[Critique] Man of Steel (Zack Snyder)

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Après une absence de sept ans au cinéma, Superman passe par la case reboot avec Man of Steel. La rencontre entre Zack Snyder et l’écurie Christopher Nolan autour de ce super-héros donne lieu à un film importun et souvent laid.

Mauvais cap

Le phénomène dont témoigne Man of Steel ne peut que décevoir. Le succès de l’entreprise de Christopher Nolan dans le redémarrage de la franchise Batman, malgré une conclusion ratée, semblerait conduire vers une uniformisation de la production du genre, même chez Marvel – comme l’a montré récemment le mauvais Iron Man 3. La finesse d’écriture et l’originalité du traitement accordées à Batman, et plus particulièrement avec The Dark Knight, sont devenues une référence que certains scénaristes vont désormais suivre à la lettre comme une recette de cuisine. Dans le cas présent, la même équipe ayant redéfini l’homme chauve-souris se retrouve derrière le scénario, David S. Goyer et Christopher Nolan – seul Jonathan Nolan manque à l’appel. Dans Man of Steel, qui reprend la mythologie de Superman à zéro pour la placer dans un contexte contemporain, plus ou moins réaliste, le scénario confronte son protagoniste aux mêmes épreuves que le justicier de Gotham City, se démarquant seulement sur les différences physiques et sociales des deux personnages. Le parcours, marqué par la nécessité d’agir dans l’ombre, le doute et les failles d’ordre sentimentale, tient d’un mimétisme détestable. Psychologiquement, Clark Kent version 2013 n’est qu’un dérivé du Bruce Wayne des années 2000.

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Un proverbe dit que c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Zack Snyder est l’exception qui confirme la règle, poursuivant la descente amorcée avec Sucker Punch. A la différence des Batman de Nolan, peu portés sur les effets numériques, privilégiant une action rare mais plutôt maîtrisée, Man of Steel est un véritable déluge numérique. Dès le prologue sur Krypton, dans lequel vient au monde Kal-El, aka Clark Kent, aka Superman, le film baigne dans l’infographie la plus totale, où les acteurs de chair et de sang sont presque superflus. Esthétiquement, le film se montre rarement impressionnant, desservis par des incrustations peu concluantes et une mise en scène infecte. On pouvait trouver du plaisir dans les combats sur-stylisés de 300, film aux qualités plastiques remarquables et dénotant même d’une approche parfois novatrice. Dans Sucker Punch, le plaisir déclinait sous le poids de la débauche numérique, la multiplication des combats à l’intérêt maigre, dû à l’invulnérabilité de l’héroïne. Phénomène similaire avec Superman, capable d’encaisser n’importe quel coup sans souffrance physique, de passer de la terre ferme au firmament sans effort, de traverser plusieurs immeubles après avoir été propulsé par un choc. On ne craint jamais rien pour cet extraterrestre défendant la planète Terre face à une poignée de méchants sans aucun relief, voire doucement ridicule comme le général Zod, rôle dans lequel s’est échoué Michael Shannon. La mise en scène de Snyder n’a plus aucune force, devenue un agrégat incohérent. Une banale caméra épaule accompagne chaque dialogue. Les plans des séquences d’action rappellent ce que livrent des réalisateurs comme Michael Bay et Roland Emmerich, et s’avèrent même moins efficaces. Le directeur de la photographie du film n’est autre que Amir Mokri, déjà derrière Transformers 3. Il y a pourtant, ça et là, quelques images d’une grande puissance visuelle, mais cela ne fait que renforcer l’incompréhension générale des choix artistiques de Snyder, comme perdu face aux possibilités infinies que proposent les ordinateurs. Cerise sur le gâteau, le film, tourné en 2D, est converti en post-production pour une exploitation en 3D en salle : l’effet obtenu ici flirte avec l’inutilité absolue.

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Hans Zimmer, compositeur, se livre à un tapage peu éloigné de ce qu’il avait offert pour The Dark Knight Rises, devenu grand maître du recyclage et piochant quelques notes dans la B.O. de Tron : l’héritage des Daft Punk – bien que ces derniers aient aussi pris des accents zimmeriens, la boucle se retrouve alors bouclée. Dans ce récit où l’invasion extraterrestre passe par la terraformation, Henry Cavill se montre solide pour camper le super-héros à la cape rouge et trouve avec Amy Adams une Lois Lane idéale. Mais hormis le duo central, le reste du casting peine à insuffler de la vitalité à leurs personnages, comme les deux pères de Clark, biologiques et adoptifs, joués respectivement par Russell Crowe et Kevin Costner, monotones. D’une situation éculée au poncif suivant, la reconstruction du mythe s’avère peu reluisante et assez apathique, comme si tout n’était que prétexte pour offrir un vaste terrain de jeu pour Zack Snyder malgré quelques thématiques intéressantes – comme le discours écologique. Reboot chaotique, Man of Steel tient du produit tristement formaté, dans lequel les volontés des scénaristes et du réalisateur ne s’unissent même pas dans un mouvement commun. Pénible.

