Critique : 1917

Après avoir redoré le blason de James Bond avec Skyfall pour mieux chuter avec sa suite, Spectre, Sam Mendes revient à un cinéma plus personnel – mais non moins ambitieux. Pour la première fois crédité comme scénariste de l’un de ses films, avec Krysty Wilson-Cairns, le cinéaste britannique nous plonge dans la Première Guerre Mondiale à partir de récits qui lui furent racontés par son grand-père. Une odyssée saisissante, mise en scène avec une démarche particulière.

Le songe du messager

Comme une réminiscence du premier plan de L’Enfance d’Ivan d’Andreï Tarkovski, 1917 s’ouvre près d’un arbre où l’on découvre un visage juvénile, celui de Schofield (George MacKay). Et contrairement au bien plus jeune Ivan, Schofield est paré d’une tenue de soldat, et s’il sort d’un rêve, nous, spectateurs, allons le suivre comme dans un songe, avec ses multiples évolutions émotionnelles et spatiales, dans un film pensé comme un plan-séquence unique, se déroulant en temps réel. En ce début avril 1917, non loin d’Arras, Blake (Dean-Charles Chapman) et Schofield, qui ont l’âge de fréquenter l’université, se voient confiés une mission capitale, et qui paradoxalement pourrait sembler n’être qu’un détail dans ce vaste conflit monstrueux. Les deux jeunes soldats doivent, avant l’aube, rejoindre un bataillon qui s’apprête à lancer un assaut contre des allemands en retraite, mais ces derniers tendent un piège à l’armée britannique. Avec des moyens de communications coupés, Blake et Schofield sont le seul espoir d’épargner la vie de 1600 soldats courant vers leur perte ; parmi ces soldats se trouve le frère aîné de Blake. Leurs ordres en poche, les deux soldats doivent déjà quitter leur tranchée, alors que les affrontement régnaient encore il y a peu, sur un terrain lunaire et boueux, jonché de chevaux en décomposition et d’hommes broyés par une violence inimaginable.

Le cinéma a montré l’horreur de la Première Guerre Mondiale sous de multiples formes et destinées, toutes témoignant de son absurdité, sa cruauté, toutes portant le sceau amer de vies jetées vers l’abîme, des Croix de bois de Raymond Bernard à La Vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier, en passant par Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick. Que reste-t-il à montrer, à dire – même à écrire – sur cette sombre période de notre civilisation ? Ces trajectoires individuelles, avec leur singularité, s’inscrivant dans un tableau plus vaste. Les deux protagonistes doivent porter un message tout comme Sam Mendes porte la transmission de son grand-père et de ses frères d’arme : le film rassemble des éléments qui lui furent racontés par son ancêtre. Techniquement bluffant par cette caméra toujours en mouvement, et qui semble insensible aux difficultés que présentent le terrain, 1917 et ses coupes très limitées – car, à la manière de Birdman, plusieurs plans-séquences le composent – nous fait glisser dans l’enfer de façon inédite, avec une propension à se montrer réaliste – la gestion du temps, des décors « réels », des centaines de figurants, etc. – mais qui touche paradoxalement à l’irréel. Il y a un passage de nuit qui cristallise parfaitement cette dualité : dans un village en ruine, ravagé par des flammes encore vives, un soldat allemand surgit au loin comme une entité lugubre dans un cauchemar. Un coup de feu part : l’irréel s’évanouit pour l’urgence de la course, signe que l’on est toujours parmi les vivants et non du côté de ces corps qui flottent dans les rivières ou gisent dans les cratères.

Au cours de cette mission périlleuse, un autre enjeu se joue pour Schofield : ce dernier a perdu le goût de vivre. La guerre semble lui avoir volé une part d’humanité, et c’est tout ce parcours avec Blake qui va le reconnecter avec la vie, la nécessité de sortir vivant d’ici pour retrouver les siens, son foyer. Sam Mendes nous rappelle également que si ces deux jeunes hommes sont partis porter un message de secours, chaque homme porte en lui la mémoire de ceux qu’il a vu disparaître. Dans un geste délicat, maîtrisé et rarement démonstratif, 1917 porte près du cœur la mémoire des combattants sur une terre à la fois magnifique et effroyable.

4.5 étoiles

Un grand merci à Allociné pour l’organisation d’une projection en avant-première pour le Club 300, au cours de laquelle Sam Mendes nous a livré quelques anecdotes sur ce film qui représente deux ans de travail.

 

1917

Film britannique, américain
Réalisateur : Sam Mendes
Avec : George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Claire Duburcq, Richard Madden, Colin Firth, Benedict Cumberbatch
Scénario de : Sam Mendes, Krysty Wilson-Cairns
Durée : 119 min
Genre : Drame, Guerre
Date de sortie en France : 15 janvier 2020
Distributeur : Universal Pictures International France

 

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Ce film c’est une daube, histoire absolument pas crédible – entre Forest Gump et Super Mario

  2. La dernière partie prend énormément de libertés avec le cadre historique et géographique, mais peut-on flanquer le mot « daube » à ce film ? On reste dans une oeuvre de fiction.

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