Critique : Corps et âme

Ours d’Or de la Berlinale 2017, Corps et âme de la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi revient en DVD et Blu-ray le 14 mars 2018. L’occasion de se pencher sur ce drame romantique qui joue avec le fantastique en toile de fond.

Onirisme sentimental

Matérialité et spiritualité, vie réelle et vie rêvée : ce cerf et cette biche dans un bois enneigé que l’on découvre au début de Corps et âme sont issus d’un songe, contrastant avec le cadre principal du film, un abattoir. Situant seulement avec une scène cruelle ce qu’endure les animaux pénétrant dans ce lieu de transformation, la réalisatrice se penche sur deux êtres marqués par la solitude, et pourtant, intimement liés, car le rêve du cerf et de la biche, ils le partagent, en incarnant chacun un des deux animaux. Endre (Géza Morcsányi) est le directeur de l’entreprise. Quinquagénaire qui dégage une certaine sagesse ainsi qu’une vraie forme de sympathie, c’est un homme solitaire dont la vie semble déjà derrière lui, traînant son bras gauche paralysé comme un bagnard avancerait péniblement avec son boulet de forçat aux pieds. Mária (Alexandra Borbély) est la nouvelle contrôleuse qualité, dont la rigueur et l’aspect glacial cachent une femme fragile mais socialement inadaptée, peut-être affectée par une certaine forme d’autisme. Elle est la biche, il est le cerf. Grâce à l’intervention d’une psychologue suite au vol et l’emploi d’une poudre aphrodisiaque dans l’entreprise, Endre et Mária vont découvrir leur étrange connexion onirique, connexion qui représente un pont sentimental qu’ils ne parviennent pas à exprimer dans le monde diurne.

Naturellement prenant par l’originalité de sa relation, Corps et âme voit sa narration s’alourdir en son cœur en évoquant le vol ainsi que le rapport froid entre Endre et un nouvel employé, Sándor (Ervin Nagy). Si ces éléments ralentissent l’exploration du rêve partagé, ils permettent à Ildikó Enyedi d’enrichir son œuvre, en traitant des premières impressions (abordée aussi au travers de la désastreuse première conversation entre Mária et Endre) et de la reconnaissance des erreurs, qui peuvent d’ailleurs en procéder. Même lorsque le conflit pourrait surgir, le film conserve sa retenue, cette délicatesse apportée par le personnage de Mária, également garante d’un certain humour lorsqu’elle commence à s’intéresser au rapport amoureux et à la sexualité. Avec un sens du cadrage dénué de mobilité, porté sur les personnages et leur gestuelle, leur incapacité à se connecter physiquement, la réalisatrice hongroise confectionne une fable moderne sur l’existence de l’âme sœur sans naïveté, centrée sur la difficulté à s’exprimer avec sincérité. Le flux narratif aurait pu bénéficier d’une plus grande fluidité, mais le charme opère grâce à un traitement réfléchi et des acteurs resplendissants de sensibilité. Les rêves d’amour sont encore plus beaux lorsqu’ils forcent les portes d’une routinière réalité.

3.5 étoiles

L’édition DVD du film est accompagnée d’un entretien de 41 minutes avec Ildikó Enyedi ainsi que de la bande annonce du film. La version originale sous-titrée en français est en Dolby Digital 5.1 et l’on trouve également des sous-titres destinés aux sourds et malentendants ainsi qu’une piste d’audiodescription.

 

Corps et âme

Film hongrois
Réalisatrice : Ildikó Enyedi
Avec : Alexandra Borbély, Géza Morcsányi, Réka Tenki, Zoltán Schneider, Ervin Nagy
Titre original : Teströl és lélekröl
Scénario de : Ildikó Enyedi
Durée : 116 min
Genre : Drame, Romance
Date de sortie en France : 25 octobre 2017
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 14 mars 2018
Distributeur : Le Pacte

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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