[Critique] Pacific Rim (Guillermo del Toro)

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Combats de géants pour Guillermo del Toro. Pacific Rim met en scène d’immenses robots qui affrontent des créatures gigantesques dévastant nos villes. Un blockbuster aux séquences d’action géniales mais amenées par un scénario tristement pauvre.

Titan numérique

Dans un futur proche, les Jaegers luttent contre les Kaijus qui sortent des entrailles de la Terre, depuis une brèche dans l’Océan Pacifique. Vous êtes déjà perdus ? Un peu de vocabulaire et d’histoire alors, « jaeger » est l’allemand de chasseur et désigne les robots conçus pour se mesurer aux kaijus, terme japonais signifiant bête étrange. Le kaiju eiga, genre cinématographique où l’on trouve des monstres de taille spectaculaire, est né en 1954 avec Godzilla d’Ishirô Honda. Une pléthore de films, principalement nippons et aux qualités variables, a suivi et c’est spécifiquement au manga Evangelion que l’on peut établir un lien direct avec le film de del Toro, saga dans laquelle des adolescents pilotes d’incroyables robots pour vaincre d’effroyables entités monstrueuses. Dans Pacific Rim, le pilotage des Jaegers nécessite la présence de deux pilotes, qui « dérivent » en osmose afin de piloter la machine de combat, échangeant par un pont neuronal leurs souvenirs. Les pilotes compatibles, souvent liés par le sang, sont aussi rares que les couteux Jaegers, que certains Kaijus mettent en pièce parfois sans aucune difficulté. Alors unis dans ce combat contre ces horreurs océaniques, les différents gouvernements décident d’arrêter de soutenir le programme des Jaegers pour se focaliser sur la construction de murs autour des villes encore debout. A Hong Kong se tiendra l’ultime effort des Jaegers pour repousser l’ennemi rapprochant de plus en plus ses attaques avec des monstres ne cessant de gagner en puissance.

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Voilà le décor planté. Dans les faits, ce film débutant par une exposition complète du contexte avant un terrible combat en Alaska stupéfie par ses qualités esthétiques. Les imposants Jaegers foisonnent de détails, que ce soit extérieurement que dans leurs cockpits où les commandes et écrans lumineux perdent le regard. Contrairement aux Transformers de Michael Bay, on ressent ici parfaitement la masse déplacée, la machine à la fois lourde et agile, mais aussi, la fragilité face à la force des monstres affrontés. Aucune sensation d’invincibilité pour plomber les séquences d’action comme dans un Man of Steel. La mise en scène de del Toro surpasse également le travail de Bay (et d’autres artisans du blockbuster hollywoodien), embrassant l’action avec un montage serein et des cadres qui subliment l’impressionnant travail des infographistes – les effets visuels sont l’oeuvre d’Industrial Light and Magic. Il y a presque toujours cette notion d’échelle qui montre à quel point l’homme n’est qu’un simple insecte pour les Kaijus, créatures aux ressources et à l’apparence terrifiantes. En mer, un petit bateau de pêche tient dans la paume d’un Jaeger ; en ville, les bâtiments passeraient presque pour des quilles. Visuellement époustouflant, Pacific Rim déploie des scènes d’action dantesques. La 3D, obtenue en post-production, se montre avant tout efficace et immersive lors des confrontations numériques. Les cockpits, qui baignent parfois dans une étrange atmosphère monochrome, rappellent alors les sensations que l’on pouvait vivre avec le mechwarrior dans le dernier segment d’Avatar de James Cameron. La plupart des combats se déroule dans les ténèbres, sous des trombes d’eau, permettant à del Toro d’obtenir de fascinant effets lumineux sur des détails – comme les yeux et le sang des Kaijus, et certaines armes.

