Critique : Alien Covenant

Ridley Scott poursuit la saga Alien en réalisant un troisième long métrage. Se déroulant dix ans après Prometheus, Alien : Covenant conduit un groupe de colons sur une planète inconnue où leur imprudence libérera un terrible châtiment. On attendait énormément de ce nouvel opus qui se révèle être une terrible déception, non seulement par le film livré mais aussi avec la perspective des suites qu’il pourrait engendrer.

L’origine du mal

Dans une scène d’ouverture se déroulant avant Prometheus, une conversation entre l’androïde David (Michael Fassbender) et son créateur Peter Weyland (Guy Pearce) offre déjà une piste solide sur ce qui animera ce nouveau long métrage de la saga Alien, les portant à un total de six films – Alien versus Predator n’existe que dans un monde parallèle, évidemment ! Alors que l’apparition du titre du film, dans le pur esprit du premier épisode, avec une reprise du thème de Jerry Goldsmith, apparaît comme un motif de réjouissance, la suite des événements interpelle par leur manque d’originalité, reproduisant un schéma similaire à Prometheus – et ce, avec une direction artistique moins impressionnante. C’est un vaisseau de colons qui va se détourner de sa trajectoire pour remonter à la source d’un étrange message émis depuis une planète alors inconnue, et qui présente pourtant tous les éléments nécessaires à la vie. Dès la découverte de l’équipage, suite à un incident les ayants sorti en urgence de leur cryogénisation, ce qui coûte la vie au commandant – qui aurait été joué par James Franco, ou du moins, que l’on identifie ici avec ses traits –, on sent que cette équipe de second couteaux peinera à donner de l’ampleur à leurs personnages. Ce n’est pas pour être méprisant envers des comédiens souvent excellents, comme Danny McBride, mais la troupe réunie manque de figures fortes, bien que Katherine Waterston, dans le rôle de Daniels, fasse écho à Ripley de façon convaincante – rappelons que dans le premier film, Sigourney Weaver était notamment entourée par Harry Dean Stanton et John Hurt.

Tout comme dans Prometheus, l’équipe détachée sur la planète Origae-6 ne prend aucune mesure de précautions pour atteindre le point émetteur : à quoi bon porter une combinaison et des protections si l’air est respirable ? C’est grâce à cette facilité scénaristique horripilante que deux membres de l’équipe sont infectés, l’un en marchant brillamment sur des spores, l’autre en mettant carrément le nez dedans. Ainsi attaqueront les deux premières créatures, en quittant leur hôte si rapidement – cet épisode cache probablement un message sur les fast-food où les travers de la société de consommation à l’heure d’internet –, pour présenter au spectateur des aliens blancs, numériquement si décevants. Dans le feu de l’action, la caméra de Ridley Scott panique et touche aux travers de la shaky-cam avec un découpage peu convaincant. Alors qu’on pensait les survivants condamnés suite à la destruction de leur navette tandis que les communications avec le vaisseau Covenant sont coupées par une tempête, David, tel le messie, sauve la troupe et rencontre son homologue, Walter (toujours Michael Fassbender), un androïde en apparence identique mais plus docile.

Dans sa seconde partie, Alien : Covenant prend une décision capitale quant à l’origine des créatures, décision qui conduit le récit non pas à s’interroger sur la nécessité de créer – sur un versant artistique mais aussi divin – mais explore la personnalité et les agissements d’un androïde qui s’est rebellé contre sa propre condition. Cela aurait pu être passionnant, mais le traitement est sidérant de médiocrité, et ce traitement soulève un nombre ahurissant de failles scénaristiques. Plombé par des scènes ridicules qui pourraient réhabiliter la dernière partie de Alien, la résurrection, Alien : Covenant trouve certes de vrais moments de tension ainsi qu’une séquence assez spectaculaire de confrontation sur un vaisseau au décollage, mais il n’égale jamais les émotions les plus vives fournies par cette saga. Même l’apparition d’un alien au physique plus classique ne conduit qu’à rejouer des scènes déjà vues, la maestria en moins.

Bien que Katherine Waterston compose avec force un personnage qui allie sensibilité et pugnacité, que retiendra-t-on de ce triste épisode ? Sûrement pas le face à face Walter/David par Michael Fassbender, situation qui ne génère absolument aucun trouble, ni les nouvelles créatures anecdotiques, dont la composition hybride (SFX/VFX) n’est pas concluante. On retiendra qu’en cherchant à dévoiler les origines du mal, dans une logique puante d’exploiter les franchises dans leurs moindres détails (Rogue One : A Star Wars story), Ridley Scott a démontré que seule une simple affaire de dollars l’anime pour infliger autant de mal à une saga mythique. La suite ? Peut-être un épisode se déroulant entre Prometheus et Alien : Covenant. Combler les trous entre les nouvelles et chétives fondations, quelle idée de génie (capitaliste) !

2 étoiles

 

Alien : Covenant

Film américain, britannique
Réalisateur : Ridley Scott
Avec : Katherine Waterston, Michael Fassbender, Billy Crudup, Danny McBride, Demián Bichir, Carmen Ejogo, Jussie Smollett, Callie Hernandez
Scénario de : Jack Pagleen, Michael Green, John Logan, Dante Harper
Durée : 122 min
Genre : Science-fiction, Action, Horreur
Date de sortie en France : 10 mai 2017
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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