[Critique] The Dictator (Larry Charles)

Pour cette troisième collaboration entre le réalisateur Larry Charles et le comédien Sacha Baron Cohen, ce dernier campe encore une fois un personnage haut en couleur pour une comédie toujours fondée sur des stéréotypes et quiproquos. Un dictateur dans l’air du temps, parfois lourd, parfois désopilant, mais qui gomme le mauvais souvenir laissé par Brüno, le précédent personnage du comédien britannique.

Despote démocratique

Enfin Sacha Baron Cohen ne se cache plus derrière les artifices déplaisants du faux documentaire. Si la formule fonctionnait avec Borat, Brüno s’était avéré un échec complet tant le film criait « Regardez, tout ceci est réel, et donc très drôle ! » alors qu’il n’en n’est rien, ou si peu. Comédie de fiction assumée comme Ali G, The Dictator est un film dans l’air du temps, où l’apparence des pires terroristes et dictateurs tout juste disparus – comme Ben Laden ou Mouammar Kadhafi – se reflètent dans le tyran à la barbe exubérante de Sacha Baron Cohen, en Général Aladeen, à la tête de la république du Wadiya. Comme toujours, le comédien excelle dans l’art d’amasser tous les stéréotypes d’un archétype, lui permettant à la fois d’exploiter des traits si grossiers qu’il en devient drôle à chaque instant, mais aussi de provoquer, avec ou sans finesse, en plongeant vers les pires vilenies imaginables. Les ingrédients de base sont toujours les mêmes : misogynie, homophobie, racisme, ou plus simplement pour résumer, haine et moqueries à toutes les sauces sont exploitées dans toutes les scènes. Cohen et sa bande de scénaristes ajoutent tout simplement les éléments différenciant ce dictateur des précédents protagonistes : richesse, arme nucléaire, et dégoût des libertés du monde occidental.

A des années lumières du Dictateur de Chaplin, celui de Sacha Baron Cohen perd son trône, trahi par Tamir (Ben Kingsley), son conseiller qui le remplace par un sosie idiot – permettant à Cohen de jouer aussi une variation du personnage –, afin d’exporter du pétrole en renversant la dictature. Aladeen, dépossédé de sa barbe, simple quidam dans les rues de New York, doit alors élaborer un stratagème pour regagner le pouvoir, une quête qui le conduit à collaborer avec une écolo jouée par une Anna Faris continuant sa chute dans les rôles inconséquents. Partagé entre lourdeurs déjà rencontrées dans Ali G ou Brüno et des situations comiques plus fines – comme une conversation en hélicoptère qui réveille la terreur terroriste américaine ou encore un magnifique discours sur l’éloge d’une dictature qui souligne tous les travers de nos démocraties –, The Dictator peut compter sur son rythme sans temps mort pour ne jamais abandonner le spectateur entre deux gags, parfois douteux. La mécanique bien huilée à base d’apparitions improbables de célébrités et de comportement politiquement incorrect prête toujours à rire – ou du moins, à sourire –, bien que les situations fassent souvent échos à des éléments déjà exploités auparavant, avec les précédents trublions de Baron Cohen. Au fond, à force de promouvoir sur internet et à la télévision ses personnages avec autant d’insistance – son dictateur a envahi la toile depuis de nombreuses semaines, a occupé la façade du Carlton durant le Festival de Cannes, est intervenu au cours des présidentielles –, Sacha Baron Cohen sature l’esprit du spectateur avant même le début du film, et c’est probablement ce qui le dessert le plus. Une comédie un peu faible, mais qui se consomme sans embarras.

3 étoiles

 

The Dictator

Film américain
Réalisateur : Larry Charles
Avec : Sacha Baron Cohen, Anna Faris, Ben Kingsley, Jason Mantzoukas
Scénario de : Sacha Baron Cohen, Alec Berg, David Mandel, Jeff Schaffer
Durée : 83 min
Genre : Comédie
Date de sortie en France : 20 juin 2012
Distributeur : Paramount Pictures France


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Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. J’ai adoré. Après « Borat » c’est clairement son meilleur film. Un des trois films qui m’ont fait le plus rire cette année. 3/4

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