[Critique] The Tree of Life (Terrence Malick)

Rares sont les films qui relèvent du mythe avant même leur diffusion. The Tree of Life, cinquième long-métrage du discret et adulé Terrence Malick, aura été un des films les plus attendus de ces dernières années. Ce film, qui met en scène deux grands noms du cinéma américain, Brad Pitt et Sean Penn, aurait dû être présenté au Festival de Cannes en 2010. Mais son créateur perfectionniste déclara au dernier moment qu’il n’était pas tout à fait prêt. En fin d’année, une bande-annonce somptueuse crée l’évènement, le nouveau film de Malick s’annonce déjà comme une merveille visuelle. Un an après la déception cannoise, il arrive bel et bien sur la croisette, en compétition dans la fameuse Sélection Officielle. L’attente n’aura pas été vaine : The Tree of Life est une œuvre poétique d’une grandeur sidérale qui remporte la Palme d’Or au 64ème Festival de Cannes.

Redécouvrir la vie

Par quelle branche aborder l’arbre majestueux de Terrence Malick ? Par quel angle peut-on parvenir à rendre justice à une œuvre dont la portée dépasse les mots ? On pourrait se lancer dans une analyse méticuleuse, en découpant chaque partie du film, en écartelant chaque vers pour mieux les passer à la loupe, mais ce serait aller à l’encontre de cet instant de cinéma pur, personnel, mouvant selon ses propres codes, libéré de toute règle scénaristique. Si l’on quitte The Tree of Life envahi d’interrogations, la puissance des émotions ressenties à la vision de ce film d’une poésie rare gardent le dessus sur tout raisonnement. C’est avant tout un film sur la famille et l’enfance. L’arbre, enfant de la nature depuis la nuit des temps, représente aussi bien la vie que la structure familiale, avec ses ramifications, ses branches en fleurs et celles brisées. Tout débute par la perte d’un fils, d’un frère, mais l’ouverture au deuil nous conduit à la naissance de la Terre et des premières formes de vie jusqu’aux premiers reptiles. La narration est éclatée, seules les voix-off des protagonistes resteront le lointain fil rouge de cette expérience aux images saisissantes de beauté, comme un berceau ouvert sur un feuillage dense filtrant le soleil d’été.

Ce n’est pas un hasard si l’extinction d’une espèce est représentée au début de ce long-métrage, tel un jugement divin. Le cœur du film présente une famille croyante avec trois enfants, vivant dans une petite ville rurale du Texas, dans les années 1950. Le fils ainé (Hunter McCracken), élevé en bon chrétien par une mère douce et effacée (Jessica Chastain) et un père autoritaire (Brad Pitt), questionne sa foi au fils de ses découvertes, des incidents se présentant à ses yeux. A la vue d’une arrestation, il interroge sa mère. Pourrait-il lui arriver la même chose, plus tard ? Un incendie et une noyade vont le tourmenter d’autant plus. Pourquoi être bon si en retour, Dieu n’accorde aucune clémence aux vertueux ? Un sermon rappelle alors que le malheur guette tout un chacun, bon ou mauvais, et que sur cette Terre, rien n’est éternel… Cette partie du film, la plus étendue, est composée de souvenirs d’enfance de Terrence Malick mais ces scènes, magnifiques par leur simplicité et leur véracité, appellent à la mémoire de tous. Ces instants de vie sont aussi personnels que communs et une partie de la magie de The Tree of Life repose dans sa sublime représentation de l’enfance, de la constitution du caractère et de la compréhension du monde à cet âge là. Des premiers souvenirs fugaces et vaporeux aux confrontations cruelles avec la figure paternelle, Malick trouve toujours le ton juste et mènent ses acteurs, chevronnés (Brad Pitt, Sean Penn) ou non (Jessica Chastain, Hunter McCracken), au même niveau d’excellence, au point que l’illusion devient parfaite ; la caméra, dotée d’une liberté de mouvement sans égale, semble capturer le réel, la vie sans aucun artifice.

