Critique : Dernier amour

Dernier amour donne à Vincent Lindon l’occasion de prendre les traits de Giacomo Casanova, se remémorant l’amour portée à une femme s’étant refusée à lui, Marianne de Charpillon, jouée par Stacy Martin. Une élégante exploration du libertinage britannique au XVIIIème siècle, porté sur la frustration, mais dont les flammes de la passion et de l’érotisme manquent souvent à l’appel.

Impossible conquête

Au crépuscule de sa vie, Casanova se dévoile : une femme a suscité une vive passion en lui, une passion douloureuse, frustrante, née du désir intense de l’inaccessible. La découverte de cet épisode se déroule au travers du dialogue entre ce Casanova vieillissant, enveloppé dans les ténèbres, faisant face à une jeune femme (Julia Roy) se passionnant par cette histoire que Benoît Jacquot met en scène avec une élégance dont il a souvent su faire preuve dans son cinéma. La dernière fois que Casanova était apparu au cinéma, c’était au travers d’un verbeux et charismatique John Malkovich, dans Casanova Variations de Michael Sturminger. Dans le film de Jacquot, qui trouve aussi pour source les écrits de Casanova, Histoire de ma vie, Vincent Lindon saisit un rôle surprenant, adoptant un style sans maniérisme, avec un jeu de regard et une gestuelle subtiles. Il faut dire que du côté de la représentation du Londres du XVIIIème siècle, Dernier amour convainc sans esbroufe. Exilé, Casanova retrouve des amis de la haute société, s’adonnant aux plaisirs charnels avec des femmes qui se montrent pleinement ouvertes à lui, disponibles, sans forme de servitude : il y a comme un sentiment de fierté à tomber dans les bras du séducteur italien. Et pourtant, Marianne de Charpillon, apparition érotique, qui semble graviter autour de Casanova dès ses premiers pas sur le sol londonien lui résiste effrontément : à quel jeu s’adonne cette jeune femme d’un milieu modeste, n’hésitant pourtant pas à vendre son corps pour les siens ?

Benoît Jacquot a remarqué Stacy Martin dans Nymphomaniac de Lars Von Trier, et c’est un choix judicieux d’avoir sélectionné la comédienne franco-britannique pour s’opposer à Casanova, pour jouer du pouvoir exercé par son corps. Si le film pêche sur l’entrelacement des êtres, sur la dimension érotique qu’aurait pu développer certaines scènes, toutes dans la retenue, le regard porté par le réalisateur français sur cette femme à la limite de l’insolence, joueuse et, dans un certain sens, doucement cruelle, témoigne parfaitement de la frustration de l’italien. Un regard ambigu, des fesses découvertes en s’imposant à l’heure du bain, une jambe à portée de main mais une bouche qui se refuse à tout contact. En trouvant cette résistante, Casanova affronte les maux les plus terribles du désir inassouvi, au point de perdre de sa superbe, de son goût pour la vie. Usant d’une symbolique parfois criarde, Dernier amour capte de terribles regrets, souvenirs mélancoliques et corrosifs pour l’âme. Cette démarche d’attraction et d’opposition de pôles que jouent Stacy Martin et Vincent Lindon fonctionne à merveille : les deux acteurs sont magnifiques ici. On pourra regretter une certaine sécheresse de ton, une absence de montée fiévreuse dans la mise en scène qui aurait permis au film de basculer dans une forme de folie. Dernier amour n’en reste pas moins le meilleur film proposé par Benoît Jacquot depuis Les Adieux à la reine, une raison suffisante pour se pencher sur cette passion glaciale et amère qui évalue la noblesse des sentiments à l’aune de la ténacité des désirs.

3.5 étoiles

 

Dernier amour

Film français
Réalisateur : Benoît Jacquot
Avec : Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino, Nathan Willcocks, Julia Roy, Nancy Tate, Anna Cottis, Christian Erickson
Scénario de : Jérôme Beaujour, Benoît Jacquot, Chantal Thomas, d’après un roman de Giacomo Casanova
Durée : 108 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 20 mars 2019
Distributeur : Diaphana Distribution

 

Article rédigé par Dom

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