Critique : Victoria

Pour son second long métrage de fiction, Justine Triet, à qui l’on doit La Bataille de Solférino, offre un rôle d’avocate sublime à Virginie Efira. Une comédie dramatique très réussie, où brille aussi Vincent Lacoste.

Avocate au bord de la crise de nerfs

Cela fait une dizaine d’années que Virginie Efira est passée d’animatrice du petit écran à celle d’actrice des (grandes) salles obscures, mais seulement une poignée d’années que des premiers rôles lui sont proposés. Il aura fallu qu’elle croise la route de Justine Triet pour obtenir son plus grand rôle, celle d’un personnage riche, complexe, humain. L’aisance de Virginie Efira dans les comédies (romantiques) n’est plus à démontrer, et si le film joue en partie dans ce registre, il conduit la comédienne belge vers un versant plus dramatique, du côté de la dépression nerveuse. Drôle, intelligente, sexy et perdue, ainsi se présente Victoria Spick, avocate divorcée, élevant ses deux filles. Virginie Efira campe brillamment cette femme en chute libre dans sa vie privée et professionnelle. Alors qu’elle enchaîne les plans d’un soir, un incident survient à un mariage auquel elle assiste. Son ami Vincent (Melvil Poupaud) est accusé par sa compagne de l’avoir poignardée après l’avoir agressée sexuellement. Bien que Victoria préfère ne pas mélanger le boulot et la vie privée, elle cède à Vincent tandis que ce passage au mariage lui aura permis de récupérer un nouveau babysitter, Samuel (Vincent Lacoste), un ancien client qu’elle avait défendu pour trafic de stupéfiants. Le tableau se complète grâce à l’ancien mari, David (Laurent Poitrenaux), un écrivain qui s’est lancé dans un blog où il raconte la vie et les affaires de son ex-femme en prétendant qu’il s’agit d’une œuvre de fiction s’inspirant vaguement de la réalité.

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Par un montage assez remarquable de fluidité, Justine Triet brosse le portrait de son personnage dans la tourmente avec finesse. Une femme véritablement assaillie de toutes parts, ce qui permet d’obtenir des décalages comiques tout en abordant des problèmes de société, notamment sur le relationnel. Lors d’une scène très drôle, un de ses amants d’un soir, « intelloBG75 » débarque chez elle pour un rendez-vous raté : dans la chambre de Victoria, l’homme craque, avoue sa décision désespérée de se noyer dans le sexe, un peu comme notre protagoniste, tombant parfois sur des cas à l’égo spectaculaire. Entre Vincent et Eve (Alice Daquet), le dialogue est rompu, conduisant l’ancien couple vers le tribunal. Sam, pour sa part, qui souhaite assister Victoria comme avocate mais aussi comme mère, se présente comme un personnage mystérieux, car ne s’exprimant jamais en son nom, mais se montrant parfaitement à l’écoute et attentionné. Les scènes entre Virginie Efira et Vincent Lacoste se montrent particulièrement drôles, et parfois tendres, le produit d’une parfaite alchimie et d’un excellent travail sur les dialogues. Victoria exprime un besoin vital de parler, d’évacuer ses craintes, ses doutes par la parole – scène très amusante aussi où elle ne cesse de parler de son nouveau dossier avec un homme au lit –, et c’est d’ailleurs auprès d’un psy que l’on découvre l’avocate, allongée et affaiblie. Dans Victoria, le silence est loin d’être d’or, il est devenu un mal de société.

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Une des grandes forces de Victoria est de ne ressembler à aucune comédie dramatique récente dans le paysage cinématographique français. Justine Triet se singularise autant par son ton que sa narration, son univers qui peut toucher à la loufoquerie quand même un dalmatien et un bonobo se retrouvent à être des témoins clés dans un procès ! Il y a toutefois une dynamique fluctuante, qui déséquilibre un peu l’énergie entre la première et la seconde partie du film, mais cela n’affaiblit aucunement le caractère de ce long métrage qui pourrait conduire Virginie Efira vers une nomination aux César. Compliquée et parfois incompréhensible, la vie est une aventure qui demande sang-froid, rigueur, et un peu d’amour, tel est le message que communique Victoria avec un regard perspicace et amusé.

3.5 étoiles

Victoria arrive en Blu-ray et DVD le 18 janvier. Voici quelques détails sur l’édition DVD :

Au niveau du son, on trouve deux pistes Dolby Digital, 2.0 et 5.1 ainsi que de l’audiodescription. Des sous titrage sourds et malentendants sont également de la partie. Tout le monde y trouvera donc satisfaction.

– Making of (21 min) : riche en anecdotes, avec des interventions de Justine Triet, des comédiens et collaborateurs au scénario. On y découvre quelques détails techniques, comme la construction du tribunal et de l’appartement en studio, et le making of esquisse un portrait de la « méthode Triet » pour se conclure par quelques mots à l’avant première parisienne du film.

– Scènes coupées (13 min) : trois scènes. Une prise alternative de la rencontre avec le personnage de Vincent Lacoste lors du mariage. Une scène dans laquelle Virginie Efira se fait draguer par un invité très alcoolisé, en jouant du piano, lors de la soirée du mariage. Et enfin une scène dans laquelle Virginie Efira pousse la chansonnette dans son appartement.

– Bande annonce du film

 

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Victoria

Film français
Réalisatrice : Justine Triet
Avec : Virgine Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud, Laurent Poitrenaux, Alice Daquet, Laure Calamy
Scénario de : Justine Triet
Durée : 97 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 14 septembre 2016
Distributeur : Le Pacte

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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