Audacieux et novateur, The Tree of Life porte toutefois l’influence de deux grands cinéastes : Andreï Tarkovski et Stanley Kubrick. Les souvenirs d’enfance, sa structure et son caractère poétique le rapprochent du film le plus personnel de Tarkovski, Le Miroir ; son aspect cosmogonique et symphonique lui confère des allures de 2001 : l’odyssée de l’espace. Les envolées lyriques, accompagnées par des requiems, symphonies et compositions d’Alexandre Desplat, émeuvent par leur magnificence et leur grâce. Au terme de cette expérience se concluant sur un épisode étrange et surréaliste, il est difficile de déchiffrer le message profond donné par le cinéaste. Des regrets et des réflexions des personnages résonnent, comme le murmure de l’actrice Jessica Chastain – sublime par sa sensibilité à fleur de peau –, la mère : « A moins d’aimer, la vie passe comme un éclair. » Y-aurait-il un sens particulier avec l’âge de son fils que nous retrouvons à notre époque, après une ellipse d’une quarantaine d’années ? Mais en tant qu’entité complète, c’est peut-être une opposition entre la nature et la religion qui s’est produite en arrière-plan. Le message pourrait s’avérer d’ordre écologique : la véritable divinité de notre monde est cette nature que nous écrasons et qui, un jour, reprendra sans crier gare la vie qu’elle nous a prêtée.

Terrence Malick nous offre un film beau, spirituel et émouvant, dont l’éclat traversera les décennies. The Tree of Life est un chef d’œuvre qui se savoure comme une communion avec la vie, une merveille dont la poésie vous effleure l’âme pour ne jamais vous quitter. Exceptionnel.

5 étoiles

 

The Tree of Life

Film américain
Réalisateur : Terrence Malick
Avec : Brad Pitt, Hunter McCracken, Jessica Chastain, Sean Penn
Scénario de : Terrence Malick
Durée : 138 mn
Genre : Drame, Fantastique
Date de sortie en France : 17 mai 2011


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

22 commentaires

  1. Il faut tout de même reconnaitre que c’est un film pas forcement facile d’accès, mais avec une acceptation de ce qu’est cette œuvre, et une véritable ouverture de l’esprit et de la réélection, dès les premières minutes, je pense que ton dernier mot schématise bien l’expérience Tree Of Life, Exceptionnel.

  2. « The Tree of Life… ou de l’art de berner un public en quête de sens en lui proposant une mise en abyme de la vacuité… et de payer bien cher de simples clopinettes !
    J’ai vu ce film la semaine dernière…
    Je vais faire bref car il n’y pas lieu de s’étendre : c’est, sans nul doute, le pire navet en 30 ans de cinéphilie !
    Un non-film…
    Pourquoi tant de belles images au service d’un scénario inconsistant ? Même un piètre documentaire suscite plus d’intérêt pour sa structure narrative…
    Ah, qu’il est usant être confronté à la suffisance d’un créateur qui se moque de ceux à qui il s’adresse… mais n’est-ce pas ce qu’est devenu le monde de l’Art aujourd’hui avec ses marchands qui – faute de vendanges glorieuses – souhaitent voir le public s’intéresser plus au flacon qu’au prétendu nectar qu’il est censé contenir ?
    Dans la salle : quelques spectateurs. Certains n’eurent de cesse de jouer avec leur smartphone tout au long de la séance, d’autres s’endormirent après que quelques uns se furent enfuis en maugréant. Beaucoup pestèrent, jurèrent, s’indignèrent. Quant à moi, j’ai piaffé d’impatience en attendant à tout moment que le film commence enfin, que cesse enfin cette lénifiante incongruité pour nous offrir quelques moments plus signifiants !
    En fait, ce fut un véritable supplice chinois… celui du robinet qui coule, goutte à goutte, sur le front des prisonniers jusqu’à les rendre fous. Et je fus pris en otage pendant 2h08… je demande remboursement du prix de mon ticket et j’exige des indemnités pour préjudice moral !
    Et Terrence Malick, son réalisateur ? Au piquet… avec un bonnet d’âne. Et encore ce serait presque insultant pour l’âne…

    Le comble du paroxysme ? Il a raflé la Palme d’Or à Cannes, en 2011… Merde alors !

