Critique du film Gone Girl

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Que recherche David Fincher en livrant un nouveau thriller après le film somme Millenium – les hommes qui n’aimaient pas la femme ? S’il s’agit d’asseoir un peu plus sa position de grand maître du thriller américain de notre époque, la mission est accomplie avec brio.

Une femme épatante

On pensait à juste titre que David Fincher allait délaisser le thriller un temps, après avoir plongé dans l’univers de Stieg Larsson pour revisiter son propre parcours, offrant par la même occasion à Rooney Mara le plus grand rôle de sa jeune carrière. C’est sur 20,000 lieues sous les mers que nous attendions le réalisateur de Se7en, mais hélas, le projet est tombé à l’eau – sans jeu de mot ! La crainte avec Gone Girl, adapté du roman Les Apparences de Gillian Flynn, qui transpose elle-même ses écrits en scénario ici, était de voir Fincher céder à la facilité de rester dans un genre où il n’a plus rien à prouver. Et pourtant, ce qui débute comme un polar fondamentalement classique – un homme voit sa femme disparaître et se retrouve comme principal suspect – tourne au thriller passionnant, vicieux, ironique, avec un regard particulièrement noir sur la société américaine. Nick Dunne (Ben Affleck) et Amy Dunne (Rosamund Pike) s’apprêtaient à fêter leur 5ème anniversaire de mariage en ce 5 juillet où elle disparut de leur domicile. Une table en verre brisée dans la salle à manger et quelques traces de sang dans la cuisine ne sont pas les seuls indices laissés : chaque année, Amy concocte une chasse au trésor à son compagnon pour qu’il découvre son cadeau. Peu à l’aise face aux policiers, Nick va écarter la détective Rhonda Boney (Kim Dickens) et son coéquipier Jim Gilpin (Patrick Fugit) des lettres-indices laissées par sa compagne. Tous deux écrivains, la disparition d’Amy suscite l’engouement populaire tout en agitant les médias, Amy étant derrière l’œuvre à succès L’Epatante Amy, projection améliorée de sa propre personne. A cause de quelques maladresses comportementales, la télévision va tenter de convaincre l’opinion publique que Nick pourrait être un mauvais mari à l’origine de la mystérieuse disparition.

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Comme le montre le titre original du roman derrière ce film, tout est question d’apparences. En apparence, Nick et Amy forment un couple parfaitement épanoui, éloigné de New York suite à des soucis financiers et la maladie fatale à la mère de Nick. En façade, le rêve américain est presque là, seuls les enfants manquent au tableau – et justement, une histoire de grossesse modifiera la course du récit. Oeuvre particulièrement dense, Gone Girl passionne en premier lieu par sa structure, qu’il serait dommage de dévoiler entièrement ici pour préserver les effets de surprises qui changent radicalement notre perspective sur l’affaire. Dans un premier temps, il y a donc la disparition, le travail avec la police et le réconfort trouvé auprès de la sœur jumelle, Margo (Carrie Coon), barmaid dans l’établissement de son frère – mais dont les murs sont au nom d’Amy. En parallèle, au travers du journal intime d’Amy (non découvert par la police), nous remontons par épisodes dans la vie de ce couple, de la rencontre romantique à l’idylle, avant de plonger dans les premières notes noires qui sèmeront le doute dans l’esprit du spectateur. Le film ne nous dévoile le caractère de Nick qu’au travers de ses échanges avec les autres personnages, la police, sa sœur et ses beaux-parents, jusqu’à l’irruption d’un personnage secondaire qui trouble l’image que nous avions de lui. Des apparences, en somme ! A sa décharge, Nick, loin d’avoir le profil du tueur de femme, guide la police sur d’anciens amants et admirateurs d’Amy, qui auraient pu lui vouloir du mal, comme Desi Collings (Neil Patrick Harris), vivant dans la région depuis peu.

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Soudain, là où Gone Girl aurait pu s’enfermer dans le carcan d’un thriller assez commun, le récit nous offre de nouvelles perspectives où le machiavélisme et l’ironie règnent. Si le film s’avère sûrement moins malsain que Millénium – les hommes qui n’aimaient pas les femmes, tension et sensation de malaise s’emparent insidieusement du spectateur. Dans le cadre cauchemardesque, la bande originale, à nouveau signée par Trent Reznor et Atticus Ross, fait encore son petit effet, avec seulement des éclaircies bien synthétiques et trompeuses pour accompagner le quotidien du couple. De la direction artistique à la direction d’acteur, David Fincher se montre toujours aussi impressionnant par sa vision du cinéma et la maîtrise dont il fait preuve. La nouvelle collaboration avec Jeff Cronenweth donne encore lieu à des plans d’une précision diabolique, pour une image numérique d’une beauté inégalable – pour l’anecdote purement technique, il s’agit du premier long métrage tourné en 6K avec la Red Epic, équipée de son nouveau capteur Dragon. Souvent critiqué comme acteur, Ben Affleck livre une performance fantastique qui redorera son blason avant d’endosser le costume de Batman, et de l’autre côté du lit, Rosamund Pike, glaciale et vénéneuse, donne vie à un véritable personnage hitchcockien. Amy Dunne, une femme épatante (et à certains égards, terrifiante), nous invite à questionner ce que l’on trouve à l’intérieur des pavillons propres et accueillants des banlieues américaines. De regarder au-delà du paillasson de bienvenue pour briser l’image lisse et conventionnelle du couple marié, lié par un bonheur d’une fragilité désarmante. Reste à y insérer un brin de psychose et de manipulation pour faire des ravages et attiser des mensonges correspondant à de tristes idéaux, entretenus par la télévision. Passionnant et complexe, Gone Girl est sans nul doute le meilleur thriller américain depuis Effets Secondaires.

4.5 étoiles

 

Gone Girl

gone-girl-afficheFilm américain
Réalisateur : David Fincher
Avec : Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Patrick Fugit, Carrie Coon, Kim Dickens, Tyler Perry, Missy Pile, Emily Ratajkowski
Scénario de :
Durée : 149 min
Genre : Thriller, Drame
Date de sortie en France : 8 octobre 2014
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Critique engageante !
    J’avais un bon feeling au vu des premières images (somptueuses)
    Je vais donc courir le voir.

  2. Je confirme. Gone Girl est peut-être « le chef-d’oeuvre » de Fincher. Je vais me refaire un petit cycle Fincher pour en être persuadé mais son Art excelle ici dans tout les domaines. Encore bravo pour cette excellente critique!

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