Critique : 4 histoires fantastiques

Il y a deux ans, le magazine So Film lançait son premier concours de création, dédié au cinéma de genre, en commençant par le commencement : le court métrage. A l’issue d’une résidence d’écriture pour les heureux élus, quinze scénarios sont ressortis et cinq films furent présentés au Festival du court métrage de Clermont Ferrand dans le cadre de la collection Canal + cette année. Dans 4 histoires fantastiques, quatre de ces films sont présentés dans un assortiment qui représente le meilleur et le pire de la création de genre en France.

Genre bicéphale

Alors que So Film consacre un joli dossier au cinéma de genre, en réunissant quelques cinéastes francophones pour une interview passionnante, l’impression que le cinéma de genre en France se plaint toujours des mêmes maux revient, les contraintes de production, qui sont réelles, alors que le maillon faible des films produits est souvent le même : le scénario. La preuve toute récente avec Revenge de Coralie Fargeat, revenge movie qui se démarque par son style – influencé par Tarantino, peut-être trop –, mais qui déçoit par son absence de choix entre réalisme et second degré complet – et d’autres éléments un peu douteux, aussi. Ce qui donne une œuvre bancale, affaiblie aussi par son casting masculin catastrophique… Mais venons aux courts métrages de 4 histoires fantastiques, en commençant par le plus minimaliste mais aussi le plus réussi, Acide de Just Philippot. Eloge de la survie familiale dans un mouvement de fuite constant, le ton est donné d’emblée où un ourson en peluche, au bord d’une route embouteillée, fond sous une pluie acide, qui s’attaque aux véhicules et aux pauvres personnes ayant décidé de tenter une échappée au pas de course. Grâce à des effets spéciaux gores ultra convaincants nous voilà en plein cauchemar avant de nous accrocher à la moto d’une famille qui va devoir aussi poursuivre son chemin à pied, à travers les bois. Le spectateur est aux abois comme Sofian Khammès (Chouf), dont l’urgence du jeu se montre communicative. Il suffit que les nuages les rattrapent, que la pluie débute, pour que tout s’achève. On pourra questionner quelques embranchements narratifs dans cette course contre les éléments, mais Philippot maîtrise son récit jusqu’à son ultime vision, assez idéale pour laisser le spectateur en dehors de cette expérience somme toute assez rare.

« Acide »

Autre bel élément de ce programme qui manque cruellement de liant – il aurait été intéressant d’intégrer ces quatre œuvres à un récit les enveloppant –, Chose mentale de William Laboury. Sous fond d’électrosensibilité, le réalisateur provoque un choc entre le voyage astral et le home invasion avec une grande efficacité, d’une part par sa propension à entretenir ses mystères mais aussi grâce à son actrice, Sophie Breyer. Il y a ici la recherche d’une atmosphère, qui trouble intiment le rapport au réel, à la nature et à la technologie. Offrant en son cœur une séquence de grande tension, Chose mentale ne perd pas ses problématiques pour déboucher sur un dernier acte qui invitera à revenir sur ce film.
Mais on se demande comment une résidence d’écriture peut permettre d’aboutir à des films tels qu’Aurore de Mael Le Mée et Livraison de Steeve Calvo tant ces deux courts métrages se montrent d’une faiblesse narrative spectaculaire – car d’un point de vue technique, il n’y a aucun reproche à émettre. Il faut dire que les deux films sont très influencés par de grands cinéastes, et de cette influence naît peut-être un aveuglement, ou bien un engourdissement ? Dans Aurore, des adolescents, en découverte de leur sexualité, sont perturbés par le pouvoir d’Aurore (Manon Valentin), capable de pénétrer la peau de ses partenaires avec ses doigts. De ce trouble initial, qui rappelle l’univers de David Cronenberg, le réalisateur se contentera de jouer sur son procédé sans rien creuser, satisfait de son petit effet et de la nudité de ces corps adolescents. Dans Livraison, c’est l’œuvre de George Romero qui s’affiche au travers d’une transhumance de zombies – superbes maquillages –, dont certains font preuve d’une étrange intelligence les humanisant. Rien de neuf dans cette histoire sans éclat, plombée par ses comédiens, mais qui trouve une certaine saveur avec la musique d’Amaury Chabauty. Les morts vivants made in France trouveront-ils leur salut dans La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher ? Réponse à partir du 7 mars 2018.

« Aurore »

Quelle conclusion tirer de ce programme hétéroclite, si ce n’est qu’il est certain que des scénarios bien plus originaux et forts auraient pu remplacer les tristes morceaux de ce programme ? D’ailleurs, disponible pour les abonnés à Canal + dans le programme « Collection Fantastique », le cinquième court métrage, Atomic Spot, de Stéphanie Cabdevila, bien que manquant d’exploiter en profondeur son postulat pour livrer un hommage à L’Etrange Créature du Lac noir à la sauce surfeur, aurait mérité de prendre la place des adolescents ou zombies de ces 4 histoires fantastiques. C’est en s’affranchissant de modèles américains que le cinéma de genre en France pourrait trouver un nouvel élan, en s’inscrivant réellement sur notre territoire, en quête de nouvelles métaphores pour évoquer le monde dans lequel nous évoluons. Les premiers efforts sont à réaliser plume en main.

2 étoiles

 

4 histoires fantastiques

Films français
Réalisateurs : William Laboury, Maël Le Mée, Just Philippot, Steeve Calvo
Avec : Sophie Breyer, Sofian Khammès, Didier Bourguignon, Manon Valentin
Scénarios de : William Laboury, Anne Brouillet, Just Philippot, Jean-Etienne Martin, Steeve Calvo, Maël Le Mée
Durée : 82 min
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie en France : 14 février 2018
Distributeur : Capricci Films / Les Bookmakers

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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