  3. Waouh Patrick tu sembles avoir bien détesté ce film… Je peux comprendre ton point de vue mais je pense pas qu’on puisse le cataloguer au rang de navet… OU alors nous n’avons pas du tout la même définition d’un navet…

    The Tree Of Life est très déroutant où certains accrochent d’autres pas… N’est ce pas là la magie du cinéma?

    Pour ma part j’ai été très sceptique pendant le film notamment pendant la première demi heure mais dès qu’on rentre dans le vif du sujet (l’enfance de ces enfants) le film prend une dimension incroyable . Et quand on laisse murir le film dans sa tête il devient évident que c’est une vraie réussite. Peut-être n’as tu pas encore pris assez de recul? Ou peut-être n’as tu simplement pas accroché ca arrive !

    Quant à la palme d’or elle est certes très discutable mais tellement plus censé que cet Oncle Boonmee de l’année dernière…

  4. @ Patrick Besset : Certes le film est exigeant et pas forcément très accessible mais de là à dire que c’est le « pire navet en 30 ans de cinéphilie ». c’est vraiment n’importe quoi. Si vous êtes cinéphile, vous devriez voir plutôt l’oeuvre de Malick dans sa globalité. The tree of life s’inscrit dans la logique de son cinéma lié à la nature humaine, l’instinct animal et à la nature. The tree of life est un peu l’aboutissement de sa filmographie en interrogeant la place de l’homme dans l’univers et l’origine du monde.
    Après, c’est vrai que la forme est un peu élitiste et finalement pas si novatrice puisqu’on a déjà vu ça dans « 2001, l’odyssée de l’espace ». Le propos de The tree of life est intéressant même si le réalisateur s’enfonce parfois dans une imagerie un peu clichée de son propre cinéma. Malgré cela Terrence Malick reste pour moi un grand réalisateur.

  5. @Patrick BESSET

    « c’est, sans nul doute, le pire navet en 30 ans de cinéphilie ! »

    GIVE ME SOME OF YOUR WEED DUDE !

    « Le comble du paroxysme ? Il a raflé la Palme d’Or à Cannes, en 2011 »

    Pose toi les bonnes questions ? Qu’est ce qu’un bon film ?

    Mat, en direct de Fort Boyard, sans nul doute.

  6. J’ai 51 ans depuis peu, ai habité Toulouse et Paris et vu bon nombre de films… puisque ayant eu la chance d’avoir tout type de salles à ma disposition, labellisées Art & Essai pour certaines.

    Pour répondre à Marine : il est vrai que je n’ai pas accroché, pour le moins et pourtant, j’y suis allé le cœur léger, sans à-priori, prêt à m’enthousiasmer, à ne pas gâcher mon plaisir pour celui qui venait d’obtenir la Palme d’Or.

    Pour répondre à Mat : un bon film ? Tout simplement le contraire d’une bouse, comme tu dis, DUDE. Fort Boyard ? Je ne regarde pas ce divertissement TV.
    Sinon voici quelques autres déconvenues pour leur insuffisance : « La potiche », Les corps impatients », « Inception »… Quelques plaisirs jubilatoires, anciens ou récents ? « Bienvenue Mister Chance », revu pour la nième fois, hier au soir à Utopia Tournefeuille, « Mammuth », « Séraphine », « Ivre de femmes et de peinture », « Le tambour », « Dune », « Tous les matins du monde », « La tête en friche » et tant d’autres, heureusement…

  7. Vous devez être un homme bien triste monsieur BESSET, ce Tree of Life est tout de même d’un magnifique rien que part ses images, après que vous n’ayez pas accroché, je le conçois, mais le placé au rend de navet ça frôle le ridicule.

