Critique : Mon Ket

François Damiens passe à la réalisation avec Mon Ket, comédie qui le ramène dans l’univers qui a fait sa réputation, la caméra cachée. Bien que Damiens soit toujours aussi désopilant pour piéger de pauvres inconnus, le film peine à justifier sa trame et ses morceaux purement fictionnels. Un exercice certes drôle mais vraiment inabouti.

Série d’embrouilles

Dans Mon Ket, François Damiens est Dany Versavel, un gangster qui s’évade de prison afin de retrouver son fils, lui inculquer les vraies valeurs de la vie et pourquoi pas monter un juteux business. Hormis le fils, Sullivan (Matteo Salomone), le parrain (Christian Brahy) et la compagne Patience (Tatiana Rojo), toutes les personnes avec lesquelles interagit François Damiens sont tout simplement inconscientes d’avoir face à eux un comédien savamment grimé, et dont la sournoiserie et l’humour conduisent à des situations parfois hallucinantes. Il y a par exemple ce footballeur du FC Tubize, payé pour venir à l’anniversaire de Sullivan, fête dépourvue de tout camarade pour plonger le joueur dans une situation si embarrassante, la fausse joie d’un enfant et un père qui insiste lourdement pour qu’on chante un joyeux anniversaire à son fils. François Damiens n’a rien perdu de son génie comique pour bouleverser aussi le quotidien, s’asseoir sur un banc à côté d’une artiste d’une soixantaine d’années pour la draguer sans aucune retenue, et déboucher sur une conversation fabuleuse. Seul souci pour Mon Ket, ces séquences de caméras cachées avancent au gré d’un récit de filiation tout à fait banal, dont l’humour noir restera sage alors qu’il aurait pu justement mener vers de savoureuses pistes.

Mis en scène sans guère de style et en se souciant si peu de l’esthétique, Mon Ket ne trouve sa force que dans ses nombreuses caméras cachées, plus ou moins réussies, avec quelques interventions incroyables, dans une banque, chez un marabout ou encore face à un homme d’affaire. Pourtant, il manque un élément clé qui, par le format long métrage fictionnel, n’existe plus : la répétition d’une situation avec différents interlocuteurs. A la télévision, dans les caméras cachées de François l’embrouille, Damiens présente deux à quatre personnes piégées pour chaque guet-apens humoristique. Ici, on passe d’un lieu à l’autre sans le plaisir d’explorer des alternatives. Bien sûr, on imagine bien que le meilleur a été sélectionné pour constituer ce cheminement sans enjeu malgré la cavale du protagoniste, et c’est dans le générique final qu’il nous est offert la possibilité d’apercevoir ces autres victimes. On se dit alors qu’une autre logique narrative aurait pu donner de l’envergure à ce florilège de pièges qui n’est pas sans rappeler la démarche d’un Bad Grandpa où Johnny Knoxville, sous les traits d’un grand-père libidineux, commet des actes impensables avec son petit fils. Le film de Damiens se montre toutefois d’un autre calibre en matière d’humour, et les fanas de ses vidéos y trouveront forcément du plaisir. Mais quant à l’intérêt cinématographique de Mon Ket, on peut vraiment douter de cette série d’embrouilles tristement emballée.

2.5 étoiles

 

Mon Ket

Film belge, français
Réalisateur : François Damiens
Avec : François Damiens, Matteo Salomone, Christian Brahy, Tatiana Rojo
Scénario de : François Damiens, Benoït Mariage
Durée : 89 min
Genre : comédie
Date de sortie en France : 30 mai 2018
Distributeur : StudioCanal

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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