Critique : Captain Fantastic

C’était la sensation de la sélection Un Certain Regard à Cannes 2016, où il remporta d’ailleurs le Prix de la mise en scène. Second long métrage de Matt Ross, Captain Fantastic met Viggo Mortensen à la tête d’une famille atypique, cultivant un mode de vie alternatif. Au-delà d’une réponse à une société en perte de repères, le film traite subtilement d’un sujet bien plus touchant.

Tout pour leur mère

Quelle surprise de voir un film indépendant américain exploiter tous les tics du milieu pour atteindre une profondeur rare, jouant avec les émotions du spectateur avec brio. Captain Fantastic est un road movie qui débute au pied d’une montagne, lieu où Ben (Viggo Mortensen) éduque ses enfants allant des bouts de chou à l’adolescent en âge d’intégrer l’université. Une éducation sous le signe du survivalisme, l’apprentissage accéléré et la vénération de l’intellectuel anarchiste Noam Chomsky. Ainsi, Nai, Zaja, Rellian, Vespyr, Kielyr et Bodevan – des noms créés par leurs parents, afin que chacun soit unique – s’avèrent capables de parler des amendements de la constitution américaine, font preuve d’une capacité d’analyse poussée et de capacité physiques bluffantes en milieu sauvage. D’abord curieux, et un peu irritant par les plus petits acteurs, le film s’emballe rapidement lorsqu’il est nécessaire de prendre la route sous l’impulsion d’une nouvelle poussant la tribu à sortir de leur quotidien à l’écart de la société. Le temps de la remise en question du système éducatif apporte énormément d’humour – l’hilarante scène de rencontre entre Bodevan (George MacKay) et une jolie adolescente jouée par Erin Moriarty – à Captain Fantastic qui, si en apparence, prend la pose d’une gentille diatribe sur la société de consommation, traite en arrière-plan d’un sujet plus intime.

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C’est pour leur mère que se déplace la bande jusqu’à ce confronter au regard des autres membres de la famille, méprisant ce que Leslie et Ben ont entrepris avec leurs enfants, qui, pour certains, ignorent jusqu’à l’existence du sacro-saint Coca Cola. Une mère touchée par des troubles bipolaires. Voilà où réside le cœur même du film, qui justifie alors tous ses choix, même antérieurs à l’histoire, par la condition de la figure maternelle, pourtant presque totalement absente à l’image. Le capitaine fantastique du titre du film n’est pas un super-héros mais un super papa/super mari, cherchant à prendre les meilleurs décisions pour les siens. Il ne faut pas voir un retour de la morale quand Ben comprend les troubles acquis par ses enfants au travers de son éducation stricte jusqu’à une douloureuse remise en question : il faut simplement voir un père abattu par le doute, les choix accomplis avec et pour sa femme. Difficile de ne pas être bouleversé par Viggo Mortensen dans ce rôle d’un père aimant, entêté mais compréhensif. Difficile également de ne pas s’attendrir pour tous ces enfants par leur vivacité d’esprit ou encore leurs talents musicaux – notamment une reprise magique de Sweet Child O’ Mine des Guns N’ Roses. Malgré sa poignée de déraillements, que l’on peut considérer comme des erreurs de jeunesse de la part de Matt Ross, Captain Fantastic touche en plein cœur par son parcours de l’Amérique sur deux pôles, deux modes de vie, une bipolarité cristallisée dans la figure maternelle. Une œuvre d’une grande originalité, aventure émotionnelle puissante, qui trouve parfois sa splendeur dans la simplicité d’un plan fixe d’une famille réunie autour d’une table.

4 étoiles

 

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Captain Fantastic

Film américain
Réalisateur : Matt Ross
Avec : Viggo Mortensen, George MacKay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Shree Crooks, Charlie Shotwell, Frank Langella, Kathry Hahn, Steve Zahn, Erin Moriarty
Scénario de :
Durée : 118 mn
Genre : Drame
Date de sortie en France : 12 octobre 2016
Distributeur : Mars Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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