Critique : Sound of Metal

Premier long métrage de fiction de Darius Marder – qui a notamment collaboré au scénario de The Place beyond the Pines de Derek Cianfrance, également crédité derrière l’histoire ici –, Sound of Metal s’intéresse à la perte d’audition d’un musicien. Dans cette nouvelle approche du monde, Riz Ahmed trouve un rôle d’envergure et captivant.

Silence percussif

Peu de longs métrages s’intéressent à la perte d’audition d’un artiste qui vibre et vit de la musique. Il y a la figure du DJ de Michael Dowse dans la comédie dramatique Frankie Wilde, mais le film ne poussait pas autant le travail sur le design sonore ainsi que le mixage. La démarche de Darius Marder va jusqu’à montrer le film avec un sous-titrage destinés aux sourds et malentendants afin de ne pas pousser le public concerné vers des séances spéciales, et souvent trop rares. Ce qui demande un temps d’adaptation avec ces indications supplémentaires, pour nous donner une autre expérience de la salle. Sound of Metal suit le parcours de Ruben (Riz Ahmed), batteur dans un groupe de metal, un duo formé avec sa compagne Lou (Olivia Cooke), au chant et à la guitare électrique. Derrière ses fûts, Ruben dégage une énergie sereine dans cette musique presque expérimentale, piochant dans l’ambiant et le black metal. Mais la musique n’est pas le moteur du film : en pleine tournée, Ruben se retrouve frappé par une surdité qu’il ne peut cacher. Impossibilité de suivre une conversation, et même de marteler ses peaux ; le monde est devenu étouffé, terriblement. Alors qu’il compte réunir l’argent pour une opération, Ruben est laissé par Lou dans une communauté de sourds et malentendants, visant à le réintégrer dans sa nouvelle vie, en apprenant le langage des signes et au contact d’enfants qui n’ont peut-être jamais entendu le moindre son.

Si la réalisation se montre timorée sur les cadres et le montage image, peut-être trop polarisée sur l’espace sonore du film – dès le début, la scène de concert manque d’énergie –, il faut saluer un travail sur le son exceptionnel, dépassant les sifflements et bourdonnements que l’on peut entendre dans le cinéma de guerre ou d’action suite à une détonation pour nous imposer des fréquences altérées, au plus proche de son personnage, et obtenir des contrastes lorsque la caméra s’éloigne de Ruben quelques instants. Un protagoniste au passé travaillé, mais qui manque un peu d’aspérités, et même de passion pour la musique : si on croit en ce couple qui s’impose cette séparation momentanée, on a du mal à croire à leur musique, alors que les acteurs ont réellement joué de leurs instruments. Même si les percussions ont leur importance dans Sound of Metal, la scène musicale semble inexistante, hors cadre. Mais grâce à son état d’urgence, le film ne laisse jamais ses faiblesses narratives empoisonner le récit, qui réussit sur deux tableaux en creusant ainsi sur le sujet de la perte d’audition : explorer le monde des sourds et malentendants – ce qui a bien évidemment été abordé par de nombreux cinéastes et documentaristes – pour relativiser sur la perte de ce sens, montrer un nouveau monde dans lequel il faut trouver sa place, et d’un autre côté, il y a une sorte de message d’alerte : entendre est si précieux ! Et s’il n’y a pas que des comportements à risques qui peuvent endommager l’ouïe, protéger son audition est essentiel, notamment dans le milieu de la musique, que l’on soit sur scène ou face à elle. Sans devenir démonstratif et s’il aurait gagné à se montrer plus mordant sur certains aspects, avec une dramaturgie plus conflictuelle avec les personnages satellites, Sound of Metal s’avère une expérience singulière, avec une affirmation forte en son cœur. Une réussite, en somme.

3.5 étoiles

 

Sound of Metal

Film américain, belge
Réalisateur : Darius Marder
Avec : Riz Ahmed, Olivia Cooke, Paul Raci, Mathieu Amalric, Lauren Ridloff, Chelsea Lee
Scénario de : Darius Marder, Abraham Marder, Derek Cianfrance
Durée : 120 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 16 juin 2021
Distributeur : Tandem

 

Photos Copyright Sony Pictures Releasing International

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. J’ai été un peu déçu, notamment et surtout parce que la musique est en fait assez accessoire : un simple paramètre dramaturgique qui accentue à l’évidence le fait de perdre l’ouïe. Mais ensuite la musique devient trop secondaire à tous points de vue (il accepte sa situation plutôt facilement entre autre)… Mais ça reste super intéressant, parti pris judicieux et un acteur fabuleux.

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