Critique : Triple 9

Avec un casting ultra bandant, sa mafia russo-israélienne et ses flics pourris, Triple 9 joue dans la cour des films de braquage assez savoureux, bien que John Hillcoat tire ses meilleures cartouches dans la première partie de ce long métrage.

Sans code moral

Le titre du film provient d’un code de la police américaine, 999, signalant qu’un agent des forces de l’ordre a été touché lors d’une fusillade, appelant alors à toute la cavalerie aux alentours de rappliquer fissa. Un code qui sera provoqué pour réaliser un braquage dans Triple 9, thriller se déroulant dans les rues d’Atlanta, entre forces de l’ordre corrompues, anciens marines devenus des mercenaires à la botte d’une puissante mafia russo-israélienne et un flic tout juste muté et décidé à secouer les gangs dictant leur propre loi. John Hillcoat, à qui l’on doit notamment The Proposition, La Route et Des hommes sans loi lance son film sur les chapeaux de roues, jetant le spectateur au milieu de Michael (Chiwetel Ejiofor), Marcus (Anthony Mackie), Russell (Norman Reedus), Gabe (Aaron Paul) et Franco (Clifton Collins Jr.) sur le point de braquer une banque. Les liasses de billet ne sont pas leur cible, mais le contenu d’un coffre convoité par Irina Vlaslov (Kate Winslet), femme d’un puissant criminel russe emprisonné. Ouverture saisissante par sa vélocité, sa violence et son découpage maîtrisé : le plan parfait dérape et nos braqueurs se voient contraints d’improviser sur une bretelle d’autoroute pour ne pas être rattrapés par la police – et pour Marcus et Franco, se retrouver face à leurs propres collègues.

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Le scénario, signé Matt Cook, une première en long métrage, ne prétend pas révolutionner un genre où les figures ne sont ni blanches, ni noires, mais partagées entre le bien et le mal. Parmi la vaste galerie de personnages – plus ou moins développés –, deux pôles se distinguent par leurs intentions claires : il y a Irina, femme de pouvoir manipulatrice et sans pitié, sachant parfaitement toucher la corde sensible pour arriver à ses fins. Michael ayant un fils avec sa sœur Elena (Gal Gadot), c’est sur l’enfant qu’elle peut compter pour pousser Michael à monter des opérations risquées, et ce, pour son propre bénéfice. Pôle opposé, Chris (Casey Affleck), nouveau partenaire de Marcus qui n’a pas froid aux yeux face à la criminalité. Entre ces deux personnages que tout oppose, une flopée de personnages agissant pour des raisons familiales ou pour l’appât du gain. Avec sa musique électronique à la sauce Nine Inch Nails (on retrouve Atticus Ross dans le rang des compositeurs), Triple 9 emprunte une sombre trajectoire de dilemmes moraux et d’accès de brutalité. Les interventions de la police et affrontements tiennent en haleine tandis que l’instabilité narrative, qui tient du junkie Gabe – dommage qu’Aaron Paul trouve un rôle redondant avec Breaking Bad –, permet au film de déformer ses propres plans. Egalement porté par son incroyable casting – pas encore cité, Woody Harrelson –, Triple 9 nous montre Kate Winslet sous un nouveau visage monstrueux tandis que le trio Chiwetel Ejiofor/Anthony Mackie/Casey Affleck joue brillamment avec nos nerfs dans cette œuvre où la morale n’a guère de place. On pourra regretter que les derniers actes du film n’atteignent pas l’impressionnante maîtrise du premier chapitre, Hillcoat disposant pourtant d’éléments qui auraient pu marquer l’esprit durablement. Qu’importe, même s’il se montre moins percutant qu’une référence récente comme The Town de Ben Affleck, Triple 9 se dresse comme un thriller musclé et tendu qui ravira les amateurs du genre.

3.5 étoiles

 

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Triple 9

Film américain
Réalisateur : John Hillcoat
Avec : Chiwetel Ejiofor, Casey Affleck, Anthony Mackie, Woody Harrelson, Aaron Paul, Kate Winslet, Gal Gadot, Norman Reedus, Clifton Collins Jr.
Scénario de :
Durée : 115 mn
Genre : Thriller, Action
Date de sortie en France : 16 mars 2016
Distributeur : Mars Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Bien dit !
    C’est tout simplement « de la belle ouvrage » avec une Kate Winslet absolument dantesque. Sans révolutionner le genre, on reste largement au-dessus du tout-venant.

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