[Critique] Evil Dead (Fede Alvarez)

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Sous l’impulsion de Sam Raimi, Fede Alvarez, réalisateur uruguayen, se voit en charge du remaniement d’Evil Dead. Si ce remake a le mérite de s’écarter de l’original pour ne pas tomber dans le simple hommage, la copie d’Alvarez se montre généreuse en hémoglobine mais bien trop pauvre en qualités horrifiques.

Ca ne rigole plus

Au débuts des années 80, Sam Raimi ouvrait une brèche populaire pour le cinéma horrifique avec Evil Dead, capable de jouer la double carte de l’épouvante et de l’humour, avec en plus, un budget dérisoire. Nul doute que les Bad taste et Braindead de Peter Jackson ont trouvé leur source dans ce petit weekend entre amis qui tournait au cauchemar démoniaque. Par extension, peut-être que toute la branche du cinéma gore et horrifique foncièrement fun n’aurait pas vu le jour ou bien, sous une autre forme. Alors, pourquoi chercher à exploiter à nouveau cette oeuvre certes datée et inaboutie, mais culte pour une horde de fanas du genre ? Pour apporter le film à nouvelle génération selon les dires du scénariste et réalisateur, Fede Alvarez, se plaignant du nombre incalculable de films de fantôme et de found footage qui caractérise le cinéma d’épouvante depuis une décennie. Un point de vue louable bien que terni par l’opportunisme d’un remake. Dans les faits, Evil Dead version 2013 s’applique à deux choses, éliminer le comique et multiplier les images chocs dans un nouveau récit d’une grande médiocrité.

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Cette fois-ci, les retrouvailles entre amis dans une maison isolée au milieu des bois n’est plus l’occasion de se détendre mais d’exorciser un démon, celui de l’addiction à la drogue. Mia (Jane Levy), accro à la dope, ayant flirté avec la mort au cours d’une overdose, se voit sevrée contre son gré par son frère et ses amis. Seulement, depuis l’été précédent, la maison a servi à un exorcisme mortel et spectaculaire. C’est d’ailleurs la scène qui introduit cette nouvelle aventure et qui en caractérise les principaux défauts. Alvarez filme l’horreur de façon purement frontale, sans jamais chercher du côté du hors-champ, de la suggestion, de ces éléments qui créent le suspense, la tension, la peur. Aucune subtilité du côté de la bande originale qui touche au fracas, la multiplication de sons percutants et claquants, comme ces nombreuses portes qui scelleront le destin des personnages tout au long du film. Avec ses personnages peu charismatiques, cet Evil Dead se montre pénible, pour ne briller que sur un unique point : le gore. En la matière, l’excès est un mot à bannir. La chair meurtrie et des pluies diluviennes de sang marquent le calvaire de cette bande ayant réveillé le mal au travers du Livre des morts – dans une scène ridicule et loin de l’habileté de l’opus de Sam Raimi. Un Livre des morts consulté ici comme un véritable manuel d’instruction, perdant énormément de son aspect mythologique.

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Jamais cette version, fortement sous l’influence de L’Exorciste de William Friedkin, ne suscite la frayeur, ni même le rire – sinon involontairement par ses dialogues au ras des pâquerettes et sa violence exubérante. La mise en scène d’Alvarez, exploitant le zoom de façon ringarde, ne trouve de force que dans une poignée de situations gores, confrontations sadiques entre les humains et les puissances maléfiques. On peut saluer la volonté de ne pas exploiter d’effets numériques, renforçant la puissance d’images absolument répugnantes, mais ces arguments plastiques ne peuvent palier à la souffrance que provoque un récit aussi faible et des acteurs fadasses. Sous le signe de la frénésie sanguinaire, cet Evil Dead terrifie avant tout par son insuffisance.

2 étoiles

 

Evil Dead

evil-dead-afficheFilm américain
Réalisateur : Fede Alvarez
Avec : Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci, Jessica Lucas, Elizabeth Blackmore
Scénario de : Fede Alvarez, Rodo Sayagues, d’après Evil Dead de Sam Raimi
Durée : 91 min
Genre : Horreur
Date de sortie en France : 1er mai 2013
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Film interdit aux moins de 16 ans


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. Entre nous ça fait très très longtemps que je n’ai pas vu un film qui fasse vraiment peur, et d’après ce que je comprends ici, ça ne sera pas le cas avec celui-là. Dommage, à la base j’étais assez emballé par ce film…

  2. Sans surprise vu l’énorme campagne marketting (au moins en region Parisienne), annonçant le film le plus flippant de tous les temps. Ridicule!
    Faire un remake d’un film d’étudiants unique et disjoncté, et qui a déjà eu son remake par son créateur avec Evil dead 2.
    De plus, Evil dead n’est pas un film d’horreur, mais un mix entre Tex avery et Amityville pour faire vite.
    J’irai même plus loin (et oui j’ai peur de rien), Evil dead est le meilleur film pour apprendre a faire un film, que ce soit pour le montage, les plans, la bande son et même acteurs dans un film d’horreur.
    Bref nous sommes passé d’un film d’auteurs novateur à la machine à POP-fric-CORN.
    Misère, misère et tout ça avec l’aide du créateur.
    Un jour nous aurons un remake de Dark crystal juste pour vous expliquer que les marionnettes c’est ringard et qu’il était temps d’y ajouter de l’infographie et surtout de la 3D. Pauvre industrie du cinéma.

  3. @domdom2006 : eh oui, maintenant, même les créateurs originaux pervertissent leur propre travail. Nicolas Winding Refn a fait de même avec « Pusher », le remake sera un direct to video en France.

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