    Qu’avez vous pensez d’un certain 2001 : A Space Odyssey, votre point de vue pourrait être intéressant, vis à vis de cet Arbre de vie plusieurs fois cité comme ayant le même gout ?

  8. @Mat, oui le film n’est pas du tout conventionnel et donc, difficile d’accès au grand public, mais je le dis de façon implicite au début de ma critique. Mais il s’agit d’un problème lié au manque d’ouverture à un certain cinéma qui n’affectait pas encore l’oeuvre de Terrence Malick.

    @Patrick, comme le dise d’autres personnes, votre virulente réaction est cruel avec The Tree of Life. Vous pouvez voir un pire navet en vous rendant à une projection de Very Bad Trip 2 !
    Si des spectateurs sont suffisamment bêtes pour utiliser leur téléphone ou quitter la séance avant la fin, cela justifie-t-il de ne pas aimer un film ? Votre commentaire ne montre qu’une chose : vous ne vous êtes pas ouvert au film.
    Que pensez-vous du cinéma d’Andreï Tarkovski, d’Ingmar Bergman, ou encore d’Andrei Zviaguintsev (certes, bien moins connu et encore à ses balbutiements mais si prometteur) ?
    Je vous conseille de revoir le film, en connaissant désormais sa structure, son rythme, peut-être qu’alors vous serez ouvert à son fabuleux contenu. Moi-même, j’ai été encore plus frappé par la puissance de The Tree of Life en le revoyant, reposé de l’effervescence cannoise. Je pense également que la Palme d’Or est une magnifique récompense, c’est le film le plus audacieux et émouvant de la Sélection Officielle à mon sens…

    @Marine, je n’ai pas encore vu tous les films de la Sélection Officielle 2010 mais je trouve qu’Oncle Boonme est une belle Palme d’Or. Je n’adhère pas à tous les aspects du film – ses séquences du quotidien – mais son travail sur le deuil est très touchant et poétique. Il possède comme Tree of Life d’une aura apaisante.
    En fait, pour parler un peu des Palme d’Or, il n’y a qu’une chose qui m’insupporte : récompenser un film engagé sur le plan social ou politique et qui ne dénote aucune recherche esthétique. Dernier exemple en date : Entre les murs.

    @Sabrina : joli message qui synthétise ce qui est à dire !

    Je vais me répéter mais, que vous l’ayez aimé ou non, je vous conseille à tous de le revoir au moins une fois, l’expérience est d’autant plus profonde lorsque l’on possède déjà une vision générale du découpage du film.

  9. J’ai envoyé des collègues voir le film qui ont trouvé également que c’était un navet ! Il m’a pour ma part bouleversé… Bien évidemment les images de la première demi-heure m’ont paru assez longues et le message pseudo-mystique ne m’a pas fait grand chose…MAIS le cœur du film, quelle merveille ! comment rester insensible à des images d’une telle beauté qui en disent plus sur les liens familiaux que n’importe quel film verbeux ! C’est aussi un film poétique et contemplatif, poésie à laquelle apparemment certains n’ont pas accès. C’est tout le contraire d’un film intellectuel, c’est un film sensible et ce que certains jugent creux, m’a paru à moi profond.

