Critique : Sucker Punch (Zack Snyder)

Sucker Punch

Film américain
Réalisateur : Zack Snyder
Avec : Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone, Vannessa Hudgens, Jamie Chung, Carla Gugino, Oscar Isaac, Scott Glenn, Jon Hamm
Scénario de : Zack Snyder, Steve Shibuya
Directeur de la photographie : Larry Fong
Monteur : William Hoy
Durée : 110 mn
Genre : Action, Fantastique
Date de sortie en France : 30 mars 2011

 

 

 

 

La trame :

Internée dans un asile par son beau-père, la jeune Babydoll doit monter un plan pour s’évader et échapper à la lobotomie qui l’attend.

 

Bande Annonce (VOST) :

 

Critique

Après son incursion dans l’animation 3D avec Le Royaume de Ga’Hoole, Zack Snyder revient au cinéma d’action avec Sucker Punch, qui marque ses premiers pas en tant que scénariste. Gare à la chute…

Chérie, j’ai interné la gosse

Il fut un temps où le jeu vidéo ne consistait qu’à parcourir des niveaux ou tableaux, les uns à la suite des autres, dans lesquels le joueur, à l’époque, incompris par ses aïeux, passait des après-midis entiers à combattre un flot incessant d’ennemis, jusqu’au boss de fin. Cette catégorie de jeux vidéo « basiques » tend à disparaître, au profit de jeux de plus en plus immersifs, aux scénarios qui n’ont rien à envier au 7ème art (Final Fantasy, Metal Gear Solid, Heavy Rain). Sucker Punch est un « film jeu vidéo », une séquence cinématique avoisinant les deux heures, un spectacle en images de synthèse qui malheureusement, s’inscrit dans la lignée des premiers divertissements électroniques : les héroïnes de Sucker Punch sont en quête d’objets à récupérer dans des niveaux variés, peuplés de coriaces adversaires. Le film progresse ainsi, d’étape en étape, clairement définies au début de l’aventure. Ces niveaux sont greffés sur une intrigue cagneuse, à vouloir courir avec les souliers trop grands de Christopher Nolan (Inception, Le Prestige) ou des frères Wachowski (Matrix), dans laquelle l’imagination conduit un asile à prendre les traits d’un cabaret – flirtant avec le bordel – qui réduit les femmes au rang d’esclaves.
La caractérisation des pin-up de Snyder, dépassant guère l’attribution d’un pseudonyme, et la nature rébarbative des dialogues amplifient le désastre qui foudroie l’aspect narratif de Sucker Punch. La petite troupe de danseuses fantasmagoriques est condamnée à vivre dans une indigence remarquable. En réduisant ses personnages à de simples guerrières sexy – un phénomène déjà vu : après les muscles saillants de 300, les cuisses aguicheuses de Sucker Punch –, ce n’est pas de misogynie dont fait preuve Snyder mais d’une naïveté presque attendrissante, voire loufoque dans la leçon morale discourue.

Fort heureusement, ce long-métrage à l’esthétique ténébreuse revendique avant tout son caractère explosif et respecte honorablement son contrat sur cet aspect. Sucker Punch, c’est Zack Snyder qui joue à la guéguerre avec des poupées Barbie – certaines filles, comme Emily Browning (dans le rôle de Babydoll) et Jena Malone (Rocket) sont méconnaissables sous leur couche de maquillage alliée à décoloration capillaire, au point de ressembler aux nanas retouchées sur photoshop, plus « parfaite que la perfection », et utilisées à des fins publicitaires.
Chaque danse de Babydoll, occasionnée par une chanson distincte, se traduit par le passage dans un monde fantasmé, allant du japon féodal à une ville futuriste, en passant par les tranchées de la Première Guerre Mondiale. Armées de mitrailleuses, sabres, mechwarrior et bas résille, les pugnaces nénettes se jettent dans le feu de l’action, et l’action est un domaine que maitrise Snyder. Point de caméra touchée par la tremblote ici mais du dynamisme, des cadrages précis et un rythme effréné malgré l’abondance de ralentis – dont certains trahiront des défauts de post-production, notamment au niveau de l’intégration. Loin d’être un challenger au titre des meilleurs effets spéciaux, Sucker Punch mise sur la quantité et l’ampleur des combats, tempérant au passage la brutalité qui modelait 300 – pour accueillir en salles un public plus large ? Cette concession désolante n’est pas la seule tare qui touche ces séquences pourtant salvatrices, souffrant de leur exubérance croissante et de leur déroulement parfaitement millimétré derrière le chaos simulé. Dans sa quête du spectacle absolu, Snyder sombre dans une outrance regrettable qui n’a pour seul effet que d’entraver le plaisir.

