Critique : Bienvenue à Marwen

Dans Bienvenue à Marwen, Robert Zemeckis se penche sur un traumatisme et les mécanismes thérapeutiques dont peut faire preuve le cerveau. Un drame inspiré de faits réels, qui pêche par plusieurs points mais qui ne manque pas de savoir-faire en matière de cinéma hybride.

Trauma Aiguille

Le Curtiss P-40 qui fuse dans le ciel belge sous des tirs anti-aériens nourris aurait presque pu sortir d’Alliés, le précédent long métrage de Robert Zemeckis. Seulement le capitaine Hogie (Steve Carell) à ses commandes n’est pas un homme mais une poupée, projection de Mark Hogancamp, l’appareil est un avion miniature, et d’ailleurs ce n’est même pas le ciel belge puisque l’action se déroule à quelques kilomètres de New York. Mark est un artiste qui photographie des poupées dans des scènes de Seconde Guerre Mondiale atypiques : si Hogie pourrait avoir sa place dans le conflit, les femmes aux tenues bariolées qui l’aident à désosser du nazi dénotent un peu pour le cadre historique. Solitaire, Mark vit reclus chez lui, dans son univers de jouets où l’affrontement entre son avatar, sa bande de pépées et des soldats nazis se répètent jour après jour. Il y a un trauma contre lequel se bat Mark, qui peut compter sur la bienveillance de ses amis, de ceux qui l’ont connu avant une violente agression qui aurait pu lui coûter la vie. Une vie tombée dans les oubliettes, la violence des coups portés lui ayant coûté sa mémoire, ainsi que des capacités motrices qu’il aura fallu récupérer en rééducation mais en abandonnant l’idée de reprendre sa précédente activité d’illustrateur. Depuis son attaque, Mark vit au présent, dans son refuge imaginaire duquel il tire une activité artistique, et dans l’attente de la fin du procès contre ses agresseurs.

Si Mark a été tabassé par une bande de néo-nazis, c’est parce qu’il a un penchant pour les talons aiguilles, qu’il porte et collectionne. Une véritable obsession. Et comme les nauséabonds pantins d’extrême droite ne connaissent que la violence face à la différence, Mark en a payé le prix fort. D’où ces combats contre les nazis, réalisés grâce à la motion capture permettant de donner des traits particulièrement humains à ces jouets en plastique. Marwen est le village qui jouxte le domicile de Mark, et chaque fille de sa bande est une vraie femme dans sa vie, d’Anna (Gwendoline Christie) qui lui livre courses et médicaments à la serveuse Carlala (Eiza González). Avec une nouvelle voisine, Nicol (Leslie Mann), le groupe s’agrandit tandis que la gentillesse de cette nouvelle arrivante conduit Mark à trouver de nouvelles ressources, sous le charme de cette rousse qui aime aussi les chaussures à talons. Il y a certains épisodes imaginaires, notamment dans la première partie, dont Bienvenue à Marwenn aurait pu se passer, pour bénéficier d’un meilleur rythme ou prendre le temps de montrer que Mark s’est plongé dans ce monde car son assurance maladie avaot cessé de lui fournir un suivi médical. Car ce qui a poussé Robert Zemeckis vers ce projet, co-scénarisé avec Caroline Thompson (Edward aux mains d’argent, La Famille Addams), est le documentaire Marwencol, consacré à Mark Hogancamp et son univers.

Touchant, Steve Carell trouve une belle partenaire de jeu en la personne de Leslie Mann, les autres acteurs étant relayés au second plan dans ce long métrage qui déploie quelques prouesses, lors des glissements inattendus entre le monde réel et le monde des poupées. Pourtant, l’imaginaire ici se limite souvent aux fantasmes virils de Mark dans un univers replié sur lui-même à l’extrême, et dont la fantaisie manque parfois d’irrigation, à tel point que Zemeckis finit par y greffer un élément majeur de sa filmographie. Malgré ces lacunes, le combat de cette victime d’une agression aussi vile qu’effroyable captive par les mécanismes de résilience venant s’opposer à un quotidien morne et sans perspective, sous le joug du stress post-traumatique. Bienvenue à Marwen démontre une incroyable force de caractère derrière la fragilité apparente de Mark, curieux personnage vêtu comme un officier en permission toujours accompagné de sa jeep et de son escouade préférée. Pourtant, tout comme avec The Walk – Rêver plus haut, Zemeckis montre à nouveau que son cinéma est plus vigoureux lorsqu’il ne trouve pas ses racines dans une histoire vraie. Du cinéma hybride un peu fragile, mais qui met du baume au cœur.

3 étoiles

 

Bienvenue à Marwen

Film américain
Réalisateur : Robert Zemeckis
Avec : Steve Carell, Leslie Mann, Eiza González, Diane Kruger, Gwnedoline Chrisie, Merritt Wever, Janelle Monae, Siobhan Williams, Leslie Zemeckis, Stefanie Von Pfetten, Neil Jacson, Matt O’Leary
Titre original : Welcome to Marwen
Scénario de : Robert Zemeckis, Caroline Thompson
Durée : 116 min
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie en France : 2 janvier 2019
Distributeur : Universal International Pictures France

 

Photos Copyright Universal Pictures International France

Article rédigé par Dom

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