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Brillant et jubilatoire en matière d’action et d’effets spéciaux, Pacific Rim montre malheureusement une épine dorsale malingre. Le scénario, bien que travaillé en partie par del Toro, est l’œuvre de Travis Beacham. Comme scénariste, seulement deux longs métrages à son actif auparavant, dont Le Choc des Titans. Dans un contexte apocalyptique, Beacham compose une galerie de personnages archétypaux dont on peine à s’attacher malgré un minimum d’exploration de leur passé dans ce monde en déclin. Il faut dire que la pauvreté des dialogues, aux punchlines parfois dignes des pires séries B, ainsi que des situations éculées pour faire progresser le récit ne favorisent pas l’empathie. Charlie Hunnam et Idris Elba ont beau être naturellement charismatiques, il leur est difficile de donner de l’épaisseur à leurs personnages. Rinko Kikuchi, la seule femme du film, est la seule à insuffler une once de sensibilité. On ressent une certaine influence de George Lucas, plus particulièrement avec Star Wars, œuvre épique, ouverte aux plus jeunes grâce à l’humour et sa violence modérée. Dans Pacific Rim, deux scientifiques guignolesques se chamaillent avec leurs méthodes contradictoires, joués par un insupportable Charlie Day et Burn Gorman. Ils s’apparentent à un duo dégénéré de C-3PO et R2-D2. Comment venir à bout des assauts répétés des Kaijus ? Détruire la brèche d’où ils émergent de plus en plus fréquemment. Un objectif aussi clair que la destruction de l’Etoile noire en envoyant une torpille dans le mille. Il faut également ajouter aux doléances une musique totalement anecdotique de Ramin Djawadi – lui aussi présent sur Le Choc des Titans et maillon faible du premier Iron Man. Parfois efficace sur certaines phases d’action, ses morceaux sont dans la veine du Hans Zimmer période Inception sans jamais atteindre la même vigueur écrasante.

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Au final, Pacific Rim est un impressionnant titan numérique à la narration défaillante. Alors qu’il aurait pu devenir une référence dans la science-fiction orientée action, le nouveau del Toro se limite au statut de bon divertissement. Le plus épuré en terme de narration et moins coûteux Cloverfield offre peut-être une expérience plus plaisante, délesté de toute lourdeur scénaristique pour offrir une chronique marquée par l’intensité. Esperons que pour ses prochains projets, Guillermo del Toro s’entoure d’artistes talentueux à chaque poste clé, car en terme de grand spectacle, son talent est à nouveau démontré.

3.5 étoiles

 

Pacific Rim

pacific-rim-afficheFilm américain
Réalisateur : Guillermo del Toro
Avec : Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi, Charlie Day, Burn Gorman, Ron Perlman, Clifton Collins Jr.
Scénario de : ,
Durée : 132 min
Genre : Action, Fantastique, Aventure
Date de sortie en France : 17 juillet 2013
Distributeur : Warner Bros. France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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14 commentaires

  1. impressionnant Del Toro ce coup-ci !

  2. J’ai trouvé le film plaisant et prenant. Concernant la comparaison de la mise en scène avec celle de Michael Bay pour Transformers, en revanche je ne partage pas ton avis.
    Les deux styles sont différents certes, mais celui de Bay est très bon dans son genre également, agrémenté d’un excellent travail sur la lumière et la photographie.
    En revanche, je suis d’accord avec toi sur le fait que del Toro donne une impression de masse à ses robots et obtienne un résultat très beau.

    J’ai aimé le thème musical pour ma part, mais apparemment je suis le seul!

  3. Je trouve que Evangelion n’est pas l’inspiration première, mais plutôt Escaflowne, et ce, dans la partie design. le scénario n’y est pas non plus très proche. Il faut rappeler, que c’est un film de commande et que notre artiste ne s’entoure pas de ce qu’il veut, mais se permet quand même pas mal de choses…. pour revenir à ton commentaire, je te défie de me donner un seul blockbuster qui pourra ne pas être critiqué!

  4. Je trouve ça quand même très bien noté pour un film au scénario plat et aux personnages creux.
    Un film très réussi visuellement mais pas du tout scénaristiquement, ça vaut la moyenne grand maximum 🙂

    mais bon, je peux pas blaire ce genre de blockbuster dit de « divertissement ».

  5. @lolopouet as-tu vu le film? moi aussi je déteste les blockbuster, mais j’aime les gens talentueux…

  6. @Betty Non non, pas vu le film, je donne mon avis en toute subjectivité et ignorance de cause 🙂

    Mais bon, je m’attendais à un film surement beau mais très creux dés que j’ai vu l’affiche dans le métro, je ne me suis pas trompé à priori.

  7. @lolopouet
    Je m’en suis doutée et je pense qu’il vaut mieux savoir de quoi on parle. Bonne séance.