Pour son premier essai à l’écriture, Zack Snyder manque totalement le coche. La trame simpliste, affublée d’inutiles artifices, et l’intérêt exclusivement plastique que porte le réalisateur pour ses personnages, réduisent Sucker Punch à une collection de tonitruants clips d’action. Nul doute que le déluge d’effets numériques et les pépées dévêtues permettront toutefois au film de trouver un certain public.

2.5 étoiles

Article rédigé par Dom

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23 commentaires

  1. Je trouve que Sucker Punch c’est avant tout un gros trip de Snyder, à prendre plutôt au « second degré ».
    C’est clair que c’est pas ça au niveau de l’écriture, surtout pour les personnages, qui sont vraiment plats (pas au niveau plastique hein…). Mais niveau délire visuel, c’est très agréable, même si ça peut frôler l’overdose pour certains .

  2. « Zack Snyder qui joue à la guéguerre avec des poupées Barbie »

    Franchement, belle trouvaille pour cela 😉 😀

  3. comme j’aime les artifices inutiles et l’outrance à tout va, ça risque de me plaire… affaire à suivre !

  4. @MrLichi, en effet, en terme d’action, le film n’est pas déplaisant, quoiqu’il puisse diviser aussi sur ce point précis.

    @Callahan, ben, merci… je ne me suis pas creusé longtemps. On imagine facilement Zack Snyder tel un enfant à imaginer des mini histoires avec ses figurines en main !

    @Phil, la blogosphère est tellement divisée sur ce film… pile ou face !

  5. non je commence à connaitre les gouts de Phil Siné, je suis certain qu’il va aimer. A quelle échelle par contre, j’attends sa critique. « chérie j’ai interné la gosse », je suis grave jaloux de ce titre. Reste que tu demeures trop gentil 😉

  6. C’est le genre de film très spécial qui peut déplaire, dans le sens où on vous dit « Faites attention, ne réveillez pas le méchant loup », du coup on sait d’avance ce qui va se passer, mais c’est justement ça qui est bien, l’intérêt du film est son côté décalé, ses parallèles entre réalité et fantastique, et ses 56000 références aux jeux vidéos (Final Fantasy VII, Final Fantasy XIII, Metal Gear Solid 4, Halo 2 ) et aux films (IRobot,Moulin Rouge, Matrix, Harry Potter et la coupe de feu, Inception, peut -être Die Hard 4 mais il faudrait que je revérifie) et j’en ai sûrement loupé. Bref,en plus d’être un concentré d’action, ce film est un véritable jeu de piste qui vous tiendra en haleine à chercher les nombreuses références.

  7. @alexandre, je ne peux pas dire que j’ai passé un moment désagréable, d’où cet article en demi-teinte. J’ai aussi hâte de découvrir la critique de Mr. Phil Siné !

    @Jaden, oui les références sont nombreuses, mais est-ce qu’elle suffisent à contribuer à la qualité d’un film ? Je ne pense pas… Il y a de trop grosses lacunes dans le scénario du film.

  8. @alexandre et @dom : tout faux, j’ai détesté méchamment en fait… grosse déception, surtout que j’y allais le coeur tout frétillant, m’attendant à une monumentale bisserie… bouh…

  9. Bordel, après Battle LA, maintenant ça, mais que fait la police !

    Acting qualité peau de fesse de Vincent McDoom,
    Musiques faites par DJ WeshGro75RPZ,
    Histoire « Bienvenue chez les Ch’tits 2 : La poste se rebelle »,
    Visual Effect en hommage au dernier épisode de Walking Dead season 1(sauf pour 2/3 « rêve »).

    Heureusement le film reste supportable et bien rythmé tout du long, grâce essentiellement à l’imagination de cette Babydoll, qui arrive toujours au bon moment pour nous plonger dans son crane afin, justement, d’éviter la rupture d’anévrisme cérébrale causé par le peu de dialogue à subir. Mais on se mange un méchant coup de couteau bien placé sur la finalité, qui hélas, d’ailleurs, arrive vraiment très (trop?) tardivement.

    Vous m’avez joué un sale coup Monsieur Snyder, vous n’aimez, à ce point la, pas les jeux vidéo ?

