BRIFF 2021 : En immersion

Soif de découvertes, d’échanges cinéphiles et de courtes nuits : suite du saut au BRIFF édition 2021 avec notamment deux documentaires marquants, Le Kiosque d’Alexandra Pianelli – dont la réalisatrice est en photo sur la scène du cinéma Galeries ci-dessus – et Chasser les dragons d’Alexandra Kandy Longuet.

Un festival implique des choix, même lorsque l’on se porte sur des séances « à l’aveugle » sans lire de synopsis, sans consulter le casting et parfois sans même jeter un œil sur le nom du ou de la cinéaste. Faire l’impasse sur Limbo de Ben Sharrock, qui recevra le Grand Prix de la compétition Internationale le lendemain, au profit d’une séance hors festival de The Green Knight de David Lowery, permettant d’enchaîner avec Familie de Milo Rau et Filip Peeters n »était pas le choix le plus judicieux ! Ce drame présenté dans la compétition nationale annonce d’entrée de jeu son lourd sujet : le suicide d’une famille complète dans leur domicile. Inspiré de faits réels, le film puise comme autre source la pièce éponyme de Milo Rau, tout en conservant cet aspect théâtral. Le domicile est sur une scène de théâtre, avec des cloisons ouvertes, et c’est l’aînée parmi les deux sœurs qui nous introduit à cette sombre situation. Brassant pensées et souvenirs, Familie tombe dans la case du film purement programmatique, creusant le sordide sans dénicher de perspectives sur son événement funeste.

Ma première séance au cinéma Galeries, situé dans les magnifiques Galeries royales Saint-Hubert, éloigne toutefois la déception : Alexandra Pianelli y présente un documentaire singulier et captivant, Le Kiosque. Il s’agit d’un film extrêmement personnel pour la jeune cinéaste française, qui, galérant à l’issue de sa formation artistique, décida d’aider sa mère dans son kiosque à journaux du 16ème arrondissement parisien, kiosque transmis depuis plusieurs générations. Le concept qui consiste à ne jamais quitter l’espace intérieur du kiosque donne la sensation d’être à l’étroit en permanence : il témoigne de la promiscuité de ce travail statique et loin d’être reposant. A l’étroit par le cadre, le film se montre ouvert dans ce qu’il montre, la réalité et les dessous d’un métier, des clients, un quartier, l’évolution de la presse et de la France : tout un monde ! On s’attache aux habitués, avec lesquels Alexandra discute de tout, sans filtre. On découvre également sa maman, qui pense à la retraite et se retrouve dans une situation délicate alors qu’une grève affaiblit terriblement les revenus. Drôle, touchant, Le Kiosque se montre aussi immersif qu’instructif, témoignant d’un domaine au bord du gouffre sans jamais s’apitoyer. Si les grèves font des dégâts, le secteur dépend aussi de la santé d’autres sociétés dont le cœur de métier est l’information et les moindre rouages sont expliqués de façon ludique par la réalisatrice. Au travers des unes, des couvertures de magazines et des conversations qui en procèdent, ce long métrage déjà teinté de nostalgie – la réalisatrice nous apprend à l’issue de la séance avoir tourné une soixantaine d’heures de rush au cours de six années, de 2004 à 2010 – déborde d’humanité. Un vrai petit bijou, en salle le 6 octobre – et qui remporte le Grand Prix du jury dans la section Director’s Week !

Zotte Mouche : Star 60

Si les soirées se prêtent à échanger autour de bières ou de spritz sous le chapiteau du village du festival, avant de finir ici ou là au bout de la nuit en compagnie des plus valeureuses et des plus fougueux, le BRIFF nous invite à nous restaurer copieusement, notamment au restaurant italien Ricotta & Parmesan, rue de l’Ecuyer, aux pâtes fantastiques et offrant des choix si vastes – pour chaque type de pâte, il faut ajouter un type d’accompagnement et de sauce, un vrai régal. A deux pas de là, Zotte Mouche propose une cuisine belge peu compatible avec un régime végétarien dans un cadre atypique : la musique, comme la décoration, mettent l’accent sur la musique des années 60, avec un staff très convivial – mais la convivialité n’est-elle pas une caractéristique propre aux belges de façon plus générale ? Et grâce à Eva Prospero, en charge des invités, de la presse et des partenariats – et que je remercie à nouveau ici –, j’ai pu ajouter aux belles découvertes gastronomiques le restaurant Bonsoir Clara, dont les lumières tamisées et tentures bariolés développent une charmante atmosphère.

