Les Arcs 2017 : Avalanche de films

Suite à un problème informatique, voici la suite des découvertes aux Arcs 2017 dans un concentré de films. Et on se penche aussi sur les événements hors salle du Sommet des distributeurs et exploitants. Allez hop, tout schuss, on vous parle de six longs métrages et d’un poignée de courts. En photo ci-dessus, Vanessa Paradis, Samuel Benchetrit et Valérie Derrien, distributrice du film Chien.

France radicale

S’il n’y avait aucun film français en compétition cette année, les séances du Sommet permettaient de combler amplement ce manque. D’ailleurs, sur les trois œuvres françaises découvertes dans cette section, tous les films se sont montrés radicaux, et qu’on les apprécie ou non, voilà déjà une solide qualité. On débute avec la proposition qui nous semble la moins aboutie pour aller jusqu’à la plus séduisante.

On commence avec Revenge, premier long métrage de Coralie Fargeat, diffusé le vendredi de clotûre. Ce thriller, principalement tourné en anglais, place une bimbo dans le rôle d’une proie dans le désert marocain, suite à un violent dérapage avec les amis de son amant, en son absence. Ultra stylisé et dynamique, le film séduit réellement lors de l’installation de ses enjeux. Pourtant, lorsque la traque est véritablement lancée et que l’on entre dans le cadre du film de survie gore, Revenge tombe dans les travers de la série Z. Ce n’est pas la mise en scène qui prend un coup, c’est tout simplement la narration. Pour réussir ce type de film de genre, deux voies sont possibles, celle du second degré assumé à 100% pour livrer une œuvre totalement décomplexée et défiant toute logique, ou bien celle du réalisme implacable, demandant alors la plus grande attention dans l’écriture des divers rouages narratifs et rebondissements. Le souci de Revenge est qu’il creuse un entre-deux, avec des acteurs loin d’être convaincants, hormis Matilda Lutz, qui troque ses aspects d’allumeuse lambda pour s’élever en nana coriace et bad ass. Malgré des effets gores terriblement réussis, Revenge laisse un amer goût de déception. En salle le 7 février 2018.

Les amateurs de courts métrages connaissent probablement déjà le cinéma de Bertrand Mandico, un cinéma qui brille par sa singularité, son ésotérisme parfois rebutant, sa poésie souvent séduisante. Dans son premier long métrage, Les Garçons Sauvages, on retrouve tout ce qui fait le charme de son cinéma, mais aussi tout ce qui peut parfois irriter – la manque de liant, la sophistication outrancière. Ce film fantastique, qui rappelle parfois l’esthétisme de Guy Maddin sans déployer sa nostalgie, suit une bande de cinq adolescents coupables d’un crime. Leur punition ? S’engager à obéir à un étrange capitaine de voilier qui les conduira sur une île fantasmagorique. Le film déploie un propos fort, et il est plus intéressant de le découvrir sans en connaître plus de détail, y compris pour la distribution des acteurs, qui a une véritable importance dans le récit. Puissant dans son introduction et fabuleux dans son dernier acte, c’est en son cœur que Les Garçons Sauvages laisse un peu plus dubitatif, la faute à un dispositif parfois rédhibitoire. On peut toutefois se réjouir de voir ici un cinéaste qui ne renonce en aucun cas à ses idées ni à son style pour son passage vers le long métrage. En salle le 28 février 2018.

