Critique : A Beautiful day

Passé par Cannes avec son titre original You were never really here, l’adaptation du roman éponyme de Jonathan Ames par Lynne Ramsay gagne les salles de cinéma en France sous le titre A Beautiful Day – énième victime de la malice de quelques marketeux. Que cache ce thriller atypique, récompensé du Prix du meilleur scénario ainsi que du Prix d’interprétation masculine en mai dernier ? La réponse, sans coup de marteau, dans cette critique.

Grizzly Man

On constate souvent que les films de la compétition officielle du Festival de Cannes diffusés le samedi précédant la cérémonie de clôture ne reçoivent aucun prix. Lynne Ramsay, dont le film était encore dépourvu de générique lors de sa projection cannoise, tord le coup à cette théorie en raflant deux récompenses, la première saluant le scénario – adapté – du film, la seconde en couronnant son acteur principal, un Joaquin Phoenix bourru, taciturne et poursuivi par les traumatismes de son passé. Dans son sweat capuche sombre, avec son imposante barbe grisonnante, Joaquin Phoenix ressemble à un ours mal luné. Cet homme de main favorisant l’arme blanche se prénomme Joe, vit toujours avec sa mère et flirte au quotidien avec le suicide. Hanté par de multiples traumas de son passé – manque de subtilité gênant de Lynne Ramsay pour imbriquer ces séquences de flashback –, Joe se retrouve impliqué dans une mission de trop lorsqu’il doit sauver la fille d’un politicien d’un réseau de pédophilie, Nina (Ekaterina Samsonov). Ce qui est « vendu » par sa bande annonce comme un thriller à la sauce Drive se positionne pourtant comme un tout autre type de film minimaliste. Avec A Beautiful Day, l’ultra violence se cache dans le hors champ ou bien dans des cadres occultant la brutalité dont est capable Joe avec l’impassibilité la plus déconcertante. Une approche loin d’être inintéressante mais génératrice d’une certaine forme de frustration.

Maladroitement comparé à un Taxi Driver de notre temps – New-York, protagoniste vétéran d’une guerre et accablé par son trauma, prostitution infantile –, A Beautiful Day brille lorsqu’il navigue entre sa grisante atmosphère électronique et les cordes sensibles de Jonny Greenwood. Il brille aussi lorsque l’action est repoussée au profit de séquences presque surréalistes, comme lorsque Joe blesse mortellement un agresseur avec lequel il va passer les dernières secondes à ses côtés, sur le sol d’une cuisine. Pourtant, ces instants brisant les codes du genre sont enclavés dans un récit au fil narratif trop convenu. Fondamentalement, le nouveau long métrage de Lynne Ramsay s’apparente à un vigilante des plus basiques, dont l’éclat seulement dans son dispositif post-moderne et l’interprétation parfaite de Joaquin Phoenix, l’un des plus grands de sa génération, assurément. Mais le prix d’interprétation paraît difficile à justifier, surtout à l’égard des performances de Louis Garrel dans Le Redoutable et de Robert Pattinson dans Good Time, deux acteurs transfigurés. Au fond, qu’est-ce que le jury cannois a voulu montrer en récompensant ce film ? Qu’une femme peut s’emparer d’un genre où les réalisatrices sont quasiment inexistantes ? Qu’un monde d’une décadence sans nom peut encore offrir une once d’espoir pour les jours à venir ? Nul ne sait – enfin si, eux, le savent probablement ! Toujours est-il que A Beautiful Day ne révolutionne pas le thriller vindicatif ni même la figure du héros torturé malgré ses singularités. Un personnage de plus campé avec une maîtrise absolue dans la filmographie de Joaquin Phoenix pour une œuvre étrangement aussi unique qu’ordinaire.

3 étoiles

 

A Beautiful day

Film britannique, français, américain
Réalisatrice : Lynne Ramsay
Avec : Joaquin Phoenix, Judith Roberts, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, Alex Manette
Titre original : You were never really here
Scénario de : Lynne Ramsay, d’après un roman de Jonathan Ames
Durée : 85 min
Genre : Thriller, Drame
Date de sortie en France : 8 novembre 2017
Distributeur : SND

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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