  10. @Phil, eh bien, mauvaise surprise alors ! Par contre, qu’est-ce qu’une bisserie ?

    @Mat, je pensais que tu aurais apprécié à moitié, comme moi finalement 😉

  11. alors « bisserie » est un dérivé (non autorisé 😉 de « cinéma bis »… 😉

  12. Sorti de salle et également très partagé, gros manque d’enjeu pour moi, on ne s’inquiète pas trop pour les nanas dans les « rêves ». Un tunnel explicatif à la Matrix manquerait presque: si on meurt dans la matrice on meurt réellement. Peut-être une mort au début nous aurait-elle amené quelques frissons pour les autres… Egalement trop de choses se passent hors écran (vol, mort…). Sinon j’ai bien aimé le côté fun, grosse musique et je pouvais visualiser ce que mon fils imagine avec ses légos lors de ces batailles gigantesques que lui seul semble voir…
    Pas un chef d’oeuvre certainement mais un bon moment de ciné ce qui n’est déjà pas si mal au pays de Dany Boon.

  13. @Catalan70, en effet, le fait qu’elles soient visiblement invincibles dans les affrontements désamorce toute tension. Dans le pire des scénarios, elles froissent leurs jupes.

  14. Après avoir lu l’interview de Snyder parue dans Mad je revois quelque peu mon jugement et attend les 18 minutes en plus du futur dvd. Peut-être Snyder a-t-il surestimé son public. un peu comme si Fincher ne dévoilait jamais ce qu’est réellement le Fight Club, à son public de le comprendre…

  15. Il semblerait que ce soit des séquences de combats et de danse, donc rien qui ne pourrait changer drastiquement l’intrigue ou les personnages.

  16. Tu n’as pas parlé dans les point positif du film de la bande son qui est vraiment excellente selon moi.

  17. @kéké :

    Des remix ignobles, qui en plus ne colle absolument pas avec ce qu’il ce passe, tu trouve ça excellent, vraiment ?

  18. Salut
    On est à peu près du même avis, ya des passages bien orchestrés qui m’ont plu mais ça manque clairement de lisibilité. J’ai surtout l’impression que Snyder a fait du tyle pour du style, pas du cinéma.

  19. @mat c’est que tu n’a pas bien vu le film ou que tu ne comprend pas les paroles des chansons.
    Rien que la 1ere scène avec sweet dreams correspond parfaitement :
    Some of them want to use you
    Some of them want to get used by you
    Some of them want to abuse you.

    Après on peu aimé ou pas aimé les reprises mais je trouve que ca va bien avec l’univers du film.

    http://www.deezer.com/fr/#music/carla-gugino-oscar-isaac/sucker-punch-932597

  20. @kéké

    Ou alors, je ne suis pas encore victime du virus Lady GAGA, que dieu m’en préserve.

    Je te rejoins sur le fait que ça colle bien avec l’univers du film, soit, un univers inexploité, et mal qui plus est. Nous sommes donc d’accord kéké.

    Manu..Manuréva…..

  21. @kéké, la B.O. me laisse plutôt indifférent. A part le très bon remix de Björk par Skunk Anansie, ça ne vole pas haut : une version aseptisée de Sweet Dreams, un massacre de Search and Destroy, un remix gangsta de Queen. Je reste dubitatif. (Le White Rabbit et le Where is my Mind ne sont pas mal non plus.)
    Quant à l’utilisation des chansons, elles sont bien évidemment en rapport direct avec les images : mais voilà, c’est du symbolisme dans ce qu’il a de plus simple.

  22. D’accord avec vous ! Merci pour cette critique intéressante, bien construite et bien argumentée ! Ce qui m’a surtout agacé dans Sucker Punch, c’est que Snyder n’a lui-même pas d’explication à donner à l’histoire : il l’a dit lui-même dans Mad Movies, chacun est libre d’interpréter le film à sa façon. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir le cinéma !

  23. @Cinéma : merci. Par contre, j’aime beaucoup les films à interprétations libres. Je trouve que lorsqu’un film – un bon film – parvient à proposer une expérience différente à chaque spectateur, qui en tirera alors ses propres conclusion, on touche à la forme la plus belle du cinéma. Des films comme Lost Highway (David Lynch), Persona (Ingmar Bergman), Le Miroir (Andrei Tarkovski) sont tout simplement fabuleux. Mais en l’occurrence, avec Sucker Punch, je n’ai pas vraiment l’envie d’établir des théories à partir d’un film construit ainsi.

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