Critique : La Forme de l’eau

Récompensé du Lion d’Or à Venise, La Forme de l’eau est l’œuvre la plus nommée aux Oscars 2018. Pourtant, Guillermo Del Toro, aussi sacré meilleur réalisateur aux derniers Golden Globes, livre un film hommage aussi artificiel qu’anodin. N’ayant pas peur de nager à contre-courant, on vous explique pourquoi dans cette critique.

Hommage artificiel

L’année dernière, en début d’année, une œuvre passée par Venise recevait une pluie d’éloges et de récompenses, dans l’attente des Oscars où elle ne décrocha le Prix du meilleur film que pour quelques secondes avant de revenir à son véritable récipiendaire, Moonlight. Ce film, c’est La La Land de Damien Chazelle. Une œuvre « hommage » à la comédie musicale, mais qui par sa mise en scène et quelques éléments narratifs, se détache de la simple révérence habilement façonnée. Guillermo Del Toro nous apporte aussi un film hommage avec La Forme de l’eau, où il déclare à nouveau son amour pour les créatures fantastiques dans un conte abordant l’amour entre une humaine et une créature amphibie, créature et romance qui rappelle directement L’Etrange créature du lagon noir, œuvre qui prenait déjà ses sources dans… King Kong. En bout de chaîne d’une série d’hommages, que peut raconter Guillermo Del Toro d’inédit, de nouveau ? Eh bien, pas grand chose, si ce n’est en mettant en scène des minorités. Son héroïne est une femme de ménage muette, Elisa (Sally Hawkins), qui a pour ami un voisin de palier artiste et homosexuel, Giles (Richard Jenkins), ainsi qu’une collègue afro-américaine, Zelda (Octavia Spencer) – dans un contexte où le racisme reste prononcé. Le décor, d’ailleurs, c’est un laboratoire du gouvernement américain en pleine Guerre froide, traité avec des personnages caricaturaux et désincarnés, de l’agent infiltré Robert Hoffestetler (Michael Stuhlbarg) à l’antagoniste Richard Strickland, si grossier que Michael Shannon perd toute légitimité dans le récit.

Dès la rencontre entre la créature amphibie et Elisa, la ligne se retrouve toute tracée, sans jamais emprunter la moindre bifurcation qui pourrait faire basculer le film dans l’inédit, l’inconnu, alors que Del Toro jette ça et là quelques éléments intéressants qui restent simplement des ponctuations dans une œuvre qui régurgite tout un lots d’influences gentillettes, des œuvres musicales des années 50 à l’univers de Jean-Pierre Jeunet – qui fort mécontent, a contacté Guillermo Del Toro à propos des emprunts à Delicatessen. Le résultat est un agrégat terriblement artificiel, à l’émotion étouffée sous la naïveté gigantesque des auteurs, Del Toro et Vanessa Taylor. Dans Crimson Peak, c’était déjà la narration qui empêchait le film de s’élever dans le genre. Ici, pire encore, même la mise en scène s’affaisse d’un cran, pour ne laisser que de rares éclats, comme une étreinte dans une salle de bain submergée ou encore une déclaration d’amour onirique – qui rappelle un peu la déclaration pleine de sincérité du personnage d’Emma Stone dans La La Land lors d’un casting. Si les cinéastes qui peuvent s’exprimer en dehors du carcan des sempiternels reboots et remakes se contentent de relire leurs partitions préférées sans leur apporter de nouvelles idées, du moins un phrasé nouveau, que peut-on attendre du cinéma fantastique dans les années à venir ? La Forme de l’eau est foncièrement ce qu’il faut éviter afin de plonger dans des zones inexplorées.

2 étoiles

 

La Forme de l’eau

Film américain
Réalisateur : Guillermo Del Toro
Avec : Sally Hawkins, Richard Jenkins, Octavia Spence, Michael Shannon, Doug Jones, Michael Stuhlbarg
Titre original : The Shape of water
Scénario de : Guillermo Del Toro, Vanessa Taylor
Durée : 123 min
Genre : Fantastique, Drame, Romance
Date de sortie en France : 21 février 2018
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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