Critique : Miss Sloane

Le réalisateur britannique John Madden retrouve Jessica Chastain six ans après L’affaire Rachel Singer pour un thriller politique qui nous plonge dans l’univers des lobbyistes, éléments clés dans un monde politique corrompu. Jessica Chastain y trouve son plus grand rôle depuis Zero Dark Thirty.

Qui fait la loi ?

Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) est une lobbyiste crainte et respectée. Sans état d’âme quant aux propositions de loi qu’elle défend ou descend, elle plaque la société qui l’emploie lorsqu’on lui propose de contrer une loi de contrôle des armes à feu. Qu’est-ce qui provoque cette réaction chez cette acharnée qui consacre sa vie à son puissant et redoutable métier ? Probablement qu’on souhaite l’exploiter non pas pour son talent et ses capacités mais parce que c’est une femme, et qu’une femme entraînerait alors d’autres femmes dans le débat. Dès lors, elle décide de rejoindre l’équipe de Rodolfo Schmidt (Mark Strong), sous l’impulsion de ce dernier, dans une association aux moyens modestes qui tente d’imposer une restriction au sacro-saint second amendement de la Constitution américaine. Miss Sloane se rallie donc à David pour affronter Goliath, avec une partie de son équipe l’ayant suivi lors de son inattendu départ.

Se déroulant sur une période de quatre mois, le film nous présente sa protagoniste lors d’une audition, accusée d’avoir enfreint les règles pour une affaire sans aucun rapport avec les armes à feu. Miss Sloane progresse en faisant avancer en parallèle l’audition et la campagne que mène d’une main de fer la lobbyiste, magistralement campée par une Jessica Chastain froide et déterminée, prête à tout pour arriver à ses fins. Une détermination et un dévouement total à une cause qui n’est pas sans rappeler Maya dans Zero Dark Thirty, femme qui consacrait sa vie à un but unique, capturer Oussama Ben Laden. Seulement ici, il n’y a pas l’argument du terrorisme, mais un univers de requins, de politiciens corrompus et de manœuvres à la limite de la légalité : en somme, de la manipulation élevée au rang d’art. Alors que l’administration Trump vient de signer une loi qui permet à certains malades mentaux d’acheter des armes à feu, le film de John Madden (dont l’oeuvre la plus célèbre reste Shakespeare in Love) démontre sa triste ressemblance avec la réalité. D’ailleurs, le scénario et les personnages ont été retravaillés avec l’aide de lobbyistes afin de rester dans le domaine du réel sans s’aventurer dans de purs fantasmes cinématographiques.

Classique dans sa narration et même ses rebondissements – que l’on attend, au final –, Miss Sloane prévaut par son sujet, sa confrontation, et l’interprétation remarquable de Jessica Chastain, bien entourée notamment par Gugu Mbatha-Raw, Sam Waterston, Michael Stuhlbarg ou encore John Lithgow. Loin d’être brillant en matière de mise en scène, le film fonctionne grâce à un montage judicieux et un dynamisme trouvé au travers de la bande originale de Max Richter, pas mémorable mais assurant pleinement en terme d’efficacité – c’est le discret moteur de ce long métrage, outre l’actrice principale. En dressant le portrait d’une lobbyiste, Miss Sloane convie le spectateur dans les rouages du pouvoir : sans surprise, l’état de la politique (américaine) laisse songeur quant aux promesses de nos démocraties. Quand l’argent dicte les lois, ce ne sont pas les plus forts qui gagnent les batailles mais les plus sournois… Le peuple dans tout ça ? Il n’existe pas.

3.5 étoiles

 

Miss Sloane

Film américain
Réalisateur : John Madden
Avec : Jessica Chastain, Gugu Mbatha-Raw, Sam Waterston, Michael Stuhlbarg, Alison Pill, John Lithgow
Scénario de : Jonathan Perera
Durée : 132 min
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie en France : 8 mars 2017
Distributeur : EuropaCorp Distribution

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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