[Critique] We Need To Talk About Kevin (Lynne Ramsay)

Présenté au 64ème Festival de Cannes, le nouveau film de Lynne Ramsay, We Need To Talk About Kevin, est une adaptation du roman éponyme de Lionel Shriver. C’est l’histoire d’Eva (Tilda Swinton), une femme tombée enceinte sans le désir d’avoir un enfant. Kevin, élevé sans amour maternel, devient de façon très précoce une véritable plaie pour sa mère qui tente tant bien que mal de se rapprocher de son fils vicieux. Un drame qui a l’audace de proposer une structure et une forme atypique, malheureusement contrebalancée par un segment classique et grossier.

Kevin la malice

On nage aux confins du cinéma expérimental, accroché au bras d’Eva, interprétée par une Tilda Swinton impériale de désespoir, unique bouée de sauvetage dans cet océan rouge sang, couleur omniprésente qui poursuit cette mère comme son ombre. Si l’on est incapable de déterminer ce qui se trame derrière la formidable première partie de We Need To Talk About Kevin, intrigante et oppressante, la tragédie est parfaitement palpable, sculptée dans les traits du visage déconfit de Tilda Swinton. En s’écartant de toute convention narrative, Lynne Ramsay nous confronte d’autant plus à l’atonie de son héroïne, au point mort après le drame. Mais le retour en arrière provoque également un changement de cap, l’expérience sensorielle est délaissée pour une composition de scènes du quotidien d’une mère en rupture absolue avec son fils, et ce, même avant sa naissance.

Dès son plus jeune âge, Kevin (Jasper Newell à l’enfance ; Erza Miller à l’adolescence) met toutes ses facultés mentales à l’œuvre dans un but unique, celui de rendre la vie de sa mère infernale. Il faut avouer que cette dernière n’a jamais cherché à aimer son fils, à s’occuper de lui en bonne mère. N’étant pas capable de calmer les gémissements de bébé, maman approche le landau d’un site en travaux pour couvrir les cris par le son terrible du marteau piqueur – une méthode radicale mais vaine ! Au fils des années, Eva essaie de se rapprocher de sa progéniture mais le mal a germé à la source, la haine viscérale qu’éprouve Kevin envers sa mère ne cessera de croitre jusqu’à un acte terrible, aux contours entrevus bien trop tôt dans le film. Lynne Ramsay plombe son long-métrage dans le rapport mère/fils, toujours abordé sous l’angle de la malveillance. La mise en exergue est telle que ces scènes sombrent dans la caricature malgré une approche esthétique toujours soignée. La cruauté exacerbée de Kevin, établissant une connexion avec un comportement animal, phagocyte toute réflexion sur les enjeux du film, jusqu’à transformer l’horreur du fait divers en une simple formalité.

Au final, on retiendra avant tout la performance de Tilda Swinton et les quelques expérimentations conduisant We Need To Talk About Kevin à emprunter, ça et là, des chemins méconnus pour un tel sujet. Tiraillé par son ambivalence artistique, le nouveau long-métrage de Lynne Ramsay vogue entre grand cinéma et piètre mélodrame.

2.5 étoiles

 

We Need To Talk About Kevin

Film britannique
Réalisateur : Lynne Ramsay
Avec : Tilda Swinton, Erza Miller, John C. Reilly, Jasper Newell
Scénario de : Lynne Ramsay, Rory Kinnear d’après le roman éponyme de Lionel Shriver
Durée : 110 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 28 septembre 2011
Distributeur : Diaphana Distribution


Bande annonce (VOST) :

Extrait (VOST) :

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. La bande annonce donne énormément envie mais bon je comprend ta frustration si pendent la première moitié du film tu te di que tu vas assister et que la seconde gâche tout …
    Je pense que j’irais quand même le voir au moins pour John C. Reilly

    Merci pour cette belle critique

  2. Merci pour ton commentaire. John C. Reilly n’a que très peu de présence à l’écran par contre.

  3. La critique nest pas loin d’être ce que je pense aussi, mais j’ai ADORÉ ce film, va savoir pourquoi …Sûrement que les acteurs étaient : parfaits!

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