Critique : Toy Story 4

Alors que l’on pensait avoir assisté à la fin d’une épopée avec le tardif Toy Story 3, voici que Woody, Buzz et compagnie ressortent encore une fois du placard pour jouer de fades prolongations. Toy Story 4 ou l’épisode de trop, étiolé autour de séparations et retrouvailles qui auraient pu faire l’objet d’un court métrage.

Surcharge plastique

En 1995, le premier Toy Story des studios Pixar était une révolution pour le film d’animation, premier du genre entièrement réalisé en images de synthèse. Il est désormais plus commun de voir des personnages animés par un ordinateur plutôt que procédant de techniques d’animation traditionnelle : il suffit de se rendre dans un multiplexe pour constater le nombre d’écrans utilisés par ces films visant le jeune public. Presque dix ans après le troisième épisode, soit près de vingt-cinq ans après la sortie du premier film, voilà un nouveau long métrage qui débarque après ce qui semblait une conclusion assez réussie, et qui ne nécessitait en aucun cas de revenir sur ces personnages. A moins de pouvoir porter un nouveau regard sur ces jouets, sur le rapport entre ces bouts de plastique humanisés et leurs jeunes propriétaires, de pouvoir s’accorder avec notre temps, également : il n’en n’est rien. Premier long métrage de Josh Cooley, notamment scénariste du superbe Vice-versa, Toy Story 4, pourtant porté par de nombreuses personnalités liée à la saga, comme John Lasseter ou Andrew Stanton, ne fait rien d’autre que de gagner du temps lors d’une sortie en camping car. Contexte : neuf ans auparavant, Woody était attristé du départ de la maison d’Andy de Bo, la bergère et de son mouton à trois tête. Désormais jouet délaissé par la petite Bonnie, mais en compagnie des célèbres T-Rex, Monsieur Patate ou encore Jessie, Woody fait preuve de plus en plus de sollicitude vis à vis de l’enfant qu’il se doit de rendre heureuse. Lors de son premier jour à la maternelle, il la pousse à fabriquer un personnage qui prendra vie à son tour, une fourchette en plastique, baptisée Forky. Et tout le film s’orientera autour de ce personnage insipide, qui cherche en permanence à rejoindre les déchets des poubelles puisque c’est le propre de son destin alors que l’enfant la porte déjà dans son cœur.

Alors que la nature même de Forky aurait pu conduire à une réflexion sur l’âme de ces créatures, voire chercher du côté de thématiques écologiques – alors que le film aura pour conséquence de nourrir les étagères des rayons jouets, évidemment –, il sera simplement question de rendre Forky à la petite Bonnie lors d’un voyage où la fourchette sautera du camping car familial. Dès lors, tous les personnages, Woody le premier, se donneront pour mission de récupérer Forky, l’occasion de visiter une boutique d’antiquités peuplée de jouets délaissés ou défectueux, ainsi qu’une fête foraine et ses environs où des jouets vivent en liberté. Si la réalisation est toujours excellente, touchant à un nouveau degré de réalisme bluffant dans l’animation, Toy Story 4 semble éviter soigneusement d’approfondir toutes les notions parcourues dans un film qui certes, ne manque ni d’action, ni d’humour, mais d’un véritable cœur ainsi que d’une volonté d’innovation. En s’ouvrant à un univers plus vaste, où les jouets doués de vie évoluent de plus en plus à la vue de tous, leurs précautions pour échapper au regard des hommes devient ridicule : à la limite, le film aurait gagné à abattre cette cloison, capable d’offrir d’incroyables perspectives narratives. La partie émotionnelle du film, concentrée sur l’introduction et les dernières minutes, aurait pu trouver un cadre plus sain et intéressant dans un court métrage – évidemment impossible à exploiter seul en salle.

Hormis la poupée triste Gabby Gabby, les nouveaux personnages de Toy Story 4 peinent à s’imposer dans un univers déjà saturé : la preuve, la grande partie de la bande passera son temps sur la plage arrière du camping car dans l’attente de retrouver Woody, Buzz et Forky. Une saturation qui n’est pas sans rappeler Avengers : Endgame où il est question aussi d’abandons et de retrouvailles – pour des enjeux différents –, formule qui semble la plus tendance dans les bureaux de Disney actuellement et qui sait parfaitement que le public sera au rendez-vous grâce à la saga sur laquelle ils s’appuient. Avec des rebondissements parfois aberrants – toute la partie finale jouant avec les nerfs du papa de Bonnie –, le film de Josh Cooley apparaît comme une simple source de revenus supplémentaires pour le mastodonte américain. D’ici un potentiel cinquième épisode pour alimenter cette surcharge plastique, quel studio aura été racheté par ce glouton devenu aveugle dans sa soif de domination du marché cinématographique ?

2.5 étoiles

 

Toy Story 4

Film américain
Réalisateur : Josh Cooley
Avec les voix de : Tom Hanks, Tim Allen, Annie Potts, Tony Hale, Christina Hendricks, Keanu Reeves, Jordan Peele, Joan Cusack
Scénario de : Andrew Stanton, Stephany Folsom
Durée : 100 min
Genre : Animation, Aventure, Comédie
Date de sortie en France : 26 juin 2019
Distributeur : The Walt Disney Company France

 

Article rédigé par Dom

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