Enfin, le film le plus abouti de ces français radicaux, c’est probablement Chien de Samuel Benchetrit, adaptation de son propre roman. Le réalisateur est venu présenter son film aux côtés de Vanessa Paradis, Vincent Macaigne, personnage principal, étant trop occupé au théâtre pour venir nous saluer dans les Alpes. Vincent Macaigne qui se montre particulièrement peu volubile dans cette comédie dramatique qui lorgne du côté du surréalisme de Quentin Dupieux, les échappées électroniques en moins. Il joue Jacques Blanchot, un homme qui doit quitter sa femme suite à sa demande et qui, après une conversation avec son fils, décide d’acheter un chien, en l’occurrence, un chihuahua ressemblant à Hitler, selon le vendeur et dresseur joué par Bouli Lanners – dans un rôle particulièrement violent et sadique. Blanchot est un personnage presque niais, comme déconnecté du monde réel, acceptant tout sans broncher, même les pires atrocités. A peine sorti de l’animalerie, son nouveau compagnon est ratiboisé par un autocar. Tant pis. Blanchot se pointera même aux leçons de dressage prodiguées par le vendeur, qui lui imposera de jouer le chien face aux autres maîtres. Petit à petit, Jacques Blanchot acceptera ce rôle de chien, se glissera dans le gant dans la soumission avec la plus grande sérénité. Souvent drôle, Chien se montre pourtant sec par son rythme et dur psychologiquement. Il est difficile de voir ce personnage aussi inoffensif, maladroit et tendre que campe merveilleusement Vincent Macaigne subir le pire, d’une scène à l’autre, dans laquelle on attend une libération salvatrice. Profondément troublant, ce nouveau film de Samuel Benchetrit divisera – pour mieux régner ? En salle le 14 mars 2018.

Incomplète compétition

Cette année, difficile de voir tous les films de la compétition, du moins, sans sacrifier les films des autres sections, la faute à un programme qui ne permet pas de rattraper un film manqué lors de sa projection, à moins de manquer un nouveau film de la compétition. Cercle vicieux. Ainsi, au terme du festival, six longs métrages sur dix auront été découverts, en manquant bien évidemment les deux plus primés, Lean on Pete et Le Capitaine.

« Sonate pour Roos »

En bref, abordons les deux objet filmiques les moins intéressants découverts lors de la 9ème édition du Festival de cinéma européen des Arcs. Beyond Words d’Urszula Antoniak propose, avec sa mise en scène rêveuse, un regard singulier en suivant un jeune avocat, Michael (Jakub Gierszal), qui refuse de prendre la défense d’un poète africain, revendiquant le droit de s’installer en Allemagne car il s’agit tout simplement de sa volonté. Personnage particulièrement antipathique, et qui bloque l’accès au récit, Michael va voir son quotidien changer alors que son père, disparu, débarque chez lui. Même les apparitions sporadiques d’une étrange jeune femme manquent de créer des remous dans cette intrigue totalement gâchée par son arrogant protagoniste et son propos pas si subtil sur l’immigration. Autre déception, Sonate pour Roos de Boudewijn Koole. Roos (Rifka Lodeizen) rejoint la maison familiale en Norvège comme chaque année, afin de retrouver son petit frère, et une mère pianiste avec laquelle le lien affectif semble corrompu. Cette année est particulière pour Roos car elle doit leur annoncer qu’elle va bientôt mourir. Malgré la splendeur des paysages nordiques, la lenteur du récit, académique, et le manque d’inspiration dans la mise en scène font de ce film un objet glacial, et qui ne donne qu’une véritable envie, replonger dans le poignant Juste la fin du monde de Xavier Dolan, abordant un sujet similaire avec bien plus de maestria !

La dernière belle découverte de la compétition fut Scary Mother, premier film d’Ana Urushadze. Dans ce drame georgien, une mère de famille s’apprête à lire son premier manuscrit à ses proches, avant une publication qu’elle espère tant, son ami de la papeterie à quelque pas de la demeure familiale étant convaincu qu’elle a signé un chef d’oeuvre. Seulement, l’oeuvre de Manana (Nato Murvanidze) parle d’une famille similaire à la sienne, et sans être tendre ni avec son époux, ni avec ses enfants. Horrifié, le mari souhaite qu’elle abandonne son manuscrit, quitte à écrire un tout nouveau roman, mais Manana ne lâchera pas son œuvre, allant jusqu’à quitter son foyer. Touchant parfois au thriller, Scary Mother joue une carte troublante, entre le portrait d’une femme potentiellement névrotique et celui d’une artiste qui cherche à se libérer des chaînes de la bienséance. Avec ses cadres soignés et ses interprétations saisissantes, le film nous interpelle jusque dans son ultime chapitre, abolissant les frontières entre la vie privée et la fictionnalisation de cette dernière. Date de sortie inconnue.

