Critique : Madres Paralelas

Suite à l’autoportrait fictionnel Douleur et gloire, Pedro Almodóvar revient à un cinéma où les femmes sont au premier plan, et en particulier les mères, au nombre de trois ici. Un film qui mêle deux trames narratives autour d’une Penélope Cruz magnétique et resplendissante.

Figure matricielle

Janis (Penélope Cruz) est photographe professionnelle. Cette femme qui a été élevée par sa grand-mère regarde vers le passé : elle cherche des fonds pour explorer une fosse où pourraient se trouver les corps de personnes exécutées dans l’Espagne franquiste. Une demande qui prend du temps, alors que les survivants sont au crépuscule de leur vie, et une demande qui l’unit brièvement à Arturo (Israel Elejalde) dans une relation qui la conduit à tomber enceinte, sans volonté de vivre avec cet homme déjà marié. Un nouvelle étape dans sa vie qu’elle envisage avec joie même en mère célibataire, contrairement à la jeune Ana (Milena Smit), adolescente qu’elle rencontre à la maternité et qui accouchera le même jour qu’elle. On définit deux éléments comme parallèles lorsqu’ils ne sont pas amenés à se rencontrer, pourtant Madres Paralelas organise tout un jeu de croisements entre Janis, Ana, mais aussi la mère de cette dernière, Teresa (Aitana Sánchez-Gijón), une comédienne qui, enfin, parvient à vivre son rêve sur les planches. Le parallélisme se niche plutôt dans les deux trames du film, cette exploration d’un passé historique douloureux, et une situation incongrue et dramatique qui lie les deux nouvelles mamans.

Si Penélope Cruz n’était plus au premier plan du cinéma de Pedro Almodóvar depuis Etreintes Brisées en 2009 sans pour autant le quitter, Madres Paralelas, qui marque leur septième collaboration, lui offre à nouveau un premier rôle qu’elle saisit à la perfection – la comédienne a d’ailleurs reçu le Prix d’interprétation féminine à la dernière Mostra de Venise. Son personnage allie une vraie force de caractère à une grande sensibilité. C’est une femme déterminée, indépendante, attachée à ses racines mais qui n’est pas si simple à cerner. Ana pour sa part représente une jeunesse qui a basculé soudainement (et tragiquement) dans le monde des adultes. La première n’a jamais connu son père, l’autre aurait probablement préféré ne jamais le connaître. On retrouve ici le tout le talent d’Almodóvar pour composer des portraits de femme, son utilisation purement esthétique des couleurs, et si cette nouvelle collaboration avec le chef opérateur José Luis Alcaine tombe dans certains travers du cinéma numérique, ce long métrage déploie une photographie assez vivante.

Si l’on peut s’inquiéter un temps que le film s’attarde sur une situation peu énigmatique, Almodóvar insuffle au récit cette énergie libertaire qui nous ramène à la Movida, une liberté de ton qui va de pair avec la liberté sexuelle. Abandonnée au cœur du film, la quête initiale de Janis reprend lorsque le versant intimiste arrive à se stabiliser. Au final, ce qui empêche à Madres Paralelas de s’apparenter à un bricolage de deux films totalement distincts, c’est cette protagoniste, et par extension, Penélope Cruz qui initie, convoque et anime les différents éléments. Plus qu’une figure maternelle, une figure matricielle. Almodóvar/Cruz, probablement la plus belle histoire d’amour du cinéma hispanique contemporain.

3.5 étoiles

 

Madres Paralelas

Film espagnol
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Avec : Penélope Cruz, Milena Smit, Aitana Sánchez-Gijón, Rossy de Palma, Israel Elejalde, Ainhoa Santamaría
Scénario de : Pedro Almodóvar
Durée : 123 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 1er décembre 2021
Distributeur : Pathé

 

Photos du film Copyright El Deseo / Iglesias Mas / StudioCanal 2021

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Almodovar toujours aussi inspiré lorsqu’il aborde la maternité, mais cette fois il se prend un peu les pieds dans le tapis je trouve. Les fosses communes sont sous-exploitées, la faute à un sujet qui méritait un film à lui seul, son lien avec la partie maternité est ainsi trop superficiel.

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