Les Arcs 2018 : tempête de films

Dimanche 16 décembre 2018, on se jette dans la compétition avec la découverte de trois longs métrages, In Fabric, Joy et L’Usine. La nuit ? Au chalet perché Nomade.

Malgré un réveil au son de la TNT avec les vitres qui tremblent dimanche matin, je m’étonne toujours de la capacité du corps à suivre sans broncher malgré une soirée plutôt arrosée mais surtout une nuit si courte sur l’oreiller. Au Manoir Savoie, lieu idéal pour prendre le petit déjeuner, on peut déjà croiser Valeria Bruni-Tedeschi, Olivier Gourmet ou encore Thomas Vinterberg, s’apprêtant à skier en famille. Une neige abondante est tombée au cours de la nuit et une voûte grise subsiste en cette matinée, avec une visibilité réduite. Pas la peine d’espérer de prendre des paysages panoramiques en photo !

Au centre Bernard Taillefer à 13h, In Fabric de Peter Strickland, deuxième long métrage de la compétition, est projeté sans aucun membre de l’équipe présent et c’est fort dommage tant cette œuvre génère d’interrogations. Le cinéaste britannique avait déjà marqué le festival des Arcs en 2014 avec The Duke of Burgundy et il poursuit son œuvre influencée par un cinéma d’horreur fétichiste ayant pour source le giallo. Encore une fois, le film se montre atemporel, il pourrait se dérouler dans un passé proche comme de nos jours. Sheila (Marianne Jean-Baptiste) est une mère fraîchement séparée de son mari. Son fils, adolescent, s’éloigne d’elle à cause d’une copine qu’elle voit d’un mauvais œil, Gwen (Gwendoline Christie). Elle décide de rencontrer quelqu’un, à l’aide des petites annonces, et pour son rendez-vous, elle se rend dans une boutique pour laquelle elle a vu une publicité hypnotique à la télévision. Aidée par une vendeuse étrange aux formulations alambiquées, Sheila achète une robe rouge étrange, dont la taille devrait être bien trop petite pour elle, et pourtant, elle lui sied à merveille. Une robe maléfique qui va bouleverser le quotidien de Sheila, avant de faire basculer le film dans une seconde partie un peu plus hallucinogène et délirante. In Fabric traverse des phases aux tonalités si hétéroclites qu’il pourra rebuter de nombreux spectateurs – ce fut le cas lors de la séance avec plusieurs départs – mais pourtant, derrière sa bizarrerie poussée à l’extrême se dessine une virulente critique de l’industrie de la mode et la surconsommation qui l’accompagne. Avec quelques saillies gores et des séquences touchant à l’absurde, un jeu de miroirs entre les scènes et personnages, Peter Strickland livre encore une fois un film des plus singuliers. On adore !

On ne peut pas plaire à tout le monde !

Le soir, on campe à la salle des Arcs 2000 pour poursuivre la découverte de la compétition, en compagnie du jury long métrage. Tout d’abord, Joy de Sudabeh Mortezai, drame qui suit la triste condition d’africaines se prostituant sur le territoire autrichien. La cinéaste nous conduit dans cet univers sordide, traité avec une grande pudeur – jamais nous ne verrons de rapports sexuels, d’actes de violence –, avec Precious (Mariam Sanusi), découverte lors d’un rituel de prêtre juju. Un rituel où les femmes prêtent serment et se condamnent à la servilité : il faut rembourser sa dette auprès d’une proxénète et espérer ainsi vivre en Europe mais toujours sans visa. A son arrivée en Autriche, Precious est formée sur le terrain par Joy (Anwulika Alphonsus), qui deviendra donc la protagoniste du film. Partagée entre l’envie de faire tomber sa « madame » sans savoir si cela lui permettra de rester en Autriche ou bien de suivre la route qui lui est imposée, Joy est un personnage fort dans la souffrance et l’abnégation. Tourné tout en caméra épaule, le film manque peut-être d’une meilleure dynamique dans son éclairage sur la vie de ces immigrées. Joy n’en reste pas moins une œuvre forte, avec une prétendante au Prix d’interprétation féminine : Anwulika Alphonsus brille par son jeu naturaliste, en parfaite adéquation avec les choix de mise en scène.
On ne s’attardera pas sur le film russe de la compétition projeté une heure après, L’Usine de Yuriy Bykov, thriller qui dépeint le kidnapping d’un patron d’usine par une poignée de ses employés lorsqu’il leur annonce la fermeture du site. Le propos social et politique est attendu, et les situations mises en place si artificielles qu’il s’en dégage une atmosphère parfois ridicule. Les clichés enfoncent des portes ouvertes sans générer de véritable axe de réflexion. Les acteurs sont charismatiques, certes, mais cela ne suffit pas à sauver un traitement aussi pauvre d’un état de crise pourtant si violent.

Tandis que des concerts se déroulent aux Belles Pintes, nous improvisons un apéritif dans nos quartiers avec Cyrille de Cinédingue – mon colocataire pour cette semaine de festivités –, avec Mélanie et Frédéric de Transfuge, Ava et Franck de Frenchmania. Et Cyrille ayant découvert à Bourg Saint Maurice L’Heure de la sortie avec son réalisateur, Sébastien Marnier, il a proposé à ce dernier de ce joindre à nous. L’occasion de découvrir un cinéaste fort sympathique pour aborder son parcours – il est le réalisateur du très bon Irréprochable avec Marina Foïs –, mais aussi de parler du cinéma de Christophe Honoré et de Martin Scorsese. Son nouveau film sera à découvrir en salle dès le 9 janvier, et c’est selon Cyrille, un rendez-vous à ne pas manquer.
Inauguration d’un nouveau lieu pour festoyer : le chalet perché Nomade, implanté dans un appartement qui domine la place de l’horloge avec son vaste balcon. A l’intérieur, ambiance piano bar festive qui trouve son point culminant avec une reprise de « Bohemian Rhapsody » qui fait déployer toutes les voix à l’unisson. Il paraît que plus tôt, tout le jury était présent. On peut d’ailleurs toujours croiser Alex Lutz, mais aussi la comédienne Audrey Lamy ainsi que Félix Moati – membre du jury courts métrages. Lors de la fermeture, à une heure assez honorable dans la nuit, la direction à prendre est O’Chaud – mais encore une fois, je m’en préserve !

Article rédigé par Dom

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