FIFC 2017 : Blues du terroir

Vendredi 23 juin 2017 au Festival International du Film Culte, il y aura eu du blues, de la musique disco, des sosies de Claude François, et un bouleversant documentaire sur les petites exploitations agricoles du Forez, Sans Adieu. Retour sur une journée riche en cinéma.

Pour sa seconde édition, le Festival International du Film Culte se dote d’une seconde salle de projection, permettant naturellement la projection de plus de films mais aussi la possibilité de choisir entre des séances en parallèle – parfait pour un festivalier cannois comme moi qui a déjà vu les films de la compétition du début de journée, Brigsby Bear et Pour le réconfort. A l’instar de la Salle Ephemère, la Salle Secrète, abritée au sein de l’hôtel Cures Marines, n’est pas une véritable salle de projection – il s’agit probablement d’une salle pour tenir des réunions. Si le son est loin d’égaler la puissance et la qualité de la Salle Ephémère et qu’une lampe de service au-dessus du projecteur exclut une obscurité complète, ce lieu de projection improvisé permet de découvrir des films avec une surface de projection plus qu’honorable.

Il y a des films cultes dont on retarde la découverte, pour la simple raison que l’on a envie de le découvrir dans des conditions spéciales. Quel plaisir d’avoir attendu aussi longtemps pour The Blues Brothers de John Landis, bijou de comédie réalisée en 1979. Deux hommes en noir, toujours affublés de leurs lunettes de soleil et de leur chapeau, Jake (John Belushi) et Elwood (Dan Aykroyd) comptent reformer leur groupe de musique, et ce dans l’urgence pour récolter des fonds afin de sauver le foyer catholique où ils ont grandi. Il y a un véritable génie burlesque à l’œuvre dans ce film, digne de dessins animés Looney Tunes où les pires accidents sont sans conséquence pour les protagonistes. Mais il s’agit plus souvent d’une attaque que d’un accident, un mystérieux personnage joué par Carrie Fisher tente de tuer Jake avec des moyens de plus en plus impressionnants à chaque tentative – sachant qu’elle commence au lance-roquettes ! Le film est bien sûr brillant pour sa bande originale et ses numéros musicaux grisants, avec pléthore de stars de la musique. Au cours de leur quête, les Blues Brothers croisent James Brown, Aretha Franklin ou encore Ray Charles. Délirant et endiablé jusque dans son ultime segment convoquant un chaos monstrueux dans les rues de Chicago, The Blues Brothers est un classique indispensable, judicieusement programmé dans le cadre de la rétrospective musicale.

Quand il n’y a plus que deux personnes dans une salle, à la moitié d’un film, on peut deviner la valeur de ce dernier sans se fourvoyer. C’est ce qui s’est passé à la projection dans l’après-midi de Discopathe de Renaud Gauthier. Si le titre est aussi cool que le pitch, à savoir un jeune homme qui se retrouve pris de pulsions meurtrières lorsqu’il entend de la musique disco – et le film débute au milieu des années 1970 à New-York –, ce long métrage canadien n’a rien d’autre à offrir. C’est peut-être un film sur l’absence, car il n’y a ni rythme, ni humour, ni scène horrifique dépassant la velléité. En somme, pas grand chose, qui font des 81 minutes du film un véritable tunnel qui semble s’étirer sur plus de trois heures… Si loin de toucher au charme d’une série B à la sauce grindhouse, ce qui aurait pu être un joyeux nanar se positionne en bien fade navet.