Courts & Sommet

Charlotte Spencer dans « Diagnostic »

La compétition de courts métrages partage la problématique des longs en compétition : répartis en quatre programmes, ces derniers sont diffusés uniquement à Bourg Saint Maurice, à l’exception du quatrième programme avec une projection aux Arcs 2000. Manquant le premier film, la faute à une erreur d’horaire sur mon planning, je découvre une série caractérisée par l’excellence, du moins, une capacité à raconter des histoires fortes avec un regard déjà assuré. Voici quelques films à surveiller en festivals : Le Diagnostic d’Eva Riley, troublante exploration de la frontière entre le jeu d’acteur et la réalité parmi des étudiants en médecine, avec une comédienne particulièrement captivante, Charlotte Spencer. News 23/06/2016 d’Elsa Rosenberg, ré-exploitation des actualités précédant le Brexit avec un travail concentré sur les acteurs, annonçant les informations dans des situations parfois délirantes d’incongruité. Assez fascinant, surtout dans une Europe post-Brexit ! Into the blue d’Antoneta Alamat Kusijanovic, drame solaire où des retrouvailles entre copines tournent à la dangereuse confrontation. Et Odd Job man de Marianne Blicher, oeuvre très touchante qui lie la problématique du travail pour les seniors au monde coloré des travestis.

Tout le monde est au top, sur le rooftop…

Du côté du Sommet des distributeurs et exploitants, le versant nocturne proposait le premier jour, mardi 19 décembre, de se retrouver au Bowling des Arcs 2000, pour occuper les pistes jusqu’au milieu de la nuit. On pouvait y voir aussi les membres du jury court métrage, tout juste arrivés, dont Frédérique Bel, Swann Arlaud ou encore Nicolas Bary. Parmi les joueurs, Clovis Cornillac et Maxime Musqua tentaient aussi le strike.
Le mercredi, comme le veut la tradition, c’était soirée Quizz Cinéma, non plus animé par Vodkaster mais Sens Critique. Aux Belles Pintes, la salle est pleine à craquer lorsque le jeu débute, où il était question de retrouver une thématique commune grâce à des séries d’affiches de films préférés des membres de Sens Critique autour d’une thématique précise – c’est simple, malgré cette formulation peu claire. Jeu de rapidité difficile à gérer avec autant d’équipes, de lancers de popcorn et de bière qui coule à flot, ce sont les deux équipes les plus proches de l’animateur qui ramassent naturellement le plus de point. Les Belles Pintes se vident même avant la deuxième manche pour gagner l’ambiance toujours survoltée d’O’Chaud. Copie à revoir pour Sens Critique !
Enfin, le jeudi précédant la clôture, les festivaliers étaient conviés à un déjeuner organisé par Allociné et Webedia sur le rooftop ensoleillé du 2134, puis, suite à une session de 3 heures de bandes annonces, à une fondue au Chalet de l’Arc, à 2200 mètres d’altitude. Avant le lancement de ce repas convivial dans un cadre typiquement savoyard fut remis le prix du premier Hackathon, cette nouvelle initiative invitant des jeunes développeurs à coder pendant 48h une application dédiée au cinéma. C’est une équipe d’étudiant de Sup Internet qui a séduit le jury avec leur application Cin&Moi, application permettant de noter les bandes annonces découvertes en salle sur son smartphone afin d’offrir un indice d’appréciation au distributeur et à l’exploitant. A la clé pour le spectateur ? Des places gratuites ou à tarif réduit. Affaire à suivre !

Le prochain article sur Les Arcs 2017 reviendra sur le palmarès et la soirée de clôture, avec un bilan personnel.

Article rédigé par Dom

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