Critique : Bienvenue à Suburbicon

Avec Bienvenue à Suburbicon, George Clooney tente la comédie noire à la sauce des frères Coen – derrière le scénario du film. Manquant de rythme, de mordant et assez prévisible, ce pamphlet questionnant le rêve américain trouve seulement un peu de vitalité dans une seconde partie où les cadavres s’empilent.

Banlieue zarb’

A l’aube des années 1960, Suburbicon est, en apparence, la banlieue parfaite, avec ses jolies maisons parfaitement alignées, sa population souriante et toute blanche. Littéralement blanche, jusqu’à l’arrivée des Meyers, une famille afro-américaine qui va provoquer un violent mouvement de racisme dans une communauté qui n’est pas si ouverte qu’elle ne le prétend. Cet élément est un vrai problème dans Bienvenue à Suburbicon, s’appuyant sur des faits réels qui se sont déroulés à la même époque à Levitton. Bien que l’arrivée de cette famille et des événements effroyables qui en découlent nourrissent le propos du film, cette Amérique qui projette une image de bonheur absolu, d’idéal pour tous, simple masque peinant à contenir une violence qui finit toujours par s’exprimer envers son prochain, George Clooney la traite comme un élément trop distinct de son intrigue policière. Car le cœur du film se niche chez les voisins des Meyers, les Lodge, une famille dont la mère est assassinée par des cambrioleurs. Endormis au chloroforme par les malfaiteurs, Gardner Lodge, le père joué par Matt Damon, son fils Nicky (Noah Jupe), et la sœur de Rose, l’épouse, Margaret – les deux femmes sont jouées par Julianne Moore, avec une distinction blonde/brune loin de créer le trouble – se réveilleront quelques heures plus tard, mais pas Rose, dont la dose s’avérera létale. Etrange deuil : le père de famille et la belle-sœur se rapprochent très rapidement, pour le bien du petit Nicky. Pire encore, au poste de police, lorsqu’on leur présente les deux agresseurs parmi une bande de petites frappes, ils déclarent fermement ne pas les reconnaître – Nicky, lui, s’étant glissé dans la salle, constate le paradoxe de la situation avec ses yeux d’enfants.

Si tout est formidable à Suburbicon, certains rêvent d’une autre femme et d’un autre paradis terrestre, où il ferait bon vivre pour de vrai. C’est le cas du monstrueux Gardner Lodge, ordinaire en apparence et doté d’un sang-froid terrifiant en toute situation – saluons la performance de Matt Damon. D’ailleurs, les comédiens se montrent merveilleux sous la direction de George Clooney, qu’il s’agisse de Julianne Moore et son sourire de façade que du jeune Noah Jupe dans un rôle complexe face à la violence d’un monde adulte sans pitié. Mais la perle dans Bienvenue à Suburbicon, c’est Oscar Isaac, dans sa courte intervention en assureur venant mener sa petite enquête sur les circonstances étranges du décès de Rose, de cette police d’assurance augmentée quelques mois avant sa mort. Là se déroule un vrai numéro jouissif, qui conduira à une avalanche de catastrophes pour Gardner Lodge, comme les frères Coen maîtrisent parfaitement. Quelque part entre Fargo et l’inabouti Burn after reading, avec un moteur d’intrigue semblable à The Barber : l’homme qui n’était pas là, le film dégage quelque chose de profondément désuet : là où il pourrait être incisif et dérangeant, Bienvenue à Suburbicon déroule son programme sans énergie, jusqu’à l’avalanche de morts dans une suite d’événements malencontreux. Malgré une certaine élégance, des décors et costumes, y compris de la photographie, cette radiographie d’une Amérique pourrie de l’intérieur dégage un parfum suranné pour séduire vraiment, en plus de ses incroyables problèmes de rythme. La banlieue c’est pas rose, la banlieue, c’est morose !

2.5 étoiles

 

Bienvenue à Suburbicon

Film américain
Réalisateur : George Clooney
Avec : Matt Damon, Julianne Moore, Noah Jupe, Glenn Fleshler, Alex Hassell, Oscar Isaac, Karimah Westbrook, Gary Basaraba
Titre original : Suburbicon
Scénario de : Joel Coen, Ethan Coen, George Clooney, Grant Heslov
Durée : 104 min
Genre : Comédie, Policier
Date de sortie en France : 6 décembre 2017
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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