Cannes 2017 : De l’Amour

Une adolescente lutte pour sauver son super cochon, une autre, face à une cécité imminente, cherche à contrer la fatalité avec un garçon plus âgé sur la côte landaise. A Paris, une artiste divorcée vogue d’un homme à l’autre sans trouver le bonheur. Vendredi 19 mai 2017, il y aura eu beaucoup d’amour sur la croisette avec Okja (en photo ci-dessus), Ava et Un Beau soleil intérieur. Découvert également, The Square et un premier plongeon à la Villa Schweppes où jouait notamment Kavinsky.

Polémique Netflix ou non, Okja de Bong Joon-ho est un des films les plus attendus du Festival de Cannes. Afin d’éviter la foule de la veille, nous arrivons à 7h30 au Grand Théâtre Lumière. Il y a foule mais nous débutons plus près du tapis et des contrôles : nous accédons à la salle et trouvons même des sièges en corbeille. Parfait ! Mais des collègues luttent à l’extérieur et le film débute alors que des festivaliers continuent d’entrée dans la salle. Rapidement, quelque chose ne va pas : le haut du film est tronqué car l’écran ne s’est pas adapté au format du film. Grosse colère et sifflets dans la salle qui subit près de 10 minutes de film avant de voir la projection arrêtée. Après quelques minutes, le rideau se referme avant de s’ouvrir pour présenter une toile à la taille adéquate : le film va pouvoir débuter. Après la séance, le festival s’excusera auprès des équipes du film et des festivaliers pour ce problème technique qui présentait tous les traits d’un sabordage suite au conflit avec la fédération française des cinéma, pour la non distribution du film en salle.

Okja ne rejoindra pas les salles obscures françaises, et pourtant, c’est un mastodonte taillé pour les grands écrans. Bong Joon-ho livre un film écologiste grandiose, par son sens du spectacle, son humour mais aussi sa tendre relation entre Mija (Ahn Seo-Hyun, d’une énergie folle) et son super cochon Okja. En 2007, le groupe Mirando (tristement comparable à Monsanto) cherche à redorer son blason auprès de la population en lançant un concours de super cochon, une de leur création garantie naturelle… Vingt-six éleveurs se voient confiés une créature pour dix ans où sera ensuite désigné un grand gagnant. Créé pour nourrir une population mondiale toujours en croissance, le super cochon montre les dérives d’un monde capitaliste et carnassier, qui refuse les alternatives en matière de nutrition. Le film débute comme un vidéo de propagande dans laquelle Lucy Mirando (Tilda Swinton, toujours aussi géniale) présente les enjeux à New-York, où se tiendra la remise de prix. Direction la montagne coréenne pour découvrir Okja, le super cochon dont s’occupe Mija depuis son enfance avec son grand père. Au milieu d’une nature luxuriante, à l’abri de la société de consommation, le duo, ou plutôt le trio, mène une vie simple et paisible. Jusqu’au jour fatidique ou débarque le présentateur TV d’Animaux magique, le déluré Docteur Johnny Wilcox joué par un excellent Jake Gyllenhaal. Médusé par la créature qu’il découvre, la dernière, il va ôter à l’adolescente l’animal avec lequel elle entretenait une relation particulièrement belle. Mija prend la fuite pour essayer de retrouver Okja à Séoul avant qu’il ne soit trop tard, et grâce à l’intervention d’une unité du Front de Libération des Animaux avec à sa tête Jay (Paul Dano), l’espoir de sauver Okja sera entretenu un temps.

Bong Joon-ho dénonce autant l’ignominie d’une société capitaliste, dénigrant l’écologie, n’ayant aucun respect pour la vie animale, tout en soulignant les travers des groupes pro-écologistes. Au fond, ces deux extrêmes luttent pour des idéaux détachés de tout sentiment, voilà comment Mija et Okja se retrouvent instrumentalisés par les deux parties. Avec un sens du spectacle phénoménal, au service du récit, truffé d’humour, Okja nous conduit dans une aventure à la ligne claire mais avec une grande perspicacité. Fabuleux par sa mise en scène et son montage, porté par cette adolescente qui court sans relâche pour retrouver et sauver son animal numérique auquel on s’attache également, Okja touche profondément. C’est une œuvre qui appelle au respect de la vie, de toutes les vies, et qui brille par l’amour mutuel entre une fille et son singulier animal. Une œuvre grandiose autant par son message que sa forme. Film disponible en France sur Netflix à partir du 28 juin 2017.