Et c’est d’ailleurs suite à cet excellent déjeuner que je découvre Chasser les dragons d’Alexandra Kandy Longuet à l’UGC de Brouckère. La cinéaste a répondu à un appel à projets pour explorer l’unique salle de consommation à moindre risque de Liège – et de toute la Belgique, du moins lors de la période de tournage. Aucun commentaire, aucune intervention de l’équipe, simplement des fragments de vie captés entre les employés et les consommateurs. Que s’y passe-t-il alors ? Il s’y crée un lien social indispensable pour ceux qui n’ont plus grand chose, qui ont conscience des problèmes liées à leur addiction, et qui trouvent de l’aide, sinon une oreille ainsi que du matériel stérile. Ce documentaire balaie les clichés qui accompagnent l’ouverture de ces lieux en France, pointés du doigt comme des aimants à problèmes. Dans Chasser les dragons, on croise des hommes – il n’y a, étonnement, aucune femme et je n’aurai pas la chance d’échanger avec la réalisatrice pour en savoir un peu plus – qui ont la volonté de remonter la pente, exposant la logique cruelle derrière la rue et la drogue. Sans logement, difficile d’être propre, et sans être présentable, difficile d’exercer un métier comme celui de serveur. Simple et sans misérabilisme, ce documentaire présentant des parcours douloureux touche et gagnerait à participer au débat public, au-delà des frontières de la Belgique.

Quittant le festival avant la cérémonie de clôture et la projection de Dune de Denis Villeneuve, ma dernière projection a beau être une fiction, elle s’inscrit toujours dans la réalité, avec les répercussions d’un événement qui changea la face du monde il y a tout juste 20 ans. A quel prix ? de Sara Colangelo revient sur le délicat processus d’indemnisation des proches des victimes des attentats du 11 septembre 2001. Il y a d’un côté un avocat qui n’a pas froid aux yeux pour trouver une formule de « dédommagement » idéale pour l’économie américaine, Kenneth Feinberg, joué par un excellent Michael Keaton, et de l’autre des tragédies, toutes uniques. Difficile de toujours échapper au pathos avec un tel sujet ou les proches de victimes expriment toute leur douleur, mais le film a l’intelligence de ne pas grossir le trait, notamment en évitant tout écueil musical. Pourtant, la timidité de sa mise en scène et de son montage l’empêchent de prendre de l’ampleur. On notera également la présence remarquable de Stanley Tucci en veuf qui devient la voix des victimes. Le film est déjà disponible sur Netflix France.

C’est un concert du groupe bruxellois Super Rumba qui anime le Village à l’issue de cette séance : tout le monde, festivaliers ou non, se trémousse sur des rythmes entraînants, dans la pure tradition de la musique congolaise, et même si les masques sont de rigueur pour gagner le comptoir, il y a, comme lors de mon arrivée, cette étrange sensation d’avoir retrouvé le monde d’avant, quand il était tout à fait naturel de voguer d’une table à l’autre, d’échanger avec des inconnus. Alors on danse, comme chanterait Stromae, avec l’envie de ne quitter personne jusqu’à l’aube, pour avoir la certitude que la fatigue implacable à l’issue de ces excès, témoigne bel et bien que tout ceci n’était pas un rêve.

Découvrez le palmarès complet du BRIFF 2021 sur le site officiel – pas de commentaire ici, n’ayant pu voir qu’un bel aperçu de chaque sélection.
Un immense merci aux équipes du festival – je me risque à donner quelques prénoms, avec les oublis inhérents : Marta, Mohamed, Eva, Klément, Céline, Pascaline, Mathilde, Dulce, Oscar … –, de l’hôtel Plaza et aussi de Zotte Mouche ainsi que Ricotta & Parmesan.

Article rédigé par Dom

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