  10. Effectivement Sophie, on peut recommander vivement ce film et faire des déçus – pour ma part, l’année dernière, je recommandais The Social Network qui faisaient de nombreux sceptiques. Mais c’est difficile de rester insensible à la beauté de The Tree of Life pour son segment central au moins. Je comprends parfaitement que la fin du film soit déstabilisante, mais ça ne devrait en aucun cas détruire les séquences vues – vécues ! – auparavant.
    Le nouveau Malick est peut-être trop en avance sur son temps…

  11. Malick n’atteindra jamais les hauteurs imprenables de sa colline de la Ligne Rouge, toutefois il ridiculise la majorité des futurs aspirants à la matière cinématographique. Un peu comme un Scorsese, Coppola ou Cronenberg, des « vieux » qui, une fois armés d’une caméra, clouent la concurrence sur place. On peut ne pas adhérer au film et je le conçois fort bien (c’est « élitiste » et exigeant dans sa forme narrative) mais j’ai beau positionner le problème sous toutes ses formes (je l’ai vu deux fois), je n’en démord pas : c’est un très grand film. Le style de cinéaste qui fait primer la mise en scène sur les dialogues. Chaque plan est touché par la grâce, chaque insert furtif évoque une métaphore d’une concept donné. En 2 heures, il tord la foi dans tous les sens et plie l’âme humaine qui est constamment travaillée par les affres de l’existence. Il démontre aussi que dans chaque homme, gouverne un cosmos qui lui est propre et donc malmené lui aussi par des explosions cosmogoniques (déluge de violence, sexe, autoritarisme) et par la grâce (la foi, le Bien, la tendresse, etc.) L’homme est écartelé entre le Bien et le Mal qui le fondent, à l’instar de l’histoire de la vie qui a dû naître après de multitudes explosions qui dépassent l’entendement. C’est pourquoi Malick effectue deux variantes du Lacrimosa de Preisner : une ample lors de la création de la vie (Macro) et une autre plus intimiste à l’échelle de la psychologie humaine (micro, quand Jack ado va commettre son premier péché dans la maison de sa voisine). Il enrobe ensuite le tout sous le patronage de spasmes mémoriels de Jack adulte (qui nous prouve que ce qui est présenté à l’écran est la réalité, la mémoire ne déforme t-elle pas sa propre histoire ?).

    La fin sur la plage convoque évidemment l’enfance d’Ivan de Tarkovski, « l’après film » où les masques des hommes tombent, illuminés et transcendés intérieurement par la mort. C’est le temps de l’accomplissement, du pardon pour toute sensibilité, qu’elle soit issue de la nature ou de la grâce (focalisez-vous sur le chemin de Brad Pitt^^).

  12. Merci Nasser pour ce commentaire éclairé. Et bien vu pour l’utilisation du Lacrimosa !

    Par contre, je trouve l’association avec l’Enfance d’Ivan un peu hors sujet. La séquence de Malick est surréaliste, ou bien onirique, tandis que chez Tarkovski, l’ellipse produit un déchirement émotionnel : la guerre est finie et on compte ses victimes. Il y a un sentiment d’impuissance, de défaite (au point de vue humain) dans le film d’Andreï Tarkovski tandis que Malick touche plutôt à la sérénité. A mon humble avis, bien sûr !

  13. Exact, mais je me fiais plutôt au symbole de la plage : être face à une immense étendue d’eau, signification que l’on fait le point sur sa vie, échapper son âme vers un ailleurs. Mais j’admets volontiers ne pas bien comprendre les successions de plan désertiques (différents niveaux des Limbes selon le Livre de Job ?)

    L’enfance d’Ivan est un film dont la conclusion me faisait diablement penser à celle de Tree of Life, voire carrément au cinéma de Michael Mann qui apprécie laisser échapper ses personnages principaux dans l’immensité aquatique. Mais ouais effectivement, Malick touche plus à la sérénité, à la transcendance intérieure.

  14. Ah mais excuse moi Nasser, j’ai fait un parallèle entre la plage de Tree of Life et le plan des soldats à la fin de la guerre dans l’Enfance d’Ivan ; c’est vrai que le film se conclue sur une plage avec les enfants et le parallèle est pertinent. Il est d’ailleurs bouleversant ce plan chez Tarkovski, la caméra se déplace avec tant de grâce !

