Critique : Ni le ciel ni la terre

Passé par la Semaine de la Critique à Cannes 2015, Ni le ciel ni la terre, premier long métrage de Clément Cogitore, est disponible en DVD depuis le 3 février. Une œuvre qui nous plonge dans la guerre au Moyen-orient sous un angle inédit et captivant.

Conflit spirituel

Souvent dépeint par le cinéma américain, le conflit au Moyen-orient reste une zone peu explorée par le cinéma français. Clément Cogitore s’y aventure avec succès sans suivre les sentiers du film de guerre traditionnel. Ici, en Afghanistan, une unité menée par le capitaine Antarès Bonassieu – Jérémie Renier, qui apporte énormément d’humanité à ce rôle autoritaire – surveille un secteur à l’aide de deux petits avants-postes dominant une crête. Avec des affrontements rares contre les talibans, le quotidien consiste à contrôler les mouvements de la population d’un village proche, peu ouvert à la présence des militaires français malgré la disparition des talibans dans leur rue. Par son impressionnante photographie, toujours à hauteur d’homme, Ni le ciel ni la terre pourrait s’inscrire comme un film témoin assez classique sur cette guerre d’usure en milieu aride, mais rapidement le récit mute par la disparition de deux soldats dans l’un des deux avants-postes, une nuit où les villageois étaient sortis brûler un mouton. A l’autre position, les deux soldats n’ont rien vu. C’est l’incompréhension dans le camp français, les recherches débutent.

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Alors que les villageois ne semblent rien savoir sur la disparition des soldats, la disparition d’un troisième homme alors que les positions ont été renforcées fait basculer le film dans une dimension mystique : le spectateur, témoin de cette évanescence irréelle dans le simple détournement du regard en hors-champ, doit aussi remettre en question ses convictions. La nuit, l’ambiance musicale pesante et l’utilisation des infrarouges rappellent ce cinéma horrifique prolifique, la série des Paranormal Activity qui vise à angoisser le spectateur dans l’attente de jump scare. Seulement, dans cette œuvre, l’angoisse, rationnelle, trouve sa source dans la nature même de la situation, cet affrontement lancinant où la population est loin d’être un allié. Clément Cogitore déplace alors le conflit armé vers un conflit spirituel, les soldats français, face à des talibans dépassés aussi, sont amenés à baisser les armes. Chacun cherche les siens dans ces montagnes où l’homme peut disparaître sous une simple couverture, devenir une partie du paysage tel un caméléon. Il suffit de la théorie d’un enfant pour que le film déploie pleinement son double univers, son opposition des cultures et croyances à une atmosphère paranoïaque, propre à la guerre et à la privation de sommeil. Par ses rituels et ses expériences, Ni le ciel ni la terre cherche des réponses face à la mort, face à la possibilité du divin : dans ces domaines, ni la technologie ni les armes ne peuvent venir au secours des mortels que nous sommes.

3.5 étoiles

Sur le DVD, doté de sous-titres pour sourds et malentendants, on peut trouver une courte scène coupée d’une quarantaine de secondes mais surtout un intéressant entretien de 26 minutes avec Clément Cogitore. Cerise sur le gâteau, la présence de son court-métrage Parmi nous. En somme, une édition DVD soignée pour un film original et réussi.

 

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Ni le ciel ni la terre

Film français, belge
Réalisateur : Clément Cogitore
Avec : Jérémie Renier, Kévin Azaïs, Swann Arlaud, Marc Robert, Finnegan Oldfield
Scénario de : , Thomas Bidegain
Durée : 100 minutes
Genre : Guerre, Drame, Fantastique
Date de sortie en France : 30 septembre 2015
Disponible en DVD depuis le 3 février 2016
Distributeur : Diaphana Distribution

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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