Critique : L’Avenir

Pour son cinquième long métrage, Mia Hansen-Løve marque le coup en remportant l’Ours d’Argent de la Meilleure réalisatrice à la Berlinale 2016. Dans L’Avenir, la cinéaste met en scène une Isabelle Huppert absolument magnifique dans un film lumineux et lucide face à toutes les épreuves.

Prendre la vie avec philosophie

L’Avenir, titre ô combien mystérieux, nébuleuse trajectoire qui pourrait sembler toute tracée pour certains mais qui peut, sans crier gare, virer vers des routes inattendues. Mais si l’avenir désigne les événements futurs pour notre propre vie, il qualifie aussi les générations futures, celles qui ont justement une vie entière à tracer. C’est tout cela que parvient à embrasser Mia Hansen-Løve grâce au personnage de Nathalie (Isabelle Huppert), une professeure de philo qui exerce dans un lycée alors que des élèves bloquent l’entrée de l’établissement. Vent de révolte pour l’avenir sous l’ère Sarkozy (le film se déroule durant son mandat et nous renvoie d’ailleurs au climat actuel, similaire, avec François Hollande). Nathalie enseigne et écrit, la transmission semble être le moteur même de sa vie, le cadre de sa vie : son mari Heinz (André Marcon) travaille aussi dans l’éducation nationale. Ensemble, ils ont deux enfants, déjà grands, leur fille aînée s’apprête d’ailleurs à devenir mère. Et pour compléter le tableau familial, il y a Yvette (Edith Scob), la mère de Nathalie, en proie aux crises d’angoisse face à la solitude que sa fille essaie de contrer de toutes ses forces. Le film débute par une courte scène de présentation quelques années en arrière et nous voilà au plus près de Nathalie. Pourquoi L’Avenir saisit par sa remarquable vitalité ? Il y a d’une part la simplicité de la mise en scène de Hansen-Løve, élève d’un naturalisme de qualité – il faudrait distinguer le naturalisme à la Pialat dont elle semble l’élève au pseudo-naturalisme contagieux en France, prétexte à une mise en scène paresseuse qui étouffe les acteurs et oublie même les décors. Isabelle Huppert respire à plein poumons dans ce long métrage, elle emporte les comédiens à ses côtés sans les écraser, elle donne le rythme et l’énergie de chaque scène où elle apparaît avec une autorité légère mais déterminée. Combien d’actrices françaises en activité sont aussi grandes qu’Isabelle Huppert ? Il y a Catherine Deneuve, et qui d’autre ? S’il faudrait ne donner qu’un argument pour voir ce long métrage, ce serait elle, Isabelle Huppert.

avenir-huppert

Dans cette chronique, Nathalie va devoir affronter l’infidélité de son mari, la dégradation violente de la santé de sa mère et un conflit avec son éditeur. Pas d’apitoiement face à ces épreuves : dans L’Avenir, les heurts et obstacles se changent en opportunités d’aller de l’avant. Si la perte est présente, il y a un gain qui attend quelque part. Et l’ailleurs se trouve un peu dans le Vercors, région que va rejoindre à plusieurs reprises Nathalie pour retrouver un ancien élève, Fabien (Roman Kolinka), à qui elle a transmis la passion de la philosophie sans s’en rendre compte alors. Fabien écrit désormais, vit dans une communauté qui veut faire avancer les choses, bousculer les modes de pensée. L’Avenir souligne alors l’importance de la connaissance et de la culture dans une douce déclaration d’amour à la transmission et au partage. Et Mia Hansen-Løve échappe à tout discours pédant, ses dialogues sont d’ailleurs assez savoureux, avec quelques belles pointes d’humour. Au fond, son film traite avec un optimisme rare de la vieillesse, abordée ici comme un art où tout est à relativiser malgré les séparations (sentimentales, professionnelles, …) propres à la vie. Comme le déclare Nathalie à Fabien, cette femme de soixante ans retrouve soudain sa liberté, et c’est extraordinaire. Pour quitter cette magnifique femme, la réalisatrice quitte le spectateur en douceur, en le berçant d’un amour filial. On aimerait vraiment confier son avenir à Mia Hansen-Løve.

3.5 étoiles

 

avenir-affiche

L’Avenir

Film français
Réalisatrice : Mia Hansen-Løve
Avec : Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte
Scénario de :
Durée : 100 mn
Genre : Drame
Date de sortie en France : 6 avril 2016
Distributeur : Les Films du Losange

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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