    Pour les plans désertiques, j’ai lu des théories qui proposent que cela représente la sécheresse spirituelle de Jack adulte. Un point de vue intéressant.

  15. Je suis d’accord avec cette critique, le dernier film de Terrence Malick est exceptionnel, comme toute sa filmographie (il me manque Les Moissons du Ciel au compteur, pardonnez mon blasphème 🙂 ) Cependant, je voudrais dire qu’il « souffre » de quelques défauts, mais je ne le fais que pour mieux dire que c’est un chef d’oeuvre, car la réfléxion du film est très intéressante, mais parfois le côté religieux est un peu lourd et agaçant, mais j’ai envie de dire ON S’EN FOUT car que ce film soit emprunt de mysticisme ne démantèle en rien le juste titre de Grand Film qu’il mérite. Je sais que ce que je dis est assez con, mais je le dis car ce film m’a tellement troublé, laissé bouche-bée, yeux et oreilles grands ouverts … qu’on se fout des défauts qu’il peut avoir, assez incroyable non ? Je m’impatiente de la sortie du blu-ray collector, et en attendant le prochain film (chef-d’oeuvre ?) du maître : Que viva Terrence Malick !

  16. Les Moissons du Ciel est formidable, mais j’avoue que j’ai un peu de mal avec ses productions pré Ligne Rouge, froides et « désincarnées ». Ceci n’enlève en rien les indéniables qualités de ces films. Malick va gagner en puissance dès la Ligne Rouge (je le considère comme son plus grand film, son chant le plus malade, le plus nihiliste irriguant son désir obsessionnel de transposer la nation de passerelle spirituelle qui suit la mort. Que la Terre n’est qu’une étape douloureuse à passer avant la délivrance).

    Pour Tree of Life, son souci c’est qu’il représente le stade terminal de son style, son expérience la plus folle qui n’aurait rien à envier à un Lynch ou à un Gaspard Noé pour prendre un exemple récent avec Enter The Void. On a plus de 2 heures à notre disposition pour quitter la salle lol C’est un poème exigeant qui ne laisse rien passer et demande un concours indéfectible du spectateur avec le matériau filmique. Les multiples désaffections dans les salles s’expliquent aussi par un écart culturel béant entre les productions actuelles qui vont vers le spectateur et celles qui demandent une implication sans bornes. Moi ça va, je suis habitué ayant découvert de vrais OFNI, mais en ces temps troublés par des projets prémâchés qui attisent à chaque plan l’adhésion facile, je ne leur jette pas la pierre, je les comprends.

    Pour en revenir au film, ce dernier m’a laissé cette sensation immense à ouvrir mes blessures personnelles : ma relation houleuse avec mon frère, avec mon père. La découverte du sexe, de l’amour, de l’affection, de la haine… Mais comment fait-il pour toucher aussi bien le coeur de l’homme ? Lui parler directement d’une voix cristalline sans artifices, créant ainsi un réseau pudique où l’objet filmique nous perce de tout son éclat ? Je pourrai écrire des pages sur l’association de la musique avec les images (La séquence embarquée dans l’avion, avalanche lacrymale en approche), sur ces cadrages d’un beauté terrassante, sur ces silences de deuil, de perte d’innocence, de désillusion et de folie qui font de nous des êtres infects. Ce film a influencé mes priorités existentielles.

    Des défauts il y en a certainement et c’est à chacun de faire son propre avis sur la question. On pourra converser longtemps sur les références pompeuses à la religion, sur les symbolismes, sur les plans interminables,… Quel pied!! Voir un cinéaste oser assumer et aller jusqu’au bout de son délire, alors là j’applaudis des deux mains. J’en veux pour preuve toute la partie sur la résurrection, là où il lance sa théorie sur ce que l’on vivra après le flash de la mort. J’ai rarement autant pleuré au cinéma. Malick architecture des oeuvres viscérales qui nous rongent et en faire rejaillir des tonnes de blessures et de bonté. Dans 20 ans, on en reparlera encore de ce film sous le prisme du découpage, du rythme, des éléments narratifs qui s’imbriquent, sur le son, sur les thèmes,… Je peux me considérer comme fier de l’avoir vu 3 fois en salles. Et je mets ma main à couper que les futurs cinéphiles nous envieront de ne pas avoir eu cette possibilité de l’avoir vécu. Je la tiens ma revanche sur ceux qui ont assisté au 2001 le premier jour de son exploitation^^