L’accident de parcours est rapidement oublié avec la projection de Sans Adieu, quatrième film de la compétition, réalisé par Christophe Agou. C’est Elisabeth Perlié, distributrice du film, et Pierre Vinour, producteur, qui sont montés sur scène aux côtés d’Anaïs Tellenne pour présenter ce documentaire touchant. « Pourquoi le réalisateur n’est pas là ? » lance une femme d’un certain âge dans la salle. Et Pierre nous annonce que le réalisateur a disparu en 2015 suite à un cancer probablement contracté en documentant le Ground Zero du World Trade Center en septembre 2001. Car Christophe Agou menait une carrière de photographe avant de se lancer dans ce projet de filmer la vie de petits paysans dans le Forez, sa région d’origine. Le montage était presque terminé lorsque Christophe est parti, laissant à Pierre la tâche de parachever la post-production. Filmé en caméra DV sur plus d’une dizaine d’années, Sans Adieu montre le quotidien difficile d’une population fourbue et esseulée, rongée par une mondialisation sans visage, et ce, dans l’indifférence totale. Cette population, ce sont les petits agriculteurs, accablés par des maux divers, comme l’élimination d’un troupeau entier suite à des suspicions d’un cas de vache folle, mais surtout la solitude et la vieillesse, condamnant inéluctablement à se retirer, sans descendance pour perpétrer des traditions, pour opter pour une vie simple, régit par les besoins des champs et des animaux. Derrière sa caméra, Christophe Agou, seul technicien, filme sans jamais interagir avec ces êtres. C’est Claudette qui est la plus présente, cette femme fatiguée, lasse, qui rouspète et menace son chien Titi, créature pour laquelle elle porte un profond amour derrière les invectives colériques. Ce long métrage crépusculaire touche par son constat, cette disparition qu’il réussit à saisir avec une certaine poésie champêtre et désuète – la qualité d’image, qui appartient déjà à une autre époque. Avec ces portraits, Sans Adieu invite à s’interroger sur l’état de notre société, à toutes les échelles. Comment en sommes nous arrivés là, à ce degré d’égoïsme et d’ignorance, à ce niveau de perdition avec le sel de la terre ? Des rythmes de vie frénétiques, cadencés par la baguette infernale de la surconsommation, probablement. Mais pas de contrechamp dans Sans Adieu, ce que l’on voit à l’image, c’est un triste phénomène de perte, du temps qui impose ses transformations – émouvante séquence de retour en arrière grâce à quelques diapositives, qui permettent de mesurer un peu plus ce qui a déjà été perdu. Désespérée mais sans amertume, Sans Adieu est une œuvre aussi particulière que primordiale, à découvrir en salle à partir du 25 octobre 2017.

L’émotion est palpable dans la salle pour le débat d’après séance. Pierre Vinour nous parle de la centaine d’heures de rushs accumulée, réduite à un film de 99 minutes, de la sélection du film à l’ACID 2017 à Cannes qui lui a offert une belle première exposition avec des retours très positifs mais aussi de la nécessite de terminer le projet rapidement suite à la disparition de Christophe Agou. C’est aussi lui qui conseilla de ne jamais changer de caméra afin d’avoir une image homogène pour le montage, choix judicieux pour suivre ces paysans jusqu’au bout, où la remarque de Claudette sonne comme un triste présage lorsqu’elle dit que le réalisateur a maigri…

Le soir, le festival retrouve de la légèreté avec la projection de Podium de Yann Moix, présent aussi comme membre du jury. L’écrivain et réalisateur évoque l’échec de Cinéman avec humour pour revenir sur ce que Karl Zéro appelle son unique chef d’oeuvre, projeté ici en version director’s cut. Yann Moix en profite pour faire une annonce, celle d’une suite qui entrera bientôt en préparation ! Tout comme pour les Blues Brothers à midi, il s’agit pour moi d’une découverte délicieuse grâce à un Benoît Poelvoorde fabuleux en Cloclo mais aussi un Jean-Paul Rouve exceptionnel en Michel Polnareff. Derrière ses sketchs géniaux, ses tabassages de sosies de Sardou et son concours national télévisé, Podium porte un regard loin d’être idiot sur le fanatisme et l’identité. Vivement la suite, donc ?

Vendredi aux 4 chats. #FIFC2017

Une publication partagée par Dom (@sushi_overdose) le

La nuit se poursuit au restaurant les 4 chats où les festivaliers sont accueillis avec de la paella et du vin. Y a-t-il des hôtes plus conviviaux que Karl Zéro et Daisy D’Errata ? C’est l’occasion de parler courts métrages, mais aussi de revenir sur le bouleversant Sans Adieu avec Pierre Vinour et Elisabeth Perlié. Les minutes filent à une vitesse phénoménale dans une soirée où les convives voguent d’un groupe à l’autre, entre retrouvailles et nouvelles rencontres. Les plus sages, dont les membres du jury, filent avant d’atteindre une heure indécente entre le bout de la nuit et les lueurs du petit matin.

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Un commentaire

  1. bonjour je participe avec plaisir

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *