Critique : Première année

Médecine, troisième pour Thomas Lilti ! Avec Première année, le réalisateur français continue son exploration du milieu de la médecine en France, suite à Hippocrate et Médecin de campagne. Une plongée dans la dure vie des étudiants en année de préparation qui dénonce un système aussi cruel que désuet avec un beau duo de comédiens.

Bourrage de crâne

Antoine (Vincent Lacoste) triple sa première année de médecine. Loin d’être un boulet, il vient de voir sa spécialité lui passer sous le nez encore une fois, à une place près : médecine. L’étudiant déterminé va sympathiser avec un nouveau candidat, baccalauréat tout juste sous le coude, Benjamin (William Lebghil). Thomas Lilti retrouve donc Vincent Lacoste, quatre ans après Hippocrate, où le comédien campait un interne en milieu hospitalier, pour un nouveau film fonctionnant grâce à un duo central. S’appuyer sur un duo, sur deux caractères s’entraidant est un peu la marque de fabrique du cinéaste. Dans Médecin de campagne, qui reposait avant tout sur les épaules de ses comédiens à cause de ses limites cinématographiques, Lilti regardait le quotidien difficile de ces médecins esseulés, dans des secteurs désertés par la profession. Alors que le débat sur le numerus clausus est à nouveau d’actualité, Première année permet de comprendre pourquoi nous arrivons à une pénurie de médecins : non seulement les places sont terriblement limitées, mais les étudiants endurent les pires souffrances afin de choisir cette spécialité convoitée. L’année de préparation est une année de sacrifice absolue pour s’assurer une moyenne élevée lors d’un concours où la restitution des connaissances passe exclusivement par un questionnaire à choix multiples. Seulement 0,2 point de moyenne sépare les deux cents premiers des deux cents suivants. Un écart qui représente simplement trois erreurs, et qui n’est pas représentatif des connaissances acquises, si ce n’est d’une capacité à faire preuve d’automatismes.

Dans Première année, il y a d’abord un duo à la complicité séduisante, avec d’un côté un Vincent Lacoste bûcheur mais proche du burn-out, et à ses côtés un William Lebghil en fils de chirurgien viscéral, doté d’une capacité d’apprentissage rare. Deux jeunes hommes dans le même panier, pour une touchante histoire d’amitié, mais avec des envies différentes : chez Benjamin, malgré ses facilités, se dégage une forme d’hésitation, car peut-être que son parcours tient simplement d’un déterminisme familial alors qu’Antoine, fasciné par la médecine, exprime un besoin vital d’entrer dans ce corps de métier. D’emblée, le film montre un désir de cinéma plus fort que dans Médecin de campagne, et surtout, Thomas Lilty arrive à donner de l’énergie à un train de vie profondément monotone et déprimant. L’humour est très présent, mais pour recouvrir une souffrance et une violence à laquelle se confrontent des milliers d’étudiants chaque année. Certains dialogues manquent de naturel, écrits dans un but purement informatif pour le spectateur, mais le récit n’est pas affecté par cette petite faiblesse. Révélateur des travers d’un système désuet, Première année reste avant tout une œuvre qui mêle une réalité documentaire à la fiction sans prendre la direction du réquisitoire, mais pourtant, il y a un véritable appel à la réforme qui s’élève du parcours d’Antoine et Benjamin, deux pions illustrant le cauchemar infligé à des étudiants ayant choisi un métier porté sur l’autre, sur la santé et donc la vie. Une belle réussite, qui rappellera de mauvais souvenirs à certains et interpellera les autres.

3.5 étoiles

 

Première année

Film français
Réalisateur : Thomas Lilti
Avec : Vincent Lacoste, William Lebghil, Michel Lerousseau, Darina Al Joundi, Benoît Di Marco, Graziella Delerm, Guillaume Clerice, Alexandre Blazy
Scénario de : Thomas Lilti
Durée : 92 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 12 septembre 2018
Distributeur : Le Pacte

 

Article rédigé par Dom

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