Léa Mysius, issue de la Fémis, a déjà marqué des festivaliers par ses courts métrages. Ava, son premier long, est présenté à la Semaine de la Critique où la jeune cinéaste est accompagnée par ses producteurs et une grande partie de son équipe. C’est le portrait d’une adolescente vivant avec sa mère divorcée sur la côte landaise et qui s’apprête à perdre la vue, petit à petit. Il y aura d’abord la perte de la vue en faible lumière, la nuit, et puis, au fil du temps, le champ de vision se réduira même en plein jour, jusqu’à la laisser dans le noir complet. Alors que la cécité approche, l’adolescente entre en conflit avec sa mère (jouée par Laure Calamy), aimante mais qui mène une vie insouciante. Désireuse de posséder un chien que lui refuse sa maman, Ava (Noée Abita, assez marquante) vole le chien de Juan (Juan Cano), un tzigane exclu de sa communauté, qu’il finira par récupérer pour connecter ces deux êtres en marge. Partagé entre la lumière solaire diurne et les ténèbres enveloppant sa belle protagoniste quand vient la nuit, Ava dresse un itinéraire singulier, n’empruntant aucun raccourci narratif. Avec des jeunes acteurs très juste, on accompagne cette adolescente qui se rebelle contre la perspective de sa future condition jusque dans ses tristes pensées, au travers d’un journal intime qu’elle tient précieusement, récit des ultimes images que lui apportent ses yeux. Avec son ambiance parfois apocalyptique – par la musique, la présence funeste des forces de l’ordre à cheval –, Ava conduit à l’éveil sexuel non pas comme une étape vers l’âge adulte mais une façon d’affirmer que malgré les obstacles que peut imposer cruellement la vie, il est possible d’aller vers la lumière, ou du moins de répondre fermement à la fatalité. Un beau premier film.

L’équipe de la Semaine de la critique et l’équipe d’Ava. En rouge, Léa Mysius.

Sandwich en main, j’apprends qu’Orange couvre toute la croisette en wifi gratuit, pratique ! Et ce avant de gagner pour la première fois le Théâtre Croisette du J.W. Marriott qui héberge la Quinzaine des réalisateurs. Au programme, la comédie (dramatique) Un Beau soleil intérieur de Claire Denis, qui ouvrait le bal la veille. Juliette Binoche y campe Isabelle, une artiste divorcée qui recherche désespérément le grand amour d’un homme à l’autre sans jamais trouver satisfaction, lorsqu’une relation n’est pas gâchée par de mauvais conseils l’influençant fortement. Par ses dialogues souvent succulents, le film brise les codes de la comédie avec succès. On suit tout simplement cette femme au fil de ses rendez-vous plus ou moins ratés, d’un Xavier Beauvois terriblement odieux en banquier à un Bruno Podalydès frustré de ne pas pouvoir la glisser dans son lit, sans oublier un Philippe Katerine désopilant et un versatile Nicolas Duvauchelle – autre figure de poids au casting, Gérard Depardieu. Tous ces comédiens, superbes, gravitent autour de l’étoile Juliette Binoche, rayonnante. Derrière sa légèreté, le film rit du milieu bourgeois tout en parvenant à offrir matière à philosopher sur les relations sentimentales.

Voici la vue depuis depuis la nouvelle terrasse des journalistes au quatrième étage du palais, donnant sur le port de plaisance et la vieille ville. Une zone supplémentaire où sont offertes boissons en tout genre, une nouvelle belle initiative du festival.

La soirée continue avec un quatrième film en salle Bazin, The Square de Ruben Östlund, remarqué avec Snow Therapy quelques années auparavant. Le réalisateur suédois dresse un nouveau portrait d’homme qui se doit de devenir meilleur, pour lui-même et surtout pour les siens. Christian (Claes Bang) est un conservateur dans un musée d’art contemporain. Tout bascule pour lui lorsqu’il se fait voler son téléphone portable et son portefeuille dans la rue. Pour les récupérer, sous l’impulsion d’un collègue, il envoie à tous les occupants d’un immeuble une lettre de menace… Comédie profonde à la puissance crescendo, The Square se montre souvent jouissif, dans ses accès de folie, d’absurdité et même de surréalisme. Östlund s’attaque à la mesquinerie, l’irresponsabilité dans le monde de l’art contemporain tout en questionnant les valeurs et limites de ce dernier – scène délirante avec un homme atteint du syndrome de Tourette interrompant une conférence, et scène terrifiante de performance avant un dîner des plus chics. Avec des thématiques sociales fortes, ce film fait preuve d’une densité remarquable. Nous reviendrons plus en détail sur ce film lors de sa sortie en salle. Projection sur le palmarès : prix du meilleur scénario ou du meilleur acteur ?

Kavinsky live @ Villa Schweppes : folie ! #Cannes2017

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Après quatre films, soit presque huit heures assis face à un écran, rien de tel qu’un plongeon à la Villa Schweppes pour la deuxième soirée, toujours nichée au dessus du Casino dans le Club des Marches, dont la configuration a changé (légèrement). Alors que Mai Lan fait son set face aux festivaliers, nous attaquons le bar à cocktail pour continuer de discuter des films découverts dans la journée jusqu’à l’arrivée sur scène de Kavinsky, enflammant la villa par son set électro jusqu’à trouver l’apothéose avec son fameux Nightcall utilisée par Nicolas Winding Refn dans Drive. C’était aussi à Cannes, en 2011. La nuit file comme une flèche avec les bonnes personnes derrière les platines…
Débute désormais un weekend de projection très compliqué en matière de séances, de nombreux films alléchants voyant leurs horaires de projection se chevaucher. Il faudra être judicieux.

Article rédigé par Dom

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