Critique : Eric Clapton Life in 12 bars

Légende du blues et du rock, surnommé « God », Eric Clapton voit sa vie et sa carrière retracées dans un documentaire de Lili Fini Zanuck. Marqué par la douleur et la déception dès l’enfance, la musique aura été plus qu’un mode d’expression pour le musicien britannique : un véritable refuge.

Larmes au paradis

Peut-être moins souvent cité que des guitaristes tels que Jimmy Page de Led Zeppelin ou encore Roger Waters de Pink Floyd, Eric Clapton est au même titre que ces derniers une légende de la musique. Peut-être que cela tient du fait des nombreux groupes avec lesquels il a joué avant de se lancer dans une carrière solo d’abord marquée par l’alcoolisme. Mais qu’importe : l’oeuvre de Clapton et son influence sont colossales. Eric Clapton : Life in 12 bars s’ouvre sur un message du musicien suite au décès de son idole et ami, le guitariste B.B. King. Enfant, Eric Clapton est obsédé par le blues, genre musical aux nombreux guitaristes de talent afro-américains. Il collectionne les disques, s’achète une guitare très jeune et partage la douleur de ces artistes : avant l’adolescence, il apprend la véritable identité de sa mère, une femme qui le rejettera plus tard lors de leur rencontre. A presque 18 ans, il intègre les Roosters, impressionne par sa maîtrise de la guitare, avant de décoller avec les Yardbirds, qu’il quittera pour désaccord artistique en ouvrant la porte à… Jimmy Page. Le documentaire de Lili Fini Zanuck, qui avait déjà collaboré avec Eric Clapton pour le film Rush dont il composa la bande originale, exploite de nombreuses photos – parfois animées de façon hasardeuse – et images d’archive. Les divers intervenants, famille et musiciens, s’expriment en off tandis que les riffs et solo de Clapton se suivent – on notera aussi une discrète bande originale signée Gustavo Santaolalla.

Eric Clapton : Life in 12 bars trouve un véritable équilibre entre la musique créée par Clapton et sa vie privée. On ne peut pas expliquer l’œuvre d’un artiste sans regarder son parcours, les épreuves endurées. De Cream à Derek and the dominos, en passant par Blind Faith, Clapton développe et singularise son jeu, démocratisant le genre du blues et permettant à ses idoles telles que B.B. King d’être enfin reconnus du public blanc, d’accéder à des salles dans lesquelles ils n’auraient jamais pu jouer sans le guitariste qui sombra dans les années 1970 dans l’héroïne avant de trouver un substitut qui lui sera encore plus dévastateur : l’alcool. Bouleversé par la mort de son ami Jimi Hendrix, Eric Clapton semble incapable de connaître le bonheur sentimental, follement épris de la femme de son ami George Harrison des Beatles, Pattie Boyd. C’est pour elle qu’il compose des morceaux magnifiques sans jamais pouvoir la conquérir alors que le guitariste des Beatles court les jupons. Avec des tournées catastrophiques, des concerts avortés, Clapton s’enfonce mais parvient toutefois à gagner Pattie. Hélas, l’alcool est alors plus fort que l’amour.

Prenant par le destin qu’il raconte, la musique dont il regorge, l’artiste regardé d’un bout à l’autre de sa carrière, Eric Clapton : Life in 12 bars surprend en écartant quelques figures importantes dans la vie du guitariste. Notamment, Pete Townshend des Who, cité une fois au cours de ce documentaire sans jamais mentionner l’aide qu’il apporta à Clapton dans ses années noires. Emouvant dans sa dernière partie détaillant une tragédie terrible dans la vie de Clapton, le film omet une autre disparition, celle du guitariste Stevie Ray Vaughan dans un accident d’hélicoptère lors d’une tournée avec Eric Clapton. Certes le documentaire affiche 133 minutes au compteur, mais il aurait été intéressant de se montrer un peu plus exhaustif, comme le fut Martin Scorsese avec son documentaire George Harrison : living in the material world – d’une durée de 3h28. Le travail de Lili Fini Zanuck n’en reste pas moins qualitatif, bel hommage à une légende dont la détermination et le travail laissent une empreinte majeure dans la musique contemporaine. Quant à sa vie privée, on peut dire que même les dieux ne sont pas à l’abri des voyages au bout de l’enfer, pour mieux rebondir grâce à la précieuse et loyale alliée qu’est la musique.

3.5 étoiles

 

Eric Clapton : Life in 12 bars

Film américain
Réalisatrice : Lili Fini Zanuck
Avec : Eric Clapton, Pattie Boyd, George Harrison, Jimi Hendrix, B.B. King, Ahmet Ertegun, Duane Allman
Scénario de : Stephen « Scooter » Weintraub, Larry Yelen
Durée : 133 min
Genre : Documentaire, Musique
Date de sortie en France : 23 janvier 2019
Distributeur : Orsans Distribution

 

Article rédigé par Dom

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