  17. Je suis tout à fait d’accord avec Nasser, j’ai maintes fois répondu aux détracteurs de The Tree of Life que Malick est un réalisateur qui ose aller au bout de ses envies, qui n’a pas froid aux yeux.

    Sinon, je te concède que le film ma obséder et m’obsède encore, ces images et cette musique incroyable, le film mérite d’être vu rien que pour sa mise en scène, ces superbes mouvements de caméra comme seul Terrence Malick sait le faire. Si j’étais cinéaste un jour (ce qui ne m’arrivera pas, je veux devenir professeur d’histoire) je voudrais pouvoir faire ne serait ce qu’un seul film de ce niveau là, avec des plans aussi géniaux que ceux là. En fait, je me suis en quelque sorte fait de Malick un modèle, un cinéaste philosophe avec une grande culture littéraire, musicale … Je suis vraiment un très grand fan ^^

  18. Idem, ce film m’obsède encore aujourd’hui. Ce cinéaste est haut placé dans mon top de mes 20 noms préférés. J’ai l’impression qu’il fait du cinéma pour moi, avec cette mise en scène dont je rêve toujours, cette approche du « souffle » dans la dramaturgie (je ne parviens pas à la qualifier d’ailleurs, comme si l’auteur associait des bribes mémorielles et des fêlures avec un souffle totalisant, personnifié par une bande sonore enveloppante).

    Avec John Carpenter, Masaki Kobayashi, Kenji Misumi, Mamoru Oshii (dont je décèle de nombreuses angoisses communes, aussi bien plastiques que thématiques) et Satoshi Kon, c’est le cinéaste à qui j’ai envie de ressembler. Qu’est-ce que je donnerai pour le rencontrer…

  19. C’est sûr que ce serait un moment très instructif, une rencontre avec Terrence Malick, c’est vrai que l’entendre parler de lui, de son cinéma, sa vision, sa pensée, érudit tel qu’il l’est et homme très aimable tel qu’il doit surement l’être, il est vrai que je donnerais cher pour pouvoir profiter de tels instants, je m’imagine bien à discuter avec lui dans sa maison, seule au milieu de champs de blé à perte de vues, dont les épis seraient légèrement caressés par la brise pendant qu’un magnifique soleil éclairerait la journée ^^

  20. Pour ton désir de devenir cinéaste, tout n’est pas perdu. Malick est prof de philosophie à la base (avec un léger passage au film institute c’est vrai), Samuel Füller était un journaliste, Kubrick un photographe de presse,… Quand on à la passion, des angoisses et des idées à communiquer, faut tenter sa chance^^

  21. Les moissons du ciel est excellent mais c’est dommage qu’on ne puisse toujours pas le découvrir en blu-ray en France, la photographie crépusculaire du film mérite tant d’être vu en haute définition !
    Par contre, Nasser, je ne suis pas d’accord avec toi sur la longueur des plans dans le film, chaque scène, aussi longue soit-elle, est très découpée au montage.
    En tout cas je vous conseille de regarder Le Miroir de Tarkovski si The Tree of Life vous plait tant.
    Le test du blu-ray de Tree of Life devrait être en ligne mardi matin.

  22. J’ai déjà vu Le Miroir^^ Sur la longueur des plans, je ne conçois pas cela comme un trait péjoratif, le public sera en partie peu réceptif à ce style particulier.

    Je veux le Blu-Ray!!! Qu’elle chance tu as.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *