Critique : Les Premiers, les Derniers

A la croisée du western et du conte social, le nouveau long-métrage de Bouli Lanners transfigure le paysage beauceron en suivant le parcours de deux marginaux et de deux mercenaires. Des figures qui seront réunis par un certain Jésus. Un film avec du caractère, mais qui aurait mérité plus de vigueur dans son geste.

Les samaritains

Dans les champs de Beauce vus comme rarement au cinéma grâce à une photographie ténébreuse, marquant la terre tout en débouchant les ciels nuageux, Gilou (Bouli Lanners) et Cochise (Albert Dupontel) sont en mission : un précieux téléphone mobile a été volé, il doit être retrouvé de toute urgence. Disposant d’un traqueur qui ne fonctionne que si le téléphone est allumé, chose que ne fait pas le voleur, les deux baroudeurs s’embourbent dans un no man’s land peu chaleureux jusqu’à ce que Gilou soit victime d’un malaise cardiaque. Le voleur, c’est Willy (David Murgia), un marginal qui, avec sa compagne Esther (Aurore Broutin), trace la route, ramassant tout ce qu’ils peuvent subtiliser en chemin pour survivre. Ces deux groupes, amenés à se croiser, se retrouvent d’abord connectés par un étrange personnage prénommé Jésus. Le vrai Jésus lui demande Willy ? Peut-être, vu sa capacité à surgir de nulle part et sa vertu pour aider ceux dans le besoin ou en quête de réponses. Grâce à une bande d’individus du coin aux mines patibulaires, Lanners entrevoit le polar sans s’y engouffrer réellement : Les Premiers, les Derniers travaille des problématiques sociales et existentielles.

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Face au trouble suscité par la mort, Gilou trouve de l’aide avec deux figures paternelles, un patron d’hôtel qui refuse l’inactivité, joué par Michael Lonsdale, et un prêtre interprété par Max Von Sydow. Apparaît aussi la figure de la mère (et épouse potentielle) quand, au milieu de la nuit, une femme jouée par Suzanne Clément se voit dépannée par Cochise. C’est encore une fois la cellule familiale qui habite le cœur du nouveau long métrage de Bouli Lanners, avec une narration assez rêveuse, presque engourdie. On manque parfois de justesse le décrochage, mais le film construit avant tout une atmosphère au goût d’apocalypse champêtre, et ce, pour se diriger doucement vers la lumière. Car c’est un message d’une grande sagesse que livre finalement Les Premiers, les Derniers, renversant l’archétype du mercenaire grâce à une question cruciale : doit-on bosser pour n’importe qui au nom du pognon ? Si la beauté du dernier acte implique une certaine maladresse candide (ou une candeur maladroite), on ne peut que saluer le geste du cinéaste, élevé en modeste philosophe avec sa troupe de magnifiques comédiens.

3 étoiles

 

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Les Premiers, les Derniers

Film français, belge
Réalisateur : Bouli Lanners
Avec : Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max Von Sydow, David Murgia, Aurore Broutin
Scénario de :
Durée : 98 mn
Genre : Drame
Date de sortie en France : 27 janvier 2016
Distributeur : Wild Bunch Distribution

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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