  8. c’est sûr que voir le film qu’on critique ça a son intérêt. Mais c’est aussi à ça que sert un blog ciné comme celui là. Dom va voir un film, donne son avis et je lui fait (plus ou moins) confiance.

    Etant donné que je ne cautionne pas trop ce genre de film, je ne vais pas aller lui donner 1 entrée de plus juste pour pouvoir donner un avis qui ait de crédibilité.

  9. @Wildgunslinger : pour moi Bay est un réalisateur qui vise l’épate sans vraiment savoir comment l’atteindre intelligemment. Sa multiplication des prises de vue me laisse assez dubitatif.

    @Betty : question design on peut aussi ramener Patlabor dans ce cas. Je ne savais pas que c’était une commande, il me semblait avoir lu que le projet l’intéressait, comme d’autres réalisateurs. Ensuite, tout film peut être critiqué sur un point ou un autre, la perfection cinématographique est subjective. Mais pour rester sur les blockbusters, je passe un meilleur moment devant « The Dark Knight Rises » – oui, pas du même acabit – ou devant « The Avengers ».

    @Lolopouet : ben oui mais les scènes d’action aussi intenses et belles sont tellement rares qu’elles gonflent, à mon avis, à elles seules les raisons de voir le film. Sur d’autres sites ou d’autres blogs les avis sont relativement similaires, personne – ou presque – ne salue des qualités scénaristiques et pourtant certains lui attribuent leur note maximale.

    C’est sûr qu’il y a un côté grisant dans « Pacific Rim », mais il faut garder la tête sur les épaules, le film ne marquera pas l’histoire du cinéma, contrairement à un « Godzilla » ou un « Alien ».

  10. ce film est vraiment impressionnant, au vu des extraits. Je le vois ce WE

  11. @Dom Si le projet a des monstres… ça l’intéresse! Tu le dis toi-même, le cinéma, l’art est subjectif… ce qui me laisse le droit et la légitimité de ma note (oui je l’ai pris pour moi ;-p). Tu le dis pour le reste et je pense on est d’accord, ce film ne se place pas auprès des autres blockbusters. Mais il est un blockbuster! Par conséquent le talent de Del Toro est prouvé, démontré et c’est cela que je relève, faire d’un film un autre objet que le propos premier avec un aura magique, fait pour moi un film intemporel, qui restera et sera considéré comme tel.

  12. Une claque visuelle évidente, il est juste dommage que la dramaturgie soit presque bâclée ; des liens pères-enfants archi convenus aux deux équipages vite fait fait expédiés… 3/4

  13. @Betty : pour la note, je dis ça pour « tout le monde », car tu n’es pas la seule à l’avoir fait, mais ce n’est pas une attaque. Oui Del Toro a appliqué son savoir faire, mais pour moi, ça reste un film inabouti.

  14. Ok je l’ai vu hier ce film, et j’ai été très très déçu. J’avoue avoir placé la barre haute en m’attendant à un nouveau Matrix (en terme d’histoire, d’univers) et au lieu de ça, je trouve que c’est du niveau de tout les films de super héros qui sortent depuis quelques temps. C’est certes très beau visuellement, mais qu’est ce qu’on s’y ennuie !!! Avec la 3D j’ai franchement l’impression de faire un tour de roller-coaster tant on en prend plein la vue mais c’est tout. Les discussions à propos du film après la séance : plus rien, y’a rien à dire sur le film, pas de matière à débat.
    Bon ceci dit c’est un film d’action, ok. Dans ce cas jouant la à fond : il n’y a pas assez de scène d’action dans ce film. J’aurais préféré qu’on mette complètement de coté l’aspect pseudo-psychologique, limite qu’on n’explique rien des origines des kaijus et qu’on se concentre sur les combats, la puissance des robots, l’aspect martial, des jaegers et pilote, etc. Je sais pas moi, j’ai en tête dans Matrix la scène d’entrainement de Néo dans le dojo avec Morpheus. Superbe scène qui dans mes souvenirs à une place relativement importante dans le reste du film. Dans Pacific Rim, y’a une pauvre scène d’art matial un peu mis là à la va vite histoire de remplir le film plutôt que de vraiment développer un peu le film. On sent qu’il y a des références dans ce film, mais seulement emprunté, jamais vraiment accaparé.

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