Jack Reynor), un jeune homme hésitant à se séparer de cette compagne souvent troublée par le comportement de sa défunte sœur. Mark (Will Poulter), Josh (William Jackson Harper) et le couple sont invités par un ami suédois, Pelle (Vilhelm Blomgren), à se joindre à des festivités exceptionnelles se déroulant dans le nord de son pays natal. Exceptionnelle car celles-ci se tiennent tous les 90 ans. Les américains rejoignent une communauté régit par des codes ancestraux, accueillante et en apparence tolérante, car derrière les apparats de la pureté se terre une violence insoutenable. Si le film évoque énormément The Wicker man pour son cadre païen, son esprit communautaire déviant, le long métrage d’Ari Aster s’éloigne des problématiques du film signé par Robin Hardy en 1973.

Si la première grille de lecture du film qui s’impose aux yeux du spectateur est celle du délitement du couple, l’intérêt et la puissance de ce film d’horreur diurne, où le soleil intarissable de l’été scandinave s’applique à rompre un peu plus les notions temporelles et spatiales, se situe du point de vue social : le festival où tombe également un couple de britanniques n’a rien d’une bulle hors de nos sociétés occidentales, elle est en la représentation exacerbée. En coupant les ponts avec les codes de notre quotidien, du téléphone au langage, à la fois écrit et parlé, on pourrait penser gagner une véritable terre inconnue, ouverte et bienfaisante, ce qui n’est qu’illusoire. Parmi les robes immaculées et toges des suédois, ces touristes tranchent avec leurs vêtements communs. Jamais ils ne seront invités à les quitter pour se fondre dans le décor, tout comme l’anglais sera souvent employé en leur présence afin de les intégrer aux festivités. Josh est autorisé à prendre des notes pour sa thèse, et les photos qu’il prend discrètement semblent tolérées. Tantôt apaisante, tantôt stressante, la musique déroutante de Bobby Krlic insuffle un effroi diffus, déjà suscité discrètement par certaines représentations murales.

Midsommar bascule radicalement lors d’un rituel où sont sacrifiés des personnes âgées de la communauté. Cet élément qui survient assez tôt dans le film retire tout le charme bucolique qui pouvait opérer, rend factice l’éclat de cette nature touchée par la grâce, ces sourires innocents, ces paroles bienveillantes. L’utopie du festival séculaire et champêtre dissimule la violence de sa mécanique au travers de rituels parfaitement codifiés, permettant d’accepter l’intolérable, l’inhumain. Pire encore : cette mécanique vise à pérenniser l’horreur, qui s’inscrit dans un cadre divin, sans notion de mal. Peu à peu, l’opposition à ces valeurs conduit à éliminer les éléments récalcitrants, toujours avec le même flegme, les mêmes mots rassurants. S’intégrer au système, en devenir un rouage devient alors une question de survie, bien que la volonté soit troublée par l’ingurgitation de drogues diverses, acceptées sans broncher jusqu’à déformer littéralement la perception – Aster joue sur les déformations de l’image avec un aspect un peu baroque mais qui finit par perturber sur la durée du film.

Alimenté par le sacrifice, imposé ou sur la base du volontariat, l’univers festif de Midsommar concentre fondamentalement les atrocités banalisées de notre quotidien, que l’on accepte afin de ne pas troubler l’ordre établi, les forces en place et même un équilibre personnel. Les macchabées du film sont nos ancêtres que nous poussons vers l’abîme, ces étrangers qui n’entrent pas dans le moule, ces dissidents qui osent mettre un pied en dehors du rang ; en somme, une population hétéroclite broyée de façon perverse et plus ou moins insidieuse. C’est ce qui fait du film une expérience parfois éprouvante, en subtilisant un voile par un autre, plus ténu, et qui pousse Dani et Christian dans leurs derniers retranchements. Florence Pugh et Jack Reynor se montrent absolument remarquables dans cet enfer céleste, les plongeant dans des états émotionnels épouvantables. Miroir de nos sociétés à la dérive, Midsommar terrifie par la simplicité de sa parabole sans issue, qui unie le délitement du couple à la déliquescence du monde. Plénitude de l’horreur couronnée de fleurs.

4 étoiles

 

Midsommar

Film américain
Réalisateur : Ari Aster
Avec : Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren, William Jackson Harper, Will Poulter, Ellora Torchia, Hampus Hallberg
Scénario de : Ari Aster
Durée : 147 min
Genre : Horreur, Drame, Mystère
Date de sortie en France : 31 juillet 2019
Distributeur : Metropolitan FilmExport

 

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Article rédigé par Dom

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