1.5 étoiles

 

Man of Steel

man-of-steel-afficheFilm américain, canadien, britannique
Réalisateur : Zack Snyder
Avec : Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Diane Lane, Russell Crowe, Antje Traue, Kevin Costner
Scénario de : David S. Goyer, Christopher Nolan, d’après le personnage de Superman créé par Jerry Siegel et Joe Shuster
Durée : 143 min
Genre : Action, Aventure, Fantastique
Date de sortie en France : 19 juin 2013
Distributeur : Warner Bros. France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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9 commentaires

  1. Mais c’est pas vraiiiiiiiii !!!!!! J’ai failli avoir une larme en voyant le trailer, et maintenant c’est en te lisant que la larme me monte ! Superman, le héro de mon enfance, le film que j’ai absolument adoré…. Donc le seul gars qui pouvait en faire quelque chose de bien en a fait une saucisse ?? Snyder a « gaché » Superman…. Tous ces remake sont tellement débiles.
    Plus le temps passe, et plus la technologie (HD, 3D etc) pousse à l’ignoble et la facilité.
    Vive le cinéma des années 80 (et 70’s)( et 69 pour 2001)!!!!

  2. Je dois toutefois t’avouer domdom2006 que ce remake divise, certains ont adoré – mais j’ai remarqué que ce sont de fervents admirateurs de « Sucker Punch » pour la plupart, ce qui est donc plus ou moins logique.

  3. perso je me suis beaucoup ennuyé pendant ces 2H20 ! 🙁

  4. Alors moi aussi je passe aux aveux…… J’ai adoré Sucker punch, mais je ne tiens pas du tout à voir un Superman à cette sauce déjantée!!
    Je préviens de suite, je ne me flagellerai pas parce que j’aime Sucker punch !!!
    Et en plus, si le pote à Batman s’est ennuyé !!!! 🙂 (Salut Robin, c’était juste pour la blague)
    Encore un film qui va attendre 4 mois.

  5. Bonjour,

    Je voulais absolument voir Man of Steel mais au vu de l’article et des commentaires, je crois que je vais attendre un peu pour avoir plus d’avis. Je ne tiens pas à m’ennuyer comme Robin.

  6. Pas totalement d’accord avec l’article, mais le film n’est pas du tout à la hauteur d’aucun des batman de Nolan: je me demande même si nolan était la ou pas. Le film démarre bien, mais dès que superman est sur la terre, le film se coupe tout le temps, aucun suivi, on dirai des cinématiques mis bout à bout. La fin est digne de Dragon ballz comme tout le monde dit: Vivement que Snider soit à la réalisation d’un nouveau dragon ballz, ce sera une véritable réussite. Fan de dragon ball z, ne ratez pas superman, il déchire. Remplacez superman par sangoku et zord par freezer et c’est génial. Petite précision: J’ai kiffé l’actrice qui seconde le général: la futur trinity. C’est le point positif du film et russel crow égale à lui même (gladiator). J’ai kiffé sucker punch.

  7. Ha oui les débilités du film: superman ne sauve ni sa mère enfin pas dans la scène ou il se rue sur zod en laissant sa mère en compagnie des subordonnés de zod, ni son père, et saccage la ville entière, lois lane qui veut échapper au fbi mais qui prend le temps de s’arrêter pour regarder derrière bien sur. Alors bien sur l’armée n’a que des avions de chasse et il n’y a que l’armée américaine, quand on voit tout le déploiement faite en Afghanistan, ici dans le film ce n’est rien du tout, ha oui les avions explosent bien mais apparemment les hélicoptère sont plus résistants. Le mec qui sort un couteau face à une femme qui viens d’exploser un avion ou un hélicoptère de combat… Le mec à qui il a fallu dix minutes de regard intense avant de faire tourner un truc dans l’avion, superman qui sais se battre autant dans l’espace que sur la terre préfère saccager la terre au lieu de les attirés soit en plein désert soit dans l’espace et au final, ils font un aller retour-espace-terre, comme j’ai déjà lu quelque part, superman sait respirer dans l’espace et sur la terre, mais il ne s’est pas habitué à son propre environnement, quoi il a vécu sur la lune. Ce film est bourré d’incrédibilité. Franchement, Christopher Nolan n’a pas produit ni scénarisé ce film ce n’est pas possible, le grand réalisateur de the dark knight, même son dernière batman à coté de man of steel fait office de chef d’œuvre. Par contre Snider est au top de sa forme avec son visuel et ses effets spéciaux digne de dragon ball z. Désolé pour les fautes d’orthographes, je suis nul.

  8. Pour moi le meilleur « Superman » (et je suis loin d’être un fan de ce superhéros ridicule), l’apocalypse final est un peu trop et le duel ultime la goutte d’eau mais ça reste du très bon boulot… 3/4

  9. @jarodcolumno : Christopher Nolan est à l’origine du scénario, on peut suppose que le gros du travail a été effectué par David S. Goyer. Quant à un nouveau Dragon Ball Z, je ne préfère pas me prononcer, si ce n’est qu’il faudrait peut-être confié ce genre de projet à un amoureux de la saga et non un artisan hollywoodien !

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