Critique : Ghost in the Shell

Manga culte de Masamune Shirow, Ghost in the Shell a déjà vu une adaptation en animé en 1995, signée Mamoru Oshii, ainsi qu’une suite en 2004. Le film de Rupert Sanders offre une sorte de synthèse dans une œuvre de science-fiction visuellement réussie mais qui manque de substance pour s’élever.

Cybernétique standardisée

Si Blade Runner se penche sur la condition des robots à l’image des hommes (et des animaux dans l’oeuvre originelle de Philip K. Dick), Ghost in the shell se pose en équivalent sur le versant cybernétique. Dans un futur où l’être humain pallie à ses faiblesses et défauts par toutes sortes d’implants, le Major (Scarlett Johansson) est un prototype qui amorce une nouvelle révolution : c’est une machine d’apparence humaine, dotée d’un cerveau humain, récupérée sur une noyée. Application militaire en vue. Lors d’une mission, le Major et ses coéquipiers de la Section 9 menée par Aramaki (Takeshi Kitano) interviennent sur l’attaque d’un éminent membre de la société Hanaka par des robots piratés, société derrière le bijou technologique que représente le Major. Cette introduction est probablement la scène la plus belle du film, dans ses couleurs et cadrages, cet univers riche qui envahit l’esprit du spectateur, trop vite pour l’assimiler entièrement. Dominant le paysage urbain futuriste, la protagoniste se dénude pour présenter une seconde peau, lui conférant le pouvoir d’invisibilité au cours d’un saut vertigineux. L’intervention armée, quasi chirurgicale, sème les premiers doutes dans l’esprit de l’héroïne sur son identité.

Questionnant l’importance du passé et donc des racines dans un monde qui se détache, peu à peu, des caractéristiques mêmes de l’humanité, qui accepte d’altérer profondément son corps pour se rapprocher des machines, Ghost in the shell interroge la condition humaine, le rêve d’immortalité et la place des êtres cybernétiques dans notre (future) société. L’œuvre de Masamune Shirow, riche et profonde, est un matériau parfait pour réaliser un film de science-fiction d’exception, avec à la clé quelques belles séquences d’action. Seulement, si le film respecte énormément son créateur, il manque une substance vitale, ou du moins, cette substance, peut-être présente dans les premières séquences du film, tend à s’évanouir dans un lent processus de stérilisation. Au cours de la progression du récit, traque qui met en danger l’intégrité du Major et de son groupe, l’émotion ne vient jamais alors qu’il y a un resserrement sur la sphère intime. Et ce phénomène est étranger à la comédienne, Scarlett Johansson campant parfaitement cet être futuriste. Scarlett Johansson était peut-être un choix évident, après avoir été un système d’exploitation dans Her (une voix), terminant sous forme de clé USB dans le déplorable Lucy, et surtout en ayant donné vie à une femme d’une autre planète dans le mémorable Under the skin. Communément, les acteurs incarnent des personnages, qu’ils soient des figures réelles ou purement fictionnelles. Scarlett Johansson est une des rares comédiennes à montrer au cours de sa carrière quelque chose d’insaisissable et immatériel, à faire passer son propre corps pour un corps totalement étranger, un hôte, véritable. Non, la faute incombe aux choix scénaristiques et à un réalisateur qui n’a encore rien prouvé, le premier long métrage de Rupert Sanders, Blanche-neige et le chasseur tenant de la véritable punition singeant l’héroïc fantasy façon Peter Jackson. Les plus beaux plans proviennent de l’animé, et Sanders ne trouve jamais le moyen de sublimer la direction artistique du film par sa mise en scène, à donner ce supplément d’âme à un univers qui tend à se désincarner – le manque d’ampleur du combat final dans la zone hors-la-loi est vraiment regrettable.

Pourtant toute catastrophe est évitée par la force même du matériau de base et la direction artistique donc, mais aussi grâce au casting international gravitant parfaitement autour de Scarlett Johansson : notamment Batou le fidèle bras droit, joué par le danois Pilou Asbæk, le britannique Peter Ferdinando à la tête de la société Hanaka, et la française Juliette Binoche, qui incarne le Dr. Ouelet, créatrice du Major. La bande originale électronique de Clint Mansell et Lorne Bafle apporte aussi de la densité à cet univers, tout en l’éloignant encore des singularités du modèle original. La tentation de la comparaison est inévitable – d’ailleurs, à titre personnel, je n’ai pas revu l’animé avant de découvrir ce long métrage – mais impossible d’éviter la grande problématique hollywoodienne, cette politique des studios qui consiste à s’emparer d’une œuvre sans se soucier de sonder et saisir ses détails et spécificités, les éléments qui marquent la différence entre une œuvre ordinaire et une œuvre mémorable. Ou, seconde possibilité, la volonté de lisser les traits, de standardiser l’univers d’artistes visionnaires. Si Major souffre de bugs visuels et auditifs dans ce Ghost in the shell en partie réussi – ce qui reste insuffisant –, Hollywood présente aussi ses « glitchs » pourtant si faciles à éliminer. Mais comment corriger le code pour un cinéma plus saisissant et audacieux ?

3 étoiles

 

Ghost in the shell

Film américain
Réalisateur : Rupert Sanders
Avec : Scarlett Johansson, Pilou Asbæk, Juliette Binoche, Takeshi Kitano, Michael Pitt, Chin Han, Danusia Samal, Lasarus Ratuere, Peter Ferdinando
Scénario de : Jamie Moss, William Wheeler, Ehren Kruger, d’après le manga de Masamune Shirow
Durée : 107 min
Genre : Science-fiction, Action
Date de sortie en France : 29 mars 2017
Distributeur